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Le paradis au bois dormant)

17 décembre 2005, 20:00

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Le paradis au bois dormant)

Oyez, oyez intellectuels et universitaires de tous pays ! C’est l’événement de l’année. L’université de Maurice se réveille. Il était temps au bout de quarante ans ! Eh oui, l’air de rien, elle est née en juillet 1965. Remarquez, la belle au bois dormant, il lui a fallu cent ans pour émerger, mais bon, c’est pas une raison. Et comme elle, elle n’a pas pris une ride. Forcément, quand on ne s’expose pas au rayonnement de la pensée…

Bref, notre bonne université vient de dégager un « plan stratégique » et annonce son ambition de devenir – et on ne rigole pas, s’il vous plaît – une « leading international university » ! Elle veut diffuser « la connaissance à travers les continents (rien que ça !) grâce à l’excellence et à la créativité intellectuelle ». Elle doute de rien. C’est une bonne nouvelle pour le reste du monde. Je me demande comment ce dernier a fait pour se passer de ses éminents services jusqu’à présent. Enfin, dieu merci, il va pouvoir rattraper son retard en matière de réflexion sur sa destinée.

Donc, après plusieurs mois de remue-méninges (tout de même c’est pas venu d’un seul coup), elle vient donc de se rendre compte qu’elle devait, je cite pêle-mêle, établir des partenariats régionaux et internationaux, faire de la recherche, inculquer un certain nombre de valeurs à la population, être un réservoir de compétences multiples, réfléchir sur les questions d’intérêt général qui interpellent notre société, etc., bref, qu’elle devait enfin se comporter comme une université normale, ouverte sur le monde qui l’entoure. Ben c’est pas trop tôt. Sauf qu’elle n’a pas inventé la poudre : ce soi-disant plan stratégique, ce n’est jamais que la mission de base de n’importe quelle université lambda qui se respecte.

Moi, j’aimerais bien savoir ce qu’elle a fait pendant tout ce temps-là, hein ? S’il lui a fallu quarante ans pour prendre conscience du rôle qu’elle devait jouer et plusieurs mois pour dégager quelques axes de travail, combien lui faudra-t-il d’années pour mettre en pratique toutes ses déclarations d’intention ? Et puis, entre nous, avant de vouloir disséminer la bonne parole au reste du monde, qu’elle se contente déjà de delivers the goods vis-à-vis des étudiants et de la société, ce sera déjà pas si mal.

Pendant qu’on y est, puisqu’on n’a que le mot « excellence » à la bouche, puis-je signaler qu’un organisme parapublic qui a fait ses preuves en matière de compétence, navigue à vue depuis un certain nombre de mois faute de direction ? Un organisme dont la capacité à réfléchir sur notre devenir n’est plus à faire, à qui on doit le mérite d’avoir initié un débat sur toutes ces notions de compétitivité et de changement d’attitudes aujourd’hui à la mode. Un organisme, enfin, qui n’a pas attendu des lustres avant de dégager un plan d’actions concrètes. Mais qui, aujourd’hui, se retrouve paralysé par l’absence d’intérêt que son ministère de tutelle semble lui porter. Le même ministère qui, par ailleurs, applaudit devant l’initiative si audacieuse de l’université. Il s’agit du NPCC, qui doit sa naissance à la signature, le 18 août 1999, par Navin Ramgoolam, soi-même, d’un protocole d’accord entre les pays de la SADC pour mettre en place des organismes de productivité.

Mais c’est vrai que se gargariser des concepts creux de World Class Research et de World Class Education, ce qui n’engage personne, c’est moins dangereux que de passer à l’acte. Au paradis de l’approximation, la léthargie a l’éternité devant elle.

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