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Le pétrole franchit le seuil symbolique de 70 dollars

31 août 2005, 00:00

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Le pétrole a brièvement dépassé les 70 dollars le baril à l'approche de l’ouragan Katrina, l’un des plus puissants qu’aient connus les Etats-Unis. Le cours du light sweet crude pour livraison en octobre a atteint dans la nuit le prix de 70,80 dollars le baril, avant de se replier à 69,95 dollars à 6 heures, heure de Paris, soit un bond de 3,82 dollars par rapport à sa clôture de 66,13 dollars à New York, vendredi.

Cette poussée à la hausse résulte des craintes suscitées par l'arrivée du cyclone Katrina, qui menace les nombreux puits de pétrole du golfe du Mexique. Le président George W. Bush a déclaré l'état d'urgence dans la région, et 21 puits et plates-formes, qui représentent 42 % de la production de la zone, ont été fermés.

“Le marché semble vraiment fou”, a commenté Tetsu Emori, analyste à la Mitsui Bussan Futures à Tokyo, tout en estimant que les cours ne devraient pas pouvoir s'installer au-dessus de 70 dollars, puisque s'achève aux états-Unis la saison estivale, synonyme de forte circulation.

Dariusz Kowalczyk, stratège à la CFC Seymour Securities, juge, lui, possible que le prix du baril atteigne 80 dollars, car Katrina, classé cyclone de niveau 5, risque d'endommager les plates-formes. Or l'ouragan Ivan, de catégorie 3, qui avait ravagé le golfe du Mexique et ses infrastructures pétrolières en septembre dernier, avait provoqué une augmentation de 22 % des cours du brut. “La similitude avec Katrina est tellement importante que les marchés s'énervent, poussant ainsi les cours à la hausse”, souligne l'expert, qui rappelle que le port de La Nouvelle-Orléans traite 11 % des importations de brut des états-Unis, soit un million de barils par jour. Le contrat à terme pour février a atteint à New York le record de 71,87 dollars le baril, une indication de la tendance à venir, ajoute-t-il, d'autant que le risque de sanctions demeure contre l'Iran, compte tenu de ses ambitions nucléaires.

Les produits pétroliers ont flambé encore plus que le brut, le contrat octobre de l'essence s'adjugeant 11,3 %, à 2,1448 dollars le gallon (soit 3,785 litres), et celui du fioul domestique 9,6 %, à 2,0135 dollars le gallon. Les opérateurs redoutent que Katrina réduise encore la production de carburants dont les stocks se situent dans le bas de la fourchette habituelle pour cette période de l’année. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont la production approche ses capacités maximales depuis près d'un an, a exprimé dimanche ses inquiétudes concernant la flambée des cours, en hausse de 61 % depuis le début de l'année. Mais selon les analystes, l'Opep, qui se réunit le 19 septembre à Vienne pour déterminer sa politique de production, ne dispose quasiment plus d'aucun recours pour freiner les cours.

“On peut s’attendre à deux mois de production perdue. Et à l'approche de la période où la demande est la plus forte, cela ne peut pas être pire, estime David Thurtell, stratège chez Commonwealth Bank of Australia. Le seul moyen d'éviter une nouvelle escalade des cours est le déblocage par le président Bush d'une partie des réserves stratégiques de pétrole.” L'administration Bush avait précisé qu'elle ne le ferait qu'en cas de perturbation sérieuse, sans plus de précisions. En équateur, où la production est revenue à la normale après avoir été perturbée par une semaine de manifestations, les protestataires ont menacé dimanche de reprendre leur mouvement d’ici quarante-huit heures si les groupes pétroliers n'acceptent pas d'accroître leurs investissements locaux. Les économistes s’accordent à penser que le renchérissement du pétrole ralentira la croissance en Asie, mais de manière limitée. “Le fait que les cours du pétrole reflètent largement jusqu'à présent une forte demande plutôt qu'une rupture d’approvisionnement est une raison de garder confiance dans la santé de la demande internationale, et cela devrait soutenir une croissance toujours solide des exportations au second semestre”, estime David Cohen, économiste régional à Singapour pour Action Economics.

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