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Le Plaza joyau flétri

6 juillet 2007, 00:00

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Les mots manquent. Lézardé, abîmé, fragilisé. Il est cruel le temps qui passe. Il n?épargne pas les théâtres fermés. Cela fait presque trois ans que le Plaza n?est plus ouvert au public. Depuis octobre 2004, les arts n?y sonnent plus. Plus de concerts, plus de comédies. La seule pièce qui s?y joue n?est que le drame de l?usure.

Alors à quoi vont servir les Rs 50 millions décaissées par le ministère des Finances au profit de la mairie de Beau-Bassin-Rose-Hill ? Une somme qui représente un tiers du coût total estimé des rénovations, c?est-à-dire Rs 150 millions. Une somme que le conseil municipal devra réunir.

Une visite du théâtre a mis en image le concept ? rénovation du patrimoine?. Des clichés-chocs pour mesurer à l??il nu l?étendu des dégâts que la vieille dame née en 1929, dissimule derrière sa façade.

Justement, elle a des cernes bien visibles, la vieille dame décrétée patrimoine national en 2003. Un bout de l?encadrement de la fenêtre qui orne le toit de l?édifice s?est détaché, pour venir barrer des vitres. Nous monterons donc jusque sur le toit du Plaza. Une promenade qui procure quelques frissons, parce que la crainte de voir céder le plafond sous nos pas est palpable. Excursion fort instructive pour confirmer les dires des employés municipaux qui nous servent de guides : le Plaza s?est peu à peu transformé en dépôt, voire en fourre-tout.

Sur le toit : des bouteilles en plastique parmi les autres déchets qui obstruent les canaux d?évacuation d?eau de pluie. Sans compter toute l?accumulation de matériaux de construction, souvenirs oubliés de précédents travaux, d?opérations de rafistolage, se souvient notre guide. Un ?drom? rouillé fait partie de l?inventaire. La peinture grise sur les bardeaux est écaillée comme un mauvais vernis.

Retour sur le plancher des vaches. La moisissure nous accueille à l?ombre des colonnes extérieures et au plafond de la varangue. Nous traversons le carrelage crevassé du Foyer du théâtre. Là où Jocelyn Louise, le responsable de la galerie d?art est assis, une figure de l?ennui. C?est que depuis que la galerie Max Boullé a été transférée au foyer, peu d?expositions majeures s?y sont tenues.

De prime abord, l?escalier principal semble encore pimpant. Mais quelles surprises le tapis rouge sans plis réserve-t-il aux ouvriers chargés des réparations ? Nous contournons l?escalier et ses miroirs ternis. Là pêle-mêle : les vieux comptoirs qui ont fait la joie des spectateurs, avec les friandises qu?ils conservaient. Des chaises rouges défoncées, des vieux frigos pour boissons gazeuses gisent à côté des cloisons amovibles utilisées dans la salle des fêtes. Dans un coin sombre sont entreposés deux ?janaaza?, servant à transporter les morts au cimetière.

Emblématique de ce qu?est devenu le théâtre : les cadenas que l?on retrouve un peu partout sur les portes. ?On les a mis parce que l?on a perdu des choses dans le théâtre?, souffle l?un de nos guides.

Partout la même scène se répète. Des faux plafonds gondolés, la peinture sur les murs rongée par l?humidité. Au-dessus du poulailler, une partie du toit est défoncée. Les maquettes de Serge Constantin regardent le temps qui passe.

Nous grimpons les escaliers. Des fenêtres sont retenues par du fil de fer. C?est que le bois de l?encadrement est pourri. ?La fenet dan vid, si enn siklonn vini, tou anvole?, explique l?un de nos guides. Premier balcon, deuxième balcon, poulailler, les traces d?infiltrations d?eau se répètent à tous les niveaux.

Notre guide énumère, de mémoire: 320 places dans les stalles, 300 dans les troisièmes, 100 en seconde, trois loges, celle du maire et de deux conseillers, avec 40 places chacune. Le tout triste et silencieux. C?est le fantôme du Plaza ? il doit sûrement y en avoir un ? qui doit rire. Tout cet espace à lui seul depuis octobre 2004.

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