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Le panthéon du déshonneur
L?affaire Hurnam défraye la chronique. Les prises de position faussement éthiques de l?opposition affrontent les postures légalistes de circonstance affichées par des animateurs de l?alliance gouvernementale. Mais tout le tapage politicien de ces derniers jours cache une réalité : avec le temps les m?urs politiques ont changé.
Actuellement, trois honorables membres siégeant à l?Assemblée nationale sont en liberté conditionnelle. Le député Balkrishna Hookoom répond d?une accusation de recel, Mukhesswur Choonee est poursuivi en justice pour avoir pris des pots-de-vin et Dev Hurnam jouit de sa liberté car sa condamnation à six mois de prison a été suspendue parce qu?il a fait appel du jugement de la cour intermédiaire. Ainsi, le Parti travailliste, le Mouvement socialiste militant et le Mouvement militant mauricien, les trois grands partis sur l?échiquier sont logés à la même enseigne. Ils ont chacun un représentant au panthéon du déshonneur.
Certes, en vertu des dispositions légales, les trois honorables-accusés sont toujours innocents. Et ils le seront aussi longtemps que tous les recours que le Droit leur procure n?auront pas encore été épuisés. Mais, est-ce vraiment sur le terrain juridique que doivent être portés les débats ? Les formations politiques insistent pour qu?il en soit ainsi, parce que c?est une parade commode.
Cette réaction ne peut que faire du tort à la classe politique elle-même. Elle décrédibilise tous ses discours sur le respect des institutions et l?éthique. On mesure particulièrement le chemin parcouru par le parti des militants. Comme elle est loin l?époque où ce militant de la première heure actif à Beau-Basin perdait l?investiture aux municipales pour une petite infraction non instruite en justice. Il est loin le temps où Ivan Collendavelloo laissait son siège de député, parce qu?à l?Assemblée nationale, Arvin Boolell lui avait reproché d?avoir signé la demande de passeport de Sol Kerzner, le magnat sud-africain, propriétaire des hôtels Sun Resorts.
Aujourd?hui, les paradigmes ont changé. Les considérations ethnopolitiques ont pris une importance démesurée. Elles permettent à n?importe quel quidam, n?ayant aucun sens de la gestion de la Cité, mais bénéficiant du parrainage d?une puissante organisation dite socioculturelle de se retrouver à des fonctions d?État. Maintenant, il suffit qu?un membre d?une formation politique parvienne à s?assurer un soutien bruyant au niveau de sa circonscription pour que son parti s?abstienne de sanctionner une inconduite de sa part.
C?est, sans doute, cette tolérance déplacée qui encourage le député Hurnam à s?en prendre violemment à nos institutions. Ce membre de la majorité gouvernementale, qui est aussi homme de loi, déclare qu?il y a une justice à deux vitesses. Il se permet de dire que ceux de ses pairs qui le soutiennent n?osent se découvrir par peur de représailles de la part des juges. Ces propos ne vont certainement pas contribuer à faire disparaître le climat de méfiance qui s?est installé dans le pays. Dans le temps, les formations politiques exigeaient de leurs membres qu?ils respectent les institutions. Cette époque est révolue, semble-t-il.
Les gestes forts d?antan venant des partis et des hommes avaient le mérite de signifier à la Nation la volonté des politiques de maintenir un décorum. Un mandat électif est avant tout un gage de confiance. L?homme politique a le devoir de justifier, voire consolider cette confiance. Nos élus, qui sont très friands de la tradition westminstérienne, ne contesteront pas ce postulat de George Thomas, Speaker à la Chambre des communes, de 1976 ? 1983. « We are all aware of the solemn trust placed upon us to ensure that we pass on our office to our successors with its powers, dignity and status preserved, and, if possible enhanced. » L?ancien Speaker, par la suite membre de la Chambre des lords, se référait à la fonction parlementaire. Et qu?on ne vienne pas parler d?enfance difficile et d?origines modestes. George Thomas était fils de mineur...
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