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Le mystère plane autour de la mort de Cindy

20 septembre 2003, 20:00

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Une lampe à huile reste allumée en permanence chez les Koomanikooa. Cela fait une semaine aujourd?hui que Sabita, 50 ans, porte le deuil de sa fille cadette. Dimanche dernier, elle s?est armée de courage en allant confirmer auprès de la police, que les ossements retrouvés le 5 septembre dernier à Balaclava appartenaient bien à Cindy, 23 ans.

Voilà cinq mois que la jeune femme avait disparu. Sans nouvelle d?elle, Sabita avait tout au long de cette attente, sillonné plusieurs villages dans l?espoir de la retrouver. En vain? Jusqu?à ce qu?elle tombe sur un article évoquant la découverte du squelette d?une jeune femme à côté de l?hôtel Oberoi.

Sabita a cru défaillir en identifiant les objets retrouvés près du squelette de Balaclava. Les boucles d?oreilles sont bien celles qu?elle avait offertes à Cindy il n?y a pas si longtemps. Et il n?y avait plus de doute possible sur l?identité de la malheureuse lorsqu?on lui a montré sa prothèse dentaire.

Résignée, drapée dans sa douleur, Sabita n?arrive pourtant pas à verser de larmes. La vie ne lui a jamais fait de cadeaux? Un pli à la fois amer et ironique marque son visage lorsqu?elle évoque l?existence sordide de Cindy. Sa fille a connu pire qu?elle, en découvrant à l?âge de 13 ans l?enfer de la drogue et de la prostitution.

Sauver sa cadette

« J?étais naïve? Peggy, ma fille aînée menait une mauvaise vie, forcée par son mari à faire le trottoir. Je ne savais rien de ses activités nocturnes. Un jour, elle et son mari sont venus me voir pour me dire qu?ils avaient trouvé du travail pour Cindy, comme danseuse dans une boîte de nuit de Grand-Baie. Je trouvais qu?elle était trop jeune, mais ils ont dit que cela ne faisait rien et l?ont emmenée avec eux. C?est après que j?ai su la vérité et quel genre de boîte c?était? » soupire Sabita.

Mère de cinq enfants, elle tente de sauver sa cadette des griffes du vice, sollicite l?aide de l?avocate Rada Gungaloo qui s?est toujours battue pour l?amélioration de la condition féminine. « A sak fwa tire li, à sak fwa li tome dans sa la vie commeraz là. Si pas Grand-Baie, li dans zardin compagnie ».

À chaque fois, Cindy revient à de meilleurs sentiments, promet à sa mère de mener une vie rangée mais replonge aussitôt dans l?univers du vice, rongée par la drogue. « Mon gendre a drogué mes filles afin qu?elles deviennent ses esclaves? » En 1998, Sabita pense que Cindy est finalement parvenue à un tournant dans sa vie. Elle a décidé de se marier religieusement avec un habitant de Port-Louis qui connaît tout de son passé. « Depuis qu?elle a 13 ans, il est amoureux d?elle. Il devait avoir 27 ans à cette époque. Ils se sont rencontrés au Jardin de la Compagnie? »

Mariée, Cindy continue pourtant à écumer Grand-Baie. « So mari ine kontigné alle kitte li là-bas », affirme Sabita. Cindy est restée la même. Pire, elle fait une tentative de suicide quatre jours après son mariage parce que son époux lui a repris la chaîne hi-fi qu?il lui avait offerte. Six mois plus tard, Cindy quitte le toit conjugal, situé rue St-Georges, à Port-Louis, lasse d?être battue?

« Souvent son mari la tabassait avec une lampe électrique. À plusieurs reprises, elle a dû être admise à l?hôpital et a refusé de porter plainte contre lui malgré les conseils du médecin? »

De nouveau livrée à la rue, Cindy trouve refuge dans les bras d?un habitant de Terre-Rouge qu?elle a croisé au Jardin de la Compagnie. Malgré le fait de vivre avec cet homme, elle part chaque soir à Grand-Baie pour monnayer ses charmes. « Les CID m?ont dit que ses souteneurs l?utilisaient comme une véritable machine à sous. J?ai tout fait pour la sortir de là, tout fait? »

Une semaine avant qu?elle ne disparaisse pour de bon, en avril, Cindy va voir sa mère à Pointe-aux-Piments. Mère et fille font la paix.

