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Le one man show de Navin Ramgoolam

28 février 2005, 00:00

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Il a monopolisé la parole pendant 90 minutes, devant 4 000 personnes. Navin Ramgoolam a donné les grandes orientations de la politique économique d?un éventuel gouvernement du Parti travailliste (PTr). C?était hier, lors du 66e congrès annuel du parti à l?auditorium Octave Wiehé, à Réduit.

?Donnez-moi une majorité confortable aux prochaines élections pour pouvoir créer une société plus juste?, a lancé le leader du PTr. ?Gouvernman MSM- MMM inn vire pei enbalao. Bizin sanzman e sanzman pou ena?.

Navin Ramgoolam est revenu à maintes reprises sur la nécessité de démocratiser l?économie, une des ses priorités. ?Nou bizin enn mazorite konfortab pou onu kapav sanz sosiete. Arett bef travay souval manze. Me bef ki tavay ki pou manze.? Il veut ?des élections générales le plus vite possible? pour le bien du pays.

Ce serait ainsi le dernier congrès annuel que tient le PTr avant que le ?parti ne retourne au pouvoir?. ?Me PTr pa interese avek alians a enn korbyar. Nou oulé eleksyon cler e net?, précisant du même coup qu?aucun rapprochement avec les partis au pouvoir n?est à l?agenda.

Il estime que ?le pays a perdu ses repères et l?injustice sociale est devenue une méthode de gouvernement?. ?En cinq ans, dixit Navin Ramgoolam, le gouvernement MSM-MMM a arraché toute cette liberté et le pays se retrouve dans la même situation qui prévalait avant l?indépendance. Les inégalités s?aggravent. Il nous faut reprendre la lutte avec détermination.?

La population mauricienne devra choisir aux élections le type de société dans lequel elle veut vivre. ?Soit vous laissez le MSM-MMM continuer à ruiner le pays, soit vous optez pour l?avènement d?une société plus démocratique, plus juste et plus humaine.?

?Redonner confiance?

Navin Ramgoolam a expliqué pourquoi il ne détaillait pas les propositions concernant son projet de société et sa politique économique. ?Il est arrivé que nos adversaires copient ce que nous voulons faire. Cela a été le cas pour notre projet de démocratisation de l?économie. Le gouvernement présent veut le faire mais n?y parvient pas.?

L?égalité des chances pour tous est aussi une de ses priorités. Le PTr et ses alliés disent ?vouloir promouvoir une société qui puisse offrir des opportunités à tout le monde?. Le leader souligne ?qu?il faut donner des chances égales aux femmes, refaire l?unité nationale, établir une stratégie pour le développement des petites et moyennes entreprises pour leur faciliter l?accès aux finances, redéfinir notre diplomatie économique, lutter contre la fraude et la corruption, réformer l?accès à la propriété et mieux contrôler les morcellements?.

De son point de vue, il faudra ?redonner confiance aux investisseurs, locaux et étrangers et établir une politique claire et réaliste pour des secteurs tels la technologie de l?information et de la communication et le tourisme, et restaurer l?ordre et la paix publique?.

Concernant le hold-up à la MCB, il a dit qu?un ordinateur introduit par la force policière alors qu?il était Premier ministre a permis l?arrestation rapide des personnes impliquées. Sur cet ordinateur sont répertoriées des empreintes digitales. Il a encore parlé de cover-up dans ce hold-up.

Il estime qu?il ne faut pas se tromper d?adversaire, ?kar nou adverser se Bérenger?. Sur le plan diplomatique, a avancé Ramgoolam, Paul Bérenger a été ?incapable de discuter avec les Américains et les Britanniques pour arriver à une solution acceptable sur la question des Chagos?. Les relations avec Madagascar se sont refroidies.

Il a critiqué la décision du gouvernement de ?couper? la pension de 125 000 retraités, alors que l?économie réalisée n?est que de Rs 5 millions et que d?importantes dépenses ont été faites pour la Conférence des petits Etats insulaires.

Il a dressé une liste de chiffres alarmants, qu?il compare avec ceux sous son régime : le taux de chômage est supérieur à 11 %, car plus de 55 000 personnes ont perdu leur emploi en quatre ans sous ce gouvernement. L?inflation est galopante. Les prix augmentent. L?endettement public a atteint Rs 110 milliards. Le déficit budgétaire, de 4 % sous les travaillistes, est de 6,5 %. La croissance économique est inférieure à 4 %, contre 6 % entre 1995 et 2000.

