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Le Musée du Louvre adopte un tapis des ?Mille et Une Nuits? pour les arts de l?islam
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Le Musée du Louvre adopte un tapis des ?Mille et Une Nuits? pour les arts de l?islam
Heureuse conjonction astrale pour le Musée du Louvre : alors que tant de consultations font plancher des architectes de renom pour aboutir, faute d?enthousiasme, à des lauréats par défaut, le concours pour les nouvelles salles des arts de l?islam, cour Visconti, a permis d?accoucher d?un projet remarquable, signé Rudy Ricciotti et Mario Bellini.
La liste des sept candidats comportait deux de ces noms inévitables qui conduisent à s?interroger sur la pertinence des organisateurs d?un concours, parce que le travail et le style de ces architectes, très caractérisés, laissent prévoir un inévitable hiatus avec le programme, le contexte et l?esprit même du projet. L?agence autrichienne Coop Himmelblau a ainsi livré une sorte de version tourmentée de Vulcania, le musée des volcans d?Auvergne, signée Hans Hollein. Quant au projet de l?Anglo-Irakienne Zaha Hadid, sorte de pierre de La Mecque, Kaaba de sept étages, il tombait dans la cour Visconti avec autant de douceur qu?une comète dans le bassin des Tuileries.
?Aperçu des étages supérieurs du Louvre, ce tapis des ?Mille et Une Nuits?, à peine volant, devrait clairement désigner les objets qu?il recèle.?
Parmi les quatre autres projets perdants, deux ou trois ? c?est beaucoup ? auraient fait d?honorables lauréats s?ils n?avaient eu pour point commun le principe d?une couverture de l?ensemble de la cour Visconti, quand Ricciotti et Bellini ont pris au contraire le parti de laisser dégagée la presque-totalité d?un des deux poumons qui restent au Louvre, avec la cour Lefuel.
Les deux architectes, l?un provençal, Ricciotti (son agence se trouve à Bandol), l?autre milanais, Bellini, proposent d?installer les salles des arts islamiques sur deux niveaux, l?un en sous-sol, mais éclairé par des trémies, l?autre en rez-de-chaussée et recouvert par un ?voile? lumineux, tendu au-dessus de la cour Visconti. Cette couverture ondulante dont la face extérieure sera composée d?une myriade d?éléments de verre incolore est susceptible de diffracter la lumière.
Aperçu des étages supérieurs du Louvre, ce tapis des Mille et Une Nuits, à peine volant, devrait clairement désigner les objets qu?il recèle. La transparence de ce voile permettra de laisser passer jusqu?à 80 % de la lumière naturelle. Sa structure, techniquement sophistiquée, sans appuis intermédiaires, pourra abriter un éclairage artificiel différencié selon le besoin de chaque oeuvre, tout en laissant la plus grande liberté à la muséographie.
Ce choix architectural et muséographique constitue une rupture à la fois franche et douce avec l?imaginaire anglo-saxon du Louvre de Ieoh Ming Peï, défendu par François Mitterrand : un musée rationaliste, transparent, géométrique. On retrouve ici, dans les propositions de Ricciotti et Bellini, une certaine opacité, un mouvement et des couleurs propre au sud de l?Europe. Ce n?est pas un hasard si les deux architectes lauréats ont été les seuls ? avec Zaha Hadid ? parmi les sept candidats à refuser de clore hermétiquement la cour.
Le nouveau département du Louvre, qui répond à une demande explicitement formulée par Jacques Chirac en 2002, réunira les collections du Louvre (10 000 pièces) à celles mises en dépôt par le Musée des arts décoratifs (3 000 pièces), notamment un ensemble exceptionnel de tapis qui n?ont pas été montrés depuis plus de vingt ans. Le tout doit occuper 3 500 m2, être réparti de façon fluide et continue selon un parcours chronologique, ponctué par des ?échappées thématiques? (l?écriture, les mathématiques, le livre, la ville) et par un ?cabinet des clefs?, espace d?approfondissement de ces civilisations dont les mystères devraient nous être révélés en temps utile.
La plus belle collection d?art islamique
Le financement, estimé à 56 millions d?euros, sera assuré à hauteur de 26 millions par l?Etat. Un appel au mécénat a