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Le parcours du combattant?

17 août 2008, 00:00

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Le parcours du combattant?

Jeudi 24 juillet. Ma grand-mère est dans un état inquiétant ! Douleurs atroces, un genou qui a doublé de volume. Prise de panique, seule alternative qui me reste, c?est de l?emmener à l?hôpital. Le plus proche, dans le Sud du pays, est celui de Souillac.

10 h 30. Arrivée à l?hôpital de Souillac. Ce bâtiment qui pourrait prêter à confusion, passe pour un complexe hôtelier de haut standing.

En descendant de la voiture, le périple commence ! Ma grand-mère est auscultée par un médecin généraliste, peu loquace, et le diagnostic tombe : de l?eau dans le genou ! Il faut la transporter d?urgence à l?hôpital Jawaharlal Nehru.

12 h 15. Arrivée à l?hôpital de Rose-Belle. Changement radical de décor. Une odeur et une propreté des lieux qui vont de pair, laissent à désirer. Quelques heures d?attente, une requête pour qu?on administre au moins un antidouleur à ma grand-mère, et une plainte déposée plus tard, un autre diagnostic est communiqué : grosseur bénigne dans le genou ! « Quelques médicaments de prescrits et le tout s?envolera », clame la Resident Medical Officer (RMO). Un peu sceptiques, mais tout de même soulagées de rentrer à la maison.

Lundi 28 juillet, 10 h 00. Arrivée à la Clinique de Lorette, à Curepipe. Des maux insupportables qui persistent et le genou toujours enflé, ma grand-mère s?installe sur une chaise roulante. On sillonne les couloirs sinueux et étroits de ce bâtiment, avant d?atteindre le salon communément appelé « Salon Bleu ».

12 h 20. Dr G., le médecin spécialiste en orthopédie nous reçoit. Habillé d?un costume bleu marine, coiffé de cheveux grisonnants, il se vautre sur sa chaise, dans ce cagibi qui lui sert de cabinet de consultation. Après des remarques vaseuses sur l?état de ma grand-mère, il se prononce : « Il faut faire un ?tapping? car il y a de l?eau dans le genou. » Toutefois, pour être sûr, il faut effectuer une radiographie des deux genoux.

13 h 50. Radiographies en main. On repasse avec le spécialiste qui confirme son diagnostic et annonce qu?il serait préférable de l?opérer au plus vite. Dans l?immédiat, il procédera à l?extraction de l?eau.

14 h 20. L?orthopédiste pédant se met à l??uvre et me fait même entrer dans la salle pour constater qu?il y avait effectivement de l?eau dans le genou, contrairement au scepticisme que j?ai laissé transparaître. Règlement des frais et on nous prie de revenir dans deux semaines pour un suivi.

Jeudi 31 juillet, 10 h 00. Des maux qui ne s?estompent toujours pas, malgré les diagnostics et médicaments prescrits. Recherche d?un autre spécialiste-orthopédiste, mais pas facile d?en trouver. Les mois de juillet-août équivalent à la période de vacances pour bon nombre des médecins.

Dr S. est l?un des rares que l?on parvient à joindre et accepte de nous recevoir à Medisave, , à Quatre-Bornes, la clinique privée où il exerce. Son constat est que le rhumatisme est trop élevé, il faut y remédier avant toute chose. Il émet également la remarque qu?un « tapping » n?aurait pas dû être fait.

(Réactions en chaîne suite à la prise de nouveaux antidouleurs : développement d?une allergie, ce qui a littéralement créé une infection à la bouche, laissant des brûlures conséquentes, et empêchant d?ingurgiter quoi que ce soit.)

Lundi 4 août, 22 h 25. Des douleurs dans les membres, impossible de bouger, une couleur de peau noire verdâtre, bref une grand-mère méconnaissable, mourante même. Elle est emmenée d?urgence à Medisave où elle est prise en charge et admise dès son arrivée. Dr S. est prévenu et est déjà sur place. Son constat : un taux de rhumatisme oscillant à 258 soit 32 fois plus élevé que la normale.