« En plaisantant, elle m?a dit que la dernière fois on avait pu la sauver, mais que cette fois-ci je ne retrouverais même pas son corps. »

Sabita ne croit pas aux prémonitions. Pour elle, il est clair « que Cindy a été tuée ». « Elle est restée pour la nuit. Avant de partir de chez moi, elle était très joviale. Elle a téléphoné à son époux et ils se sont donné rendez-vous au Jardin de la Compagnie. Son concubin devait l?accompagner ce jour-là. Sur place, son mari l?a pris à bord de son 4x4. Depuis plus de nouvelles? Deux jours après, son concubin est venu me demander si je ne cachais pas Cindy? Je lui ai dit de vérifier auprès de son mari. C?est à partir de là que j?ai arpenté le Jardin de la Compagnie, Roche-Bois et Cité La Cure pour rencontrer ces amies et avoir de ses nouvelles? »

Comme Cindy est toxicomane, Sabita espère qu?elle est encore en vie, quelque part chez un ami. Elle entend parler d?un homme que Cindy aurait fréquenté. Sabita va le voir, mais il ne sait pas où elle est. Dépitée, Sabita décide de signaler sa disparition à la police. Au poste des Line Barracks, on l?envoie à Terre Rouge, qui la renvoie vers Port-Louis.

Des ossements dans un champ

En fin de compte, c?est en juillet que la disparition de Cindy est officiellement enregistrée. Personne n?a pu déterminer où elle était jusqu?à ce qu?un laboureur découvre ses ossements dans un champ de cannes. La police retrouve le crâne de la disparue quelques mètres plus loin. Il a fallu dix jours, après que Sabita ait réagi, pour savoir à qui appartenait le squelette de Balaclava.

En l?absence d?une bonne partie du squelette de la défunte et vu son état de dégradation, le médecin légiste Sudesh Kumar Gungadin n?a pu déterminer la cause exacte du décès. Il n?y a pas de traces de fracture au crâne mais elle aurait pu avoir été poignardée, à moins qu?elle ne soit morte d?overdose. Des échantillons des os ont été envoyés en laboratoire pour déterminer la cause exacte du décès mais l?enquête risque d?être longue car le laboratoire médico-légal mauricien ne peut pas effectuer de tels tests?

Cette affaire ? qui n?est pas sans rappeler le cas de Devina Ramphul dont les restes avaient été découverts à Choisy en septembre 2002, et qui a abouti à l?inculpation pour meurtre de son mari, Tanuraj ? a été transmise au Central Criminal Investigation Department cette semaine pour une enquête approfondie. Son mari et son concubin seront les premières personnes à être interrogées?

Des enquêtes qui aboutissent rarement

Jeudi, cela fera exactement huit mois que le petit Ackmez Aumeer a disparu du domicile de ses parents à Camp- Chapelon. C?est l?un des rares cas où la brigade criminelle a été mise à contribution pour retrouver une personne portée disparue. Dans son cas, c?est peut-être à cause de son jeune âge (neuf ans) qu?une équipe spéciale a été mise en place pour le retrouver. Mais beaucoup n?ont pas eu cette chance. En effet, d?ordinaire, c?est la police régulière qui se charge de telles enquêtes? qui n?aboutissent presque jamais. Souvent, lorsque la police retrouve des restes humains, elle pioche dans la liste des personnes disparues pour connaître l?identité du défunt. Sans empreinte dentaire ou technique d?identification, seuls les vêtements permettent de mettre un nom sur le cadavre. Ainsi, les ossements trouvés à Choisy l?an dernier n?ont permis de remonter à Tanuja Ramphul que grâce à une jupe retrouvée avec d?autres vêtements à un kilomètre de là. Évidemment, l?âge du sujet est souvent déterminé par les médecins légistes.

Quant au squelette découvert il y a un mois à Macchabé, la police pense qu?il s?agirait d?un ex-policier car les restes du survêtement et les chaussures retrouvés sur place appartiennent à l?uniforme des policiers.

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