Publicité

Le peuple, ?bouclier vivant? pour Arafat

14 septembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La voirie nettoie les traces de pneus brûlés dans les rues désertes de Ramallah. Hier, des milliers de partisans de Yasser Arafat les ont incendiés en se rendant en cortège à la Mouqata?a, pour l?assurer de leur soutien. S?il constitue un ?obstacle à la paix? aux yeux d?Israël, Yasser Arafat, qui en est à son cinquième Premier ministre israélien, en dix ans, est plus que jamais présent. Dans la tête de tous, Israéliens et Palestiniens.

Sur les carcasses de voitures accumulées autour du bâtiment intact où le président de l?Autorité palestinienne est confiné, on peut encore lire des affiches, en arabe et en hébreu : ?Il y a quelqu?un à qui parler?, souvenir déjà lointain des négociations entre Israéliens et Palestiniens, quand ils se considéraient encore comme ?partenaires? de paix.

La prière, par solidarité

Des enfants trônent avec le portrait de Yasser Arafat, doigts brandis en ?V? de la victoire, pour le plus grand bonheur de photographes qui les prennent en contre-plongée héroïque. Des adultes graves, certains souriants, arrivent peu à peu, tapis de prière sous le bras, parfois avec leurs enfants.

?C?est la première fois que j?emmène mon fils pour qu?il voie son chef !?, confie Abou Salah. Comme beaucoup, aujourd?hui, il est venu participer à la prière, ?par solidarité?. Abou Salah a quitté l?Australie, pour ouvrir à Ramallah et à Jérusalem-Est une société de bureautique. ?Mais on ne peut plus travailler?, regrette-t-il.

Craint-il qu?Israël mette ses menaces à exécution ? ?Ils sont forts, ils se disent donc qu?ils peuvent tout se permettre !?

Nabil Chaath, ministre palestinien des Relations extérieures, étale le même sentiment.?Trop de pouvoir intoxique, ils sont devenus fous. Il faut leur dire : Arrêtez votre arrogance, revenez sur cette décision stupide. Retournez aux négociations et acceptez un cessez-le-feu d?égal à égal.?

Entouré de ses proches et de ses gardes du corps, porté à bout de bras, Yasser Arafat traverse le court espace qui le sépare de ses bureaux à la mosquée improvisée dans la grande salle du Conseil législatif. Un jeune officier intime à deux photographes allemandes d?arrêter de mitrailler sous son nez Yasser Arafat en prière ; il les supplie presque. Rien n?y fait...

Le prêche achevé, quelques dizaines de fidèles acclament le président de l?Autorité palestinienne aux cris d??Allah Akbar? et de ?par notre sang, par notre âme, nous te délivrerons, Abou Amar ! (nom de guerre d?Arafat, ndlr)?. Au passage, Ariel Sharon et Shaul Mofaz, ministre de la Défense d?Israël, se font traiter de tous les noms.

Le Fatah a demandé aux Palestiniens de se relayer au quartier général de la Mouqata?a, afin de constituer un ?bouclier vivant?. Cependant, l?atmosphère paraissait bon enfant. ?Les Israéliens n?iront pas jusqu?au bout?, estime Bassem Abou Soumaya, directeur général de la radio palestinienne. ?Le peuple protège Arafat, parce qu?il estime qu?il est son seul chef légitime. Les Palestiniens peuvent lui dire oui ou non, mais c?est à eux de le faire. Personne ne peut le remplacer?, tranche-t-il.

De toute façon, selon son ancien conseiller, le député arabe israélien Ahmad Tibi, ?Arafat ne se laissera pas prendre vivant, il dispose d?un pistolet et il s?en servira?.

Jean-Luc ALLOUCHE

Que faire d?arafat</B>

La Maison-Blanche préfère la marginalisation à l?exil

La Maison-Blanche est ennuyée. Depuis près de deux ans, elle ostracise ouvertement Yasser Arafat, le traitant avec à peine plus d'égards que ceux réservés aux terroristes. Mais alors que le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, décide d'aller au bout de cette logique et suggère d'expulser le raïs palestinien, Washington est contraint d'intervenir pour tenter de l'en empêcher. ?Cela ne ferait que lui offrir un forum plus large?, a répété Scott MacClellan, le porte-parole de la Maison-Blanche.

Sur le fond, George Bush et Ariel Sharon partagent le même diagnostic, qu'on résume à Washington d'une formule : ?Arafat est l'un des éléments du problème, pas de la solution.? Le président Bush a perdu toute confiance dans le leader palestinien depuis l'épisode du Karine A, au tout début 2002. Le leader palestinien lui avait juré au téléphone ne pas être au courant que ce navire iranien, arraisonné en mer par Israël, devait livrer des armes à l'Autorité palestinienne... Une version formellement démentie par les renseignements de la CIA. Depuis cette date, Bush a décidé d'ignorer Arafat et de tout faire pour le priver de pouvoir.

La divergence entre les gouvernements américain et israélien relève donc de la tactique : quel est le meilleur moyen pour marginaliser Arafat ? Pour Israël, un exil desserrerait l'emprise du leader sur les forces de sécurité palestiniennes et permettrait, peut-être, à d'autres leaders d'émerger. Pour Washington, mieux vaut laisser Yasser Arafat enfermé dans sa boîte à Ramallah. ?L'administration craint que, s'il voyage d'une capitale à l'autre, rencontrant des représentants étrangers de haut niveau, il ne fasse que renforcer sa crédibilité?, analyse Max Abrahms, de l'Institute for Near East Policy. Certains experts, comme l'ancien ambassadeur en Israël Martin Indyk, aujourd'hui expert à la Brookings Institution, proposent d'intégrer l'exil d'Arafat dans un plan plus large visant à faire redémarrer le dialogue. Par exemple, Israël pourrait, tout en expulsant le leader des Palestiniens, amorcer son retrait des colonies. En coulisse, l'administration est divisée. Les ?faucons?, toujours en phase avec les choix de Sharon, ne voient pas d'un mauvais oeil le scénario de l'exil. Ils font le pari qu'Arafat, âgé de 74 ans, perdra sa crédibilité. Les responsables du département d'Etat, en revanche, considèrent comme essentiel de maintenir le consensus international sur le dossier du Proche-Orient. Ils plaident donc pour multiplier les pressions sur Sharon, afin d'éviter l'expulsion d'Arafat. Selon eux, c'est le seul moyen de sauver ce qu'il reste de la ?feuille de route? vers la paix.

Pascal RICHE

Publicité