L?investissement et l?épargne baissent. Même le taux de croissance du tourisme n?est pas aussi fort comme c?était le cas sous le régime du PTr. Navin Ramgoolam est d?avis que ?le pays a besoin d?une roupie stable, et non une roupie forte, pour attirer des investisseurs?. La roupie se déprécie, influant sur le prix des produits importés.

Ramgoolam a évoqué le renvoi des élections villageoises. Il a avancé que le gouvernement n?avait pas organisé de partielle au n°3 par crainte d?une défaite.

Le congrès était présidé par Jean-François Chaumière. Il a été reconduit à la présidence du PTr pour la huitième fois depuis 1997. Siddick Chady a fait son come-back au sein du comité exécutif. Un amendement a été apporté à la constitution du PTr : le nombre de membres du comité exécutif passe de 170 à 190.

Les invités, Xavier Duval (Parti mauricien Xavier Duval), Madan Dulloo (Mouvement mauricien socialiste militant) et Rama Valayden (Mouvement républicain) sont tous d?avis que l?Alliance sociale ?s?achemine vers une grande victoire aux prochaines élections générales?.

AMBIANCE

Les mille visages d?une marée rouge

Les activistes piaffent d?impatience. 9 h 40. L?arrivée du leader du PTr, Navin Ramgoolam, ne saurait tarder. Sur le palier de l?auditorium on se bouscule. Drapée dans son sari rouge, une partisane ne s?en souci guère. Elle patiente, des guirlandes sur ses genoux. Tous unis pour la cause du parti. Si différents. Le ballet de grosses cylindrées s?accélère. Dirigeants et dignitaires rouges sont accueillis par des accolades des supporters gonflés à bloc. Autobus et minibus déversent un flot d?activistes. Vieilles dames sur leur 31, jeunes brandissant des drapeaux rouges, d?un pas pressé, gagnent l?auditorium. Au vu de la masse présente dans les couloirs, une jeune femme laisse entendre : ?Nou inn fini gaign sa. Ena enkor troi bus derier la.?

Le couple Ramgoolam est accueilli en stars, ceinturé par un imposant dispositif de sécurité. Tout sourire, serrant les mains autant que possible, sous les ?Navin! Navin ! Navin !?, le leader se faufile dans le passage dégagé jusqu?à l?estrade. Entrée en fanfare pour lui. Pour d?autres, un accès quasi impossible. Pour pénétrer dans l?auditorium, un carton d?invitation est nécessaire. Ceux ne l?ayant pas chahutent avant de se faire enregistrer. Manque de place.

Un projecteur relaie les images de l?intérieur sur un écran géant, accroché dans le hall d?entrée. Dans les corridors, deux télévisions. Les groupes se forment. Les attitudes diffèrent. Ces messieurs préfèrent boire un coup à l?ombre, à côté de l?auditorium, le temps des discussions politiques. D?autres s?abreuvent à la boutique du coin. Les anciens restés à l?extérieur prêtent une moitié d?oreille aux discours, en petits groupes, dégustant sandwichs et ?dholl-puris?.

Au début, ils étaient excités. Mais au fil des discours, la chaleur aidant, la vivacité se laisse dominer par un repos sur le gazon de l?université. Alors que s?égosille le leader, à l?approche de midi, les gorges s?assèchent. Ceux ayant quitté leurs sièges préfèrent sortir pour se tenir près des haut-parleurs. A l?intérieur, la chaleur étouffante n?entame point la résistance des sympathisants. Le programme du jour sert d?éventail, brassant l?air moite.

Le discours du leader arrive à terme. L?auditorium se vide. Pensifs, les paroles de Navin Ramgoolam tournant en boucle dans leurs têtes, ils regagnent la sortie. Ce partisan, installé devant l?écran géant, est resté accroché aux lèvres du leader. Tout à coup, il se retourne vers son voisin de gauche : ?Vous vous imaginez qu?une pochette du ciment est à Rs 150 ?? Une sympathisante laisse entendre, plus loin, un ?bez sa? laconique. Navin Ramgoolam a-t-il fait mouche ?

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