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Le pARTage, ce sel de la terre
Une échelle pour monter? au ciel ? Fragile et périssable échelle faite de bougainvillées, fleurs ramassées du côté de Tamarin. Au pied de l?échelle : un peu du sel de la mer, un peu de terre insulaire. Avec au c?ur de l?ensemble, ce fil de nylon, empreinte indélébile de l?homme. En l?occurrence celle de Nirveda Alleck.
C?est par cette échelle-là que nous avons choisi de grimper jusqu?au produit final de l?atelier de paysages ARTerre. Fruit de deux week-ends dans la nature ? d?abord à Tamarin, puis à Eureka, organisés par l?association pARTage ? les travaux sont exposés jusqu?au samedi 15 juillet à l?Alliance française, à Bell Village.
Avertissement au promeneur : il sera ballotté entre Tamarin et Eureka au gré des ?uvres, sans pouvoir se raccrocher ni à une boussole, ni à une ligne directrice. En effet, les ?uvres ? majoritairement des peintures ? sont disposées avec une asymétrie étudiée. Si certaines, comme dans le cas de Roger Charoux et de Sheetul Goorah, accolent le voyage intérieur de Tamarin au cheminement à Eureka de ces plasticiens, dans la majorité des cas, les réalisations des artistes sont semées aux vents calmes de la salle polyvalente de l?AF.
Expérimenter des techniques
C?est donc à nous de reconstituer l?itinéraire artistique de pARTage. De nous laisser étonner par les similitudes et les grandes différences qu?ont suscité les ateliers. Exemple frappant : la Pizzeria rouge-bleu-jaune-vert de Nirmala Luckeenarain n?a rien à voir avec la facture de son Eureka, qui retient l??il sur sa pelouse à effet de balayage. Preuve réussie de la polyvalence du chargé de cours à l?école des Beaux-Arts du MGI. Un atelier sert aussi à cela : l?expérimentation des techniques. Se laisser aller à des Changing moods, comme nous invitent à la faire les aquarelles de Gaetree Daby Chummun.
D?où l?intérêt de pARtage. Ses moments d?émotions retranscrits sur la toile avec précision, au point de ressembler à des photos, tant sont fidèles le placement des détails, l?étude de l?ombre et de la lumière, le reflet des vitres et la présence de la montagne. Pourtant, le cliché est différent à chaque fois. Ici, une tâche de couleur rouge (un arbuste), placée au centre du tableau, équilibre la composition. Là, ressort le côté austère et quadrillé de la façade de cette maison coloniale. Ici, c?est la montagne qui semble plus importante que la maison.
Et puis il y a ceux qui sont fidèles à eux- mêmes, comme Vaco Baissac. Qu?il soit les pieds dans le sable de la côte ouest ou dans les calmes jardins de l?intérieur du pays, son coup de pinceau est immédiatement reconnaissable. Comme le sont ses symboles favoris : une mer sans nuance, un soleil rond et éclatant, des animaux au repos.
ARTerre est un exercice à double tranchant. Il a le défaut d?exposer les forces mais surtout les faiblesses de chacun. Sans être cruel, il montre immédiatement qui sont ceux qui ont un talent plus prononcé pour le dessin. Ceux qui ont fait un effort d?imagination, et ceux qui n?en ont pas. Ceux qui ont un peu d?humour (mention spéciale pour le Gérard a froid de Fabien Cango). Ceux qui sont imperméables à l?environnement qui les entourent et qui préfèrent restituer le paysage qui vit dans leur tête ? sans aucun rapport avec Tamarin ou Eureka.
Le meilleur résumé d?ARTerre restant cette toile accrochée à l?extérieur de la salle d?exposition. On y reconnaît du premier coup d??il, les colonnades d?Eureka, ses bardeaux, ses pignons, ?sa? montagne. Et puis vient le choc. Là, devant la maison ?des pirogues se mirent dans l?eau.
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