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Le plaisir est dans le chocolat
«Une vie sans chocolat est une vie à laquelle manque l?essentiel », ont écrit Marcia Colman et Frédéric Morton, deux auteurs américains. Evelyne Ramdiane aurait donc trouvé plus que l?essentiel, est-on tenté de dire. Son métier fait d?elle une « tentatrice » hors pair, car madame est artisane-chocolatière et confiseuse. On entre dans sa boutique, Sweet Spot, comme on irait dans la maisonnette en sucre du conte Hänsel et Gretel? Avec gourmandise !
Dans ce coin sucré à Curepipe, le mot « délicieux » prend toute son importance. Ici, chocolats, dragées et pralines se parent de leurs plus beaux atours et des senteurs les plus variées. Difficile de résister. Dès qu?on croque, on craque ! Et ce n?est pas Evelyne qui s?y opposera.
Tombée dans la marmite toute jeune, elle consomme volontiers les confiseries mais « avec modération », nous confie-t-elle. Troisième génération d?une famille de chocolatier, Evelyne a grandi chez son grand-père, en Auvergne. « Il avait une grande entreprise de chocolat, biscuits et confiseries, mais la région était assez défavorisée au niveau du développement économique. Mon père avait repris le commerce, mais il bifurquait beaucoup », raconte-t-elle.
Situation oblige, son grand-père a dû fermer boutique. « Mon Dieu ! Là où il est, il doit me voir », s?exclame-t-elle. Et pour cause ! Grand-papa était loin de se douter que sa petite-fille reprendrait un jour le flambeau, ou devrions-nous dire, le bonbon.
De ses années passées dans la chocolaterie de son aïeul, Evelyne garde des souvenirs mémorables. « Je me rappelle les chocolats à Noël, mais surtout le fait de les présenter. On passait des heures à emballer les chocolats », relate-t-elle. Voilà donc d?où elle tient son souci de la présentation. Et elle en connaît un rayon. Avant le chocolat, Evelyne travaillait dans la grande distribution et la gestion des rayons de produits frais. « La présentation est très importante car elle véhicule une image. Il n?y a pas plus haut de gamme en confiserie que le chocolat. L?emballage doit être à l?image de ce produit noble », souligne-t-elle.
Et des emballages, il y en a pour tous les goûts et de toutes les couleurs. Rubans, fleurs, boîtes en bristol imprimé, tout y est pour satisfaire le client. « La tendance actuelle est à la personnalisation. Le client recherche de plus en plus le produit unique, adapté à sa personne et à ses désirs, surtout pour les emballages de dragées et brioches », dit-elle. De quoi appâter les yeux et vous mettre l?eau à la bouche !
Mais parlons de la dragée, puisque c?est grâce à ce petit bonbon que l?aventure sucrée d?Evelyne a commencé à Maurice. « Quand je suis venue m?installer ici, dans les années 90, il n?y avait aucun débouché dans le secteur de la grande distribution. Les hypermarchés n?existaient pas encore et je me voyais mal y trouver de l?emploi. Et comme dans la famille, nous avons tous la fibre de l?entrepreneuriat, je me suis dit pourquoi ne pas devenir mon propre chef ? Le service confiserie en tout genre pour mariages et baptêmes était un créneau à prendre et je m?y suis lancée avec une partenaire », raconte-t-elle.
Ses yeux pétillent et ses mains s?animent
Pour Evelyne, une des plus grandes difficultés était d?aller à la recherche des fournisseurs à l?étranger. « En France, c?était facile, vu qu?il y a un lien très fort. Mais hors métropole, c?était plus difficile de trouver des fournisseurs. En Méditerranée, ils ne savent même pas où se trouve Maurice et ne veulent pas prendre le risque d?y exporter leurs produits », confie Evelyne.
Loin de se laisser décourager, elle s?est adaptée au contexte local et a su tirer profit de certaines ressources et réalités mauriciennes. « Je me procure, par exemple, des paniers en rotin ici.
De plus, votre dragée pour baptêmes et mariages est unique au monde, en France comme ailleurs on partage plutôt les pralines. Ce qui fait que j?ai des commandes d?expatriés mauriciens qui en ramènent chez eux », fait-elle ressortir.
À 46 ans, Evelyne a aujourd?hui quinze années de métier. Depuis 2000, elle s?est aussi mise au chocolat, une passion réelle. D?ailleurs, quand elle parle de chocolat, ses yeux pétillent et ses mains s?animent. « Une Mauricienne qui s?était lancée dans la chocolaterie m?a vendu tout le matériel inutilisé, qui est de qualité. J?ai toujours voulu faire du chocolat et j?avais le savoir-faire et le professionnalisme. J?ai appelé la famille en renfort et mon père et mes cousins sont venus assurer la formation de mes employés. »
Mère de deux jolies petites filles et mariée à un Mauricien, Evelyne a pu les convaincre de plonger avec elle dans le chocolat. « J?ai rencontré mon mari grâce à la plongée sous-marine, loisir que nous avons en commun. Il est moniteur et maintenant, c?est mon testeur attitré dès que nous essayons de nouvelles saveurs et mes filles raffolent aussi du chocolat », précise-t-elle.
Et des nouvelles saveurs, elle en a testé. « Nous avons une gamme de chocolats aux fruits locaux tels que les litchis, ananas, grenadines et calamandins, fruit qui ressemble à l?orange. Nous faisons aussi la feuille d?automne, un praliné à la pistache enrobé de chocolat. Toutefois, les Mauriciens restent traditionnels et préfèrent les saveurs telles que le café, la noisette et l?amande », dit-elle.
Loin d?être un simple produit de consommation, le chocolat est synonyme de passion, de gourmandise, de plaisir. Plaisir de savourer allié à celui de partager, car le chocolat, on l?offre surtout aux autres. C?est ce plaisir qu?aimerait faire découvrir Evelyne.
Parmi ses futurs projets : la venue en février prochain d?un maître-chocolatier qui partagera son savoir-faire avec les Mauriciens et son envie de plus de communication. Et puis, il y a déjà tous ces voyageurs des lignes aériennes étrangères transitant par Maurice, et ces clients avec qui elle partage non seulement un plaisir, mais également un art de vivre.
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