Publicité
?Le niveau a grimpé de trois crans au moins cette année?``
Par
Partager cet article
?Le niveau a grimpé de trois crans au moins cette année?``
■ <B>Etre président d?un club cycliste, qu?est-ce que cela représente pour vous ? </B>
? Beaucoup de travail déjà ! Du temps à offrir aux autres, des sacrifices. Il faut aimer ce qu?on fait, avoir du temps à accorder aux coureurs. C?est un engagement qui n?est pas facile à vivre sur le plan familial. Il y a beaucoup de sacrifices. En même temps, cela m?apporte beaucoup de bonheur. Je suis un passionné de cyclisme. J?aime le sport, j?aime ce que je fais.
■ <B>Est-ce important selon vous d?offrir aux autres cet espace de rencontres et de partage ? </B>
? Cette question me fait penser à l?époque où j?avais perdu mon vélo et n?étais plus en mesure d?en faire. Mon rêve s?était évanoui. J?essaie d?offrir aux autres ce que je n?ai pu avoir moi-même.
Il y a de nombreux jeunes qui n?ont pas les moyens de faire du vélo alors qu?ils voudraient en faire. J?essaie de leur offrir ça. C?est important selon moi. L?important justement n?est pas uniquement de faire venir des coureurs étrangers. Il faut parvenir à faire évoluer le cyclisme chez les jeunes. Nous allons nous atteler à cette tâche l?année prochaine.
■ <B> Comment se porte le cyclisme à Maurice ? </B>
? Je ne suis pas le seul à être de cet avis. Je trouve que le niveau a grimpé de trois crans au moins cette année. Cela s?est vérifié au Tour de La Réunion où nous étions une douzaine de coureurs mauriciens. Nous n?avons jamais été ridicules. Nous avons même été nettement meilleurs que ça. Nous avons très bien fait. Je prends l?exemple de Yannick Moratorio. Il était en compagnie de Hugo Caëtane et de Colin Mayer Jr dans une équipe. Il s?est super bien comporté. Ils n?ont jamais été distancés.
La Standard Bank et le Vélo Club des Jeunes ont été dans tous les bons coups. Nous avons ramené une victoire d?étape et un maillot plus une troisième place au général par l?intermédiaire de Frédéric Géminiani. Nous avons constaté que le niveau s?est nettement amélioré par rapport aux deux années précédentes. Nous étions présents tout le temps dans les courses plus rapides pourtant. Nous l?avions démontré plus tôt au Tour de Maurice malgré la présence de Réunionnais et de Sud-Africains.
Il s?agit maintenant de construire sur cet acquis. Le succès de notre équipe ouvre la porte aux autres clubs. Ils peuvent aussi aller à la recherche d?un sponsor. C?est de cette façon que nous avancerons et offrirons des facilités aux jeunes.
■ <B>Qu?avez-vous essayé d?apporter au cyclisme cette saison ? </B>
? Nous avons voulu rehausser le niveau avec l?apport de coureurs étrangers. Nous avons eu la chance d?accueillir Mickaël Malle et Frédéric Géminiani, des coureurs d?un bon niveau. L?apport de Realdo Jessuren est aussi important. Il a 38 ans et partage avec les jeunes l?expérience acquise en Amérique et en Guadeloupe.
Le succès que nous avons récolté devrait inciter les jeunes à s?adonner au cyclisme. Nous comptons bien poursuivre sur notre lancée l?année prochaine. Nous voulons ouvrir deux écoles de cyclisme en 2009. Nous allons commencer la formation des jeunes tôt en janvier. Nous comptons approcher Le Bocage. L?idéal serait d?avoir une école à Rose-Hill et une autre dans le Nord.
? Nous nous sommes fixé comme objectif d?augmenter le nombre de coureurs dans les catégories minimes et cadets. Il ne faut pas qu?ils soient seulement cinq ou six au départ. Je lance un appel aux autres clubs. Pensez aux minimes et aux cadets de façon à ce que nous ayons des courses réunissant vingt à trente coureurs. Le nombre de courses organisées à leur intention pourra ainsi être augmenté. Il serait souhaitable que les médias accordent plus d?attention aux jeunes de façon à les encourager.
■ <B> Etes-vous satisfait des résultats enregistrés par votre club ? </B>
? Et comment ! Avec notre sponsor, la Standard Bank, nous nous étions fixé comme objectif au départ de remporter cinq victoires cette saison et de bien faire au Tour de Maurice. Nous avons largement dépassé ces objectifs. Notre sponsor toutefois n?est pas intéressé uniquement à remporter des courses. Ils veulent avant tout faire avancer le cyclisme à Maurice. Notre sponsor a insisté dessus. Ils veulent voir des jeunes en grand nombre dans les courses. Cela rejoint les objectifs qui étaient les nôtres au départ. Je suis content de voir que MM. Clarkson et Espitalier-Noël nous soutiennent dans cette voie. Ce sera énorme de voir un jeune issu d?une de nos écoles de cyclisme triompher dans quelques années.