Jeudi 14 août, 12 h 00. Apparence physique : prise de force, le taux de rhumatisme ramené a une certaine normalité, infection soignée. Sortie de la clinique Medisave et arrivée à bon port à la maison, à Surinam. Coût du périple : Rs 60 000 !

ADMINISTRATION INEFFICACE

Une bureaucratie si lourde qu?elle empêche le bon fonctionnement de l?univers hospitalier. Ce constat est très souvent émis tant par les patients que par le personnel soignant.

Le département des archives est une illustration du capharnaüm administratif. Selon un cadre du ministère de la Santé, « le Medical Records Filing pose un sérieux problème à Rose-Belle dû à un manque de place pour stocker les nouveaux dossiers. Un projet d?informatisation est à l?étude et devrait voir le jour tôt ou tard. »

D?autres problèmes auxquels se heurte ce haut fonctionnaire sont liés à l?absentéisme du personnel soignant. Il indique qu?« il y a un manque tel d?effectif que le personnel travaille plus, par conséquent se fatigue plus et de ce fait a tendance à tomber plus souvent malade ».

HYGIENE DEPLORABLE

Ne pas privilégier l?hygiène dans un hôpital est une faille. M. P., infirmier à l?hôpital de Rose-Belle, s?inquiète du travail du personnel d?entretien de la compagnie privée chargée de nettoyer les salles d?eau des chambres de l?hôpital. Selon lui, cette compagnie ne leur dispense aucune formation. « Ils utilisent les mêmes équipements partout et ne se soucient pas des problèmes d?infection. » Autre source de mécontentement exprimé par un médecin-urgentiste du Sir Seewoosagur Ramgoolam Hospital (SSRH) : les salles d?opération. « Dans ma salle d?opération, il y a six portes d?entrée. C?est un véritable labyrinthe.

Et c?est surtout la porte ouverte à toutes sortes d?infections. »

MEDICAMENTS HORS NORMES

Selon le Dr X., du Jawaharlal Nehru Hospital, les médicaments ne sont généralement pas standardisés.

« Par exemple, les échantillons envoyés par un laboratoire indien ne correspondent pas aux commandes passées. C?est une coutume qui est maintenant ancrée et on ne dit rien ! » La faille existe ! Mais à quel niveau ?

Est-ce l?agent qui passe les commandes et/ou encore l?inspecteur qui est censé contrôler la réception des produits ? Qui est en cause ? Mystère. Apparemment, personne ne s?en préoccupe vraiment. « Ce sont les médecins qui doivent jongler les doses? », soupire un médecin généraliste de l?hôpital du Nord.

De plus, il y a parfois une pénurie de palliatifs. De ce fait, « il faut diminuer les quantités prescrites aux patients. Nous sommes obligés parfois, de faire revenir le malade au bout de quinze jours », précise une infirmière du SSRH, alors qu?il aurait pu bénéficier d?un traitement d?un mois.

MEDECINS : MANQUE D?EFFECTIF

Un manque d?effectif évident. Des requêtes ont été déposées au ministère de la Santé et ont été prises en considération. Des médecins et infirmiers ont été recrutés. Toutefois, « ces jeunes fraîchement débarqués des universités optent très vite pour une spécialisation. Et nombreux sont les infirmiers qui s?envolent pour des capitales occidentales qui leur font miroiter une vie meilleure », explique un haut fonctionnaire du ministère.

Autre fait qui sollicite une attention particulière : la compétence des médecins. Dr X. précise qu?il y a dix ans de cela, les consultants étaient plus sévères avec les médecins. De plus, les rapports adressés au ministère de la Santé reflétaient leurs constats obligeant ainsi les généralistes à être plus pointilleux et consciencieux.

De nos jours, la situation est différente. « Les consultants sont beaucoup plus souples.

Il n?existe même plus de suivi, avoue le Dr. X. C?est dû aux diverses interférences? politiques ! »

Hareeta CUNNIAH </B>

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