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Le parfum ?
L?origine transparente du mot nous renvoie au latin « fumare », et « perfumum ». Le parfum est d?abord une façon de diffuser une fumée? parfumée. Et l?on pense tout de suite à l?encens, aux herbes odorantes séchées à consumer dans un encensoir, un brûle-parfum, pratique ancestrale conjointe à la connaissance des plantes et des fleurs dont la nature est prodigue. Rose, violette, jasmin, frangipane, lavande, sauge, fenouil, etc.
De là on en arrive à des infusions, des décoctions, des distillations de sucs végétaux, et à leurs mélanges.
Le principe de la distillation était connu depuis les premiers temps : les fouilles archéologiques ont révélé, dès l?âge du bronze, l?existence de « cornues », de vases à chauffer pour recueillir les vapeurs de ces mélanges parfumés. L?usage d?encensoir eut naturellement un but religieux de vénération. On sait qu?avant d?interroger la Pythie de Delphes, on la soumettait à des fumigations d?herbes odorantes propres à favoriser l?ivresse d?un certain délire? De cette griserie sortaient les prédictions, que les prêtres interprétaient?
On parfumait les temples comme on encense nos églises.
À propos de la toilette, des condiments culinaires, dans la désinfection des locaux, les odeurs jouent un rôle essentiel ; également dans la médecine pharmaceutique. Les pharmacies d?antan exhalaient de ces senteurs fortes, mélanges complexes que les odorats de la clientèle tentaient de démêler? Car, à cette époque, le pharmacien était à la fois herboriste et chimiste. Aujourd?hui, il vend des « spécialités » en boîtes et en flacons. Reste l?« aromathérapie », technique de soins par les essences végétales.
C?est surtout dans l?usage cosmétique que la recherche a diversifié cette complexité des mélanges qui offre aujourd?hui une variété sans fin de nuances, à partir de bases toujours utilisées, comme l?essence de géranium. L?usage social du parfum est évident : c?est pour son agrément personnel que l?on se parfume, mais aussi pour « sentir bon » au nez d?autrui. D?où cette pratique abusive des « déodorants ». Discrètement utilisés, un parfum, une eau de toilette de qualité achève les soins de la toilette et rend l?abord de l?autre agréable. Éviter « l?arrosage », coûteux, qui est une faute de goût? Un certain parfum évoque le souvenir, car les odeurs ont une prégnance tenace dans la mémoire. Il peut rappeler un moment heureux ou attristant, un visage aimé? C?est la magie des « garde-robes », des penderies, où lingerie, robes, lainages conservent, longtemps après la disparition d?un être, ces effluves toujours reliés à un visage, une chevelure? Le parfum stimule une certaine « fermentation » des souvenirs, humus de la mémoire? Il y a un déchirement à se séparer de certains vêtements ainsi imprégnés, qui laissaient une dernière trace dans le vivant? Car le parfum prolonge hors du temps. Puissant stimulant psychique, il rappelle des lieux, des impressions que l?on croyait disparus depuis longtemps. L?odeur iodée et salée de la mer ressuscite tout un monde endormi à celui qui la retrouve. L?odeur des sables, des forêts, des cavernes? On sait combien le flair des chiens est un centre d?informations.
De nombreux produits de synthèse entrent dans la composition des parfums. La vanilline à partir de la vanille, en pâtisserie ; l?héliotropine, composé de synthèse tiré du sassafras, (genre de laurier d?Amérique) porte à l?évocation de jardins fleuris. Le tournesol est une variété d?héliotrope.
On peut se demander pourquoi chacun de nous a une prédilection ? ou au contraire une répulsion ? pour tel ou tel parfum. Pourquoi préférer le vétiver à la lavande (mais on peut aimer les deux?) L?eau de rose, à la fragrance si délicate, odeur de fruit et de fleur. Une promenade en Provence l?été, et vous baignez dans ces odeurs d?une campagne : thym, romarin, laurier, sarriette, fenouil à senteur d?anis ? Gilbert Bécaud en a fait une chanson où l?on respire « Les marchés de Provence ». Et la lumineuse senteur des champs de lavande, qui finiront dans les flacons des parfumeries? Promenade de jouvence euphorisante, d?un bleu mauve qu?on n?oublie pas. La lavande embaumera les armoires à linge de son odeur fraîche et persistante, image de printemps, de renouveau. Le « lavandin » est un hybride de lavande et d?aspic qui entre surtout dans la formule des savons.
Nous parlions de « secret », récemment. En voilà un très jalousement gardé : la chimie des parfums. Recherche, essais, composition de formules inédites, ingrédients appariés, tout cela demande de l?imagination, de la patience, de la minutie ? on pense au travail de l?alchimiste ? et un nez à toute épreuve, préservé des odeurs parasites. On pense aussi aux « Chevaliers du taste-vin », ces dégustateurs émérites?
L?histoire des conquêtes se ramène beaucoup à la recherche des épices, des aromates. Gastronomie et médecine poussaient à la quête des résines (térébinthe), du benjoin, de la myrrhe, etc.
Et ça continue. Dans la discrétion parfumée des laboratoires?
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