■ <B>Le rôle de votre sponsor a-t-il été déterminant dans la révolution que vous entamez ? </B>
? C?est clair ! Sans un sponsor aussi attentionné, nous n?aurions jamais fait un quart de ce que nous avons pu faire. Sans moyens financiers, c?est la disparition assurée.
Mais ce n?est pas une histoire de sous uniquement. Notre sponsor est avec nous corps et âme. Ils sont présents tous les week-ends, ils suivent les courses en notre compagnie. Jérôme Espitalier-Noël nous accommpagne à moto, assure les ravitaillements. Il nous avait accompagnés à La Réunion. Nous formons une famille maintenant.
■ <B>Avez-vous des craintes par rapport à la crise financière ? </B>
? Ça fait peur, on en parle tous les jours. Il y a des limites à ne pas franchir. Nous travaillons en étroite collaboration avec notre sponsor.
■ <B> Que voudriez-vous apporter de plus au cyclisme la saison prochaine ? </B>
? Nous voulons lancer des écoles de cyclisme. Nous allons essayer de voyager un peu. Nous souhaitons qu?il y ait plus de frottements avec l?Afrique du Sud et l?Afrique. Nous nous rendrons à l?Africa Tour. Nous allons avancer petit à petit. Il ne faut pas aller trop vite. Il ne faut pas courir avant de savoir marcher. Nous verrons en 2010 si nous avons les moyens de faire plus de courses dans le cadre de l?Africa Tour.
Nous allons mettre en place une deuxième équipe. Nous travaillons en ce moment sur ce projet. Il nous faut une pépinière. Les jeunes qui sont appelés à en faire partie vont grandir dans une structure et une atmosphère de formation.
<I>« Ce n?est pas une histoire de sous uniquement. Notre sponsor est avec nous corps et âme »</I>
■ <B>Ce club portera un autre nom ? </B>
? Je pense que oui. Nous allons en définir les modalités. Il y aura des partenariats qui vont se mettre en place comme ceux que nous avons créés déjà avec Bois Chéri et la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill.
■ <B> Les échanges, les frottements font-ils avancer les choses ? </B>
? Oui, c?est un plus sur le plan de la compétition, de l?expérience. Quand on voit comment Frédéric Géminiani, Mickaël Malle et Realdo Jessuren lisent une course, on se rend compte qu?ils ont une expérience dont les autres peuvent bénéficier.
C?est important d?avoir des compétitions à l?extérieur. Les courses sont différentes, les rencontres enrichissantes. Les coureurs s?épanouissent.
■ <B>L?apport de votre sponsor et des coureurs étrangers vont a permis de bâtir un club, une entité. Est-ce la raison pour laquelle vous avez milité pour la présence de sélections de club au Tour de Maurice cette année ? </B>
? Nous étions pour en effet. Je suis heureux que nous ayons pris part au Tour avec nos coureurs. Dans le passé, plusieurs de nos coureurs étaient en sélection. Nous avons dû alors faire appel à d?autres coureurs pour nous aider tels que Gary Flint et Frédéric Géminiani.
Nous étions prêts aussi à faire face à une situation où certains de nos coureurs se seraient retrouvés en sélection nationale. Cela ne nous aurait pas trop gêné. Il est important aussi d?avoir une sélection. Les sélections de club ont bien marché cette année. Ce serait bien aussi d?avoir une sélection jeunes à l?avenir.
■ <B>Opter pour des sélections de club était-ce le bon choix selon vous ? </B>
? Oui. Cela nous a satisfaits. Ça a bien marché pour nous. Je ne sais pas si ça a été le cas pour les autres. D?autres clubs auraient peut-être préféré qu?il y ait une sélection nationale car ils ont un effectif moins important. Chaque club a son appréciation. Il faut penser selon moi à inclure une sélection jeunes quelle que soit la formule qui sera adoptée à l?avenir.
■ <B>Justement, des sélections issues des clubs, est-ce la formule à adopter désormais au Tour de Maurice ? </B>
? Si tous les clubs sont bien structurés, s?ils ont les moyens d?avoir une bonne équipe, oui, je dirai que c?est la bonne formule. Si cela avantage une ou deux équipes seulement, ce serait bien d?avoir une sélection de Maurice aussi.
<I>«Il y a de nombreux jeunes qui n?ont pas les moyens de faire du vélo alors qu?ils voudraient en faire. J?essaie de leur offrir ça »</I>
■ <B> La saison 2009, vous la voyez comment ? </B>
? J?espère qu?il y aura plus de courses. Trois courses par mois, ce n?est pas suffisant. Si nous voulons nous améliorer, être plus compétitifs, il faut plus de compétitions. Il faudrait deux courses par week-end, cinq à six courses par mois.
Il faut aussi plus de frottements avec les étrangers. Nous comptons beaucoup sur Yolain Calypso, Jean-Hugues Labonne, Dylan Ramjan et Mathieu Mamet qui représentent l?avenir de notre cyclisme.
J?espère que les autres clubs ne vont pas hésiter à frapper aux portes des sponsors et viendront grossir le peloton. Je suis certain que 2009 sera meilleure que 2008.
■ <B> Votre équipe tiendra à nouveau le rôle principal ? </B>
? J?espère bien ! Je sais que les autres clubs ne resteront pas les bras croisés. Il fut un temps où nous subissions la loi des plus forts, nous sommes revenus plus forts. J?espère que les autres clubs vont réagir. Je sais que nous serons attendus au tournant. La saison 2009 sera plus dure.
■ <B> Et l?avenir du cyclisme mauricien ? </B>
? Suite à notre domination en 2008, d?autres clubs vont certainement réagir. Le niveau va s?améliorer. Nous n?aurons plus peur de disputer des compétitions contre les Réunionnais. Ce sont eux qui auront peur de venir à Maurice bientôt. Il faut aussi être compétitif au niveau africain.
Yannick Lincoln, Thomas Desvaux et Patrick Haberland ont démontré qu?ils n?étaient pas loin des meilleurs. Ils sont de féroces compétiteurs. Je souhaite que d?autres coureurs suivent leur exemple. Patrick Haberland a été un coureur exemplaire, un sportif hors pair et une personnalité marquante.`
Propos recueillis par</I> <B> Robert D?Argent</B>
<B>Portrait
Ne jamais baisser les bras</B>
C?est une histoire d?amitié au départ. Puis l?histoire d?une passion qui prendra le dessus rapidement malgré les faibles moyens dont disposait sa famille. Bernard Olivier est invité par un ami à rejoindre le club GCIM au début des années 80 dans le sillage d?un don de bicyclettes de la fédération de cyclisme aux clubs.
C?est ainsi qu?il découvre le cyclisme et monte durant une saison dans la catégorie minimes. « Je venais d?une famille de dix enfants. Mes parents n?avaient pas les moyens de m?acheter un vélo. Ils ont pu malgré tout en récupérer un de la marque Bertin à l?état neuf avec les accessoires. J?étais mieux équipé. Malheureusement, durant ma deuxième année de pratique, je me suis fait voler mon vélo et j?ai dû tout abandonner », raconte Bernard Olivier.
Son frère cadet, Vivian, intègre à son tour un club cycliste, en l?occurrence le 52x14. Bernard Olivier garde contact avec le milieu de la petite reine même s?il n?est plus coureur lui-même. En 1988, il s?envole pour l?Angleterre afin d?étudier le massage et la réflexologie. Il se marie, change finalement d?orientation et travaille pour Shell UK.
Quand il rentre à Maurice en 1996, son frère appartient toujours au monde du vélo. Quelques années plus tard, Martial Natchoo, président de l?ECQB, est à la recherche de bénévoles et l?invite à le rejoindre au sein du club quatre-bornais. Ce qu?il fait à la fin de la saison 2004.
En 2005, le club « déménage » et prend ses quartiers à Beau-Bassin/ Rose-Hill. L?Union Cycliste de Beau-Bassin/Rose-Hill est née avec le soutien de la mairie. Le club est parrainé par Quickstep et réalise « une bonne saison 2005 », se souvient Bernard Olivier.
« Pendant trois ans, ajoute-t-il, nous avons subi la loi des plus forts. Mais nous n?avons jamais baissé les bras. »
Océan Indien Distribution parraine l?UCBBRH en 2006. Mike Chong Chin enlève le championnat de Maurice cette année-là. L?aventure prend une toute autre dimension à la fin de 2007 avec l?entrée en scène de la Standard Bank. L?UCBBRH enrôle trois coureurs étrangers, Frédéric Géminiani, Mickël Malle et Realdo Jessuren, et l?étoile montante Thomas Desvaux. Leur expérience est d?un apport considérable et ils deviennent vite les cadres de l?équipe.
La saison 2008 dépasse largement les espérances des dirigeants et des sponsors puisqu?au lieu de cinq victoires, objectif initial, ce sont vingt victoires qui sont enregistrées par les bleu et blanc dont le maillot jaune du Tour de l?île porté de bout en bout par Mickaël Malle, une étape et le maillot vert du Tour de La Réunion.
Ne jamais abandonner, persévérer. Tels est le credo de Bernard Olivier qui compte bien poursuivre la « révolution » la saison prochaine.
Publicité
Publicité
Les plus récents