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?Le non-sucre, j?y crois

17 juillet 2005, 20:00

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Permettez-moi d?exprimer ma grande appréciation pour l?article de M. Jean Cyril Monty : ?Le non-sucre, il faut y croire?, qui a paru dans l?express du dimanche 29 mai.

Même les Européens ont été impressionnés par notre réaction positive eu égard à notre revers sucrier. Ce qui est peu dire des ressources et de la combativité mauriciennes. La canne à sucre a de multiples dérivés, entre autres l?industrie laitière. Comme patriote, je trahirais mon pays, si je ne vous racontais pas l?anecdote qui suit :

En 1960, par un après-midi ensoleillé, j?étais penché sur le parapet du pont du Pouce sur la chaussée à Port-Louis, regardant le canal en crue. Effectivement, la veille il avait plu à torrents et je me chagrinais de voir ce gaspillage d?eau qui allait se perdre dans la mer. (Ce gaspillage continue). Derrière moi, au loin, sur la montagne du Pouce, des cascades d?eau chutaient tels des colliers argentés. A ce moment, un monsieur s?approche de moi, un étranger en apparence, et se présente comme un visiteur suisse. Il me dit :

?Monsieur, vous habitez un pays béni?. ?Comment ??, lui demandai-je. ?Eh bien, Monsieur, c?est évident. Regardez cette richesse d?eau et de végétation chez vous. L?île Maurice est le pays le plus vert au monde que j?ai jamais survolé. C?est comme un tapis vert à carreaux sur toute l?étendue.?

Je compris qu?il parlait de nos champs de canne.

?Oui Monsieur, la canne à sucre est l?emblême de notre paysage et sans elle nous n?avons pas d?identité.?

?Avez-vous une industrie laitière ??

?Non?, lui répondis-je, mais nous avons des vachers individuels et cependant nous sommes autosuffisants en lait. (A cette époque-là, nous avions alors que 65 000 habitants).

Quel dommage ! Et quel gaspillage ! Ses réflexions firent écho à mes propres pensées.

?Vous savez, Monsieur?, enchaîna-t-il, ?nous n?avons que trois mois de soleil en Suisse et nous avons la plus grande industrie laitière au monde. C?est un pilier de notre économie. Et pourtant nous n?avons pas la richesse de votre végétation, surtout vos têtes de canne comme fourrage et par dessus le marché, notre climat est hostile. Nous n?avons que trois mois de soleil par an et pour neuf mois de l?année nos vaches se nourrissent de foin.?

Là-dessus, il me dit au-revoir en secouant la tête. Plus tard, dans ma vie, quand j?ai vécu pendant dix ans au Zimbabwe, les paroles de ce monsieur sont revenues de force dans mon esprit comme un flash-back percutant.

J?ai vécu sur les grandes fermes et j?ai vu comment les vachers blancs élevaient leur bétail.

Les pâturages sont immenses et fertiles et comme dit M. Monty, il faut choisir les bonnes terres. Si vous avez un pâturage de cent arpents (je parle sur une mesure d?échelle), vous les divisez en 100 clôtures d?un arpent chacune et vous mettez 50 têtes de bétail par clôture à commencer par trois clôtures et vous laissez les animaux y paître, après quoi vous les transférez en rotation sur d?autres clôtures.

Ce processus fait que la terre nourrit les vaches et en retour les vaches nourrissent la terre par leurs déchets. Et ce ?give and take?, continue ad infintitum. De surcroît nous avons des têtes de canne qui constituent un excellent fourrage pour les vaches et les cerfs.

Une vache de bonne race donne entre 10 et 15 litres de lait par jour. Et de là, d?autres industries en découlent, je veux dire l?industrie de beurre, du fromage, de la crême et du chocolat. Ainsi, l?île Maurice économisera Rs 1,6 milliard par an en devises étrangères et les consommateurs n?auront pas à débourser Rs 3 milliards de leur poche pour les profits des gros importateurs, des middlemen et des détaillants ni faire boire 15% (VAT) de notre lait par le gouvernement sans compter le nombre d?emplois que cette industrie monstre va créer.

Il est triste de constater à quel point la culture de la canne est remplacée par la culture du béton, la pousse des supermarchés comme champignons après la pluie ainsi que la floraison du béton dans les spéculations foncières. L?emblême de la canne et notre paysage de verdure ainsi que notre identité nationale s?éffacent en ce moment poure faire place à des casernes en béton armé car cela est plus rentable pour certains.

J?espère que notre ministre de l?Agro-industrie entendra les faibles paroles d?un homme de la rue.

Wal Krishna BAPOO

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