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?Le Nouvel Essor?, une poétique des genres
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?Le Nouvel Essor?, une poétique des genres
?Le Nouvel Essor? se veut un espace offrant aux écrivains confirmés, aux écrivains en herbe, et aux lecteurs un moyen d?échanges, selon la note éditoriale de Priscille Rochecouste-Collet, celle à qui revient l?initiative de redonner vie à ce qui ressemblait autrefois à une utopie. La revue, qui se proclame littéraire et culturelle, associe la littérature à d?autres disciplines artistiques comme la photographie et le spectacle.
Elle réunit aussi, en une même collection, des écrits qui appartiennent à différents genres, de la poésie à la philosophie, en passant par la biographie, le portrait, la nouvelle, et la critique. Sa composition adopte une pluralité de formes et se partage entre textes d?information et textes d?expression libre, offrant un ensemble diversifié au lecteur qu?elle entraîne dans une aventure qui se renouvèle sans cesse.
Ont contribué à ce premier numéro trimestriel : Dev Virahsawmy, Sonia Serra, Khal Torabully, Magda Mamet, Virginie Blackburn-Lennon, Issa Asgarally, Jeanne Gerval-Arouff, Marie-Annick Savripène, Christine Decosta, Christophe Vallée, M.K Sabir et Bruno Dumazel.
La revue s?ouvre sur la poésie, rendant hommage, à travers un portrait, au poète Linley Raynal, disparu trop tôt et toujours méconnu parmi les siens. Si les vers libres offrent parfois la voie facile à certains de nos poètes contemporains, Dev Virahsawmy préfère lui, se livrer ici à un exercice qui se plie aux exigences des règles classiques. Son poème Ena foi est un chant d?amour en alexandrins. Si les césures sont respectées aux hémistiches (tantôt en deux groupes, tantôt en tétramètre), les rimes sont cependant plates (sans structure récurrente) et ne comportent qu?une homophonie.
Le poème inédit de Magda Mamet, L?étranger est quant à lui en vers libres. Les procédés reposent sur des retours réitérés. Les vers, dans la dernière strophe, sont construits sur des mots accouplés qui marquent les césures et les accents toniques de chaque octosyllabe, produisant des variations sémantiques. La répétition traduit ici l?insistance de la demande de reconnaissance qui s?exprime en cri de c?ur. Chez Christine Decosta, l?univers de la poésie est plutôt une invitation à l?interprétation. En déconstruisant le dernier recueil d?Umar Timol, La Parole Testament suivi de Chimie, elle dévoile l?existence de tout un champ lexico-sémantique qui indique comment les mots se libèrent de leurs significations premières pour atteindre, au delà de leur mystère et silence, au delà de leurs fonctions initiales, les sens cachés que sont le dépassement et la purification de soi.
Mais, la poésie n?est pas qu?idéalisation et rêve. Khal Torabully indique l?autre mission du poète : celle de l?engagement. Sa Lettre ouverte à Monsieur Dominique de Villepin est une réaction virulente contre le despotisme américain. Se réclamant de la tradition de Montaigne, se présentant comme le poète de la ?vieille Europe?, Khal Torabully s?engage et dénonce.
Et la poésie trouve sa justification dans la modernité par la ?voix? dénonciatrice de la littérature épistolaire ? un genre qu?affectionne aussi Jeanne Gerval-Arouff quand on songe à son investissement dans sa Lettre à Xiane Pompei. Elle exploite les souvenirs qui s?éveillent devant le spectacle Kalla le Feu présenté par le Théâtre Talipot de La Réunion pour traduire l?indicible en langage poétique et nostalgique. L?émotion se mêlant aux souvenirs d?un temps où la créativité était à l?étape expérimentale, fait surgir le visage inoubliable d?une Xiane Pompéi, destinatrice de la lettre.
Autres souvenirs, autre style. Marie-Annick Savripène fait son entrée dans la fiction. Son Maillon manquant est une nouvelle qui soulève certaines interrogations devant la mort. Un grand-père qui s?éteint devient pour le personnage-narrateur, à mesure que la dépouille poursuit son ultime et dernière destinée, et que les souvenirs refont surface à la recherche d?un sens, le maillon manquant.
Témoignage
La catégorie d?interrogations est d?ordre intime et suggère une nouvelle à caractère plutôt autobiographique ? style exploité dans sa forme la plus classique par Issa Asgarally sous le titre Mémoires d?un joueur de toupie, présentés ici en fragments. L?évocation des souvenirs a pour fonction de décrire les différentes étapes qui ont marqué l?auteur dans sa découverte de l?objet littéraire. Elle remonte à la période où ce dernier fit la découverte de la magie que recèlent les signes graphiques lorsqu?il voyait ?apparaître? des objets sur le comptoir d?une boutique chinoise à partir d?une liste établie en langue chinoise.
Ce travail de mémorisation fait resurgir les titres, tels que Rodéo, Blek le Roc et Treasure Island, qui ont marqué plus d?un de sa génération. En dévoilant son vécu, c?est le témoignage d?une époque qu?il nous livre.
A bien y voir tous ces auteurs sont en quête d?une même chose : la vérité à travers l?art. Elle se manifeste parfois sous forme de l?absolu, comme ces ?lignes pures continues? et abstraites dont parle Yvette Maniglier sous la plume de Sonia Serra et qui se concrétisent dans les nus en dégradé de Virginie Balckburn-Lennon.
Mais la vérité peut-elle être atteinte ainsi ? C?est la question même que se pose Christophe Vallée dans sa dissertation philosophique sur L?art et la vérité. Son discours s?articule autour de la problématique concernant l?expression de la vérité dans l?art. La vérité peut-elle être constituée comme objectif de l?art ? Dans un même ordre d?idées, M. K. Sabir soulève la question du rapport de l?art à l?existence. Ecrit dans un ?style? qui n?est pas tout à fait confirmé, sa nouvelle intitulée Insignifiant, d?inspiration sartrienne, est une tentative de comprendre l?acte d?une femme qui, après avoir tué son unique enfant, se donne la mort.
Dans l?ensemble, l?écriture semble naître de l?intimité des auteurs, en quête de l?absolu et d?eux-mêmes. Les différents niveaux d?écritures, certaines confirmées, d?autres tâtonnantes, donnent à ce premier numéro une composition hétéroclite. Est-ce là l?utopie même dont parle Priscille Rochecouste Collet ?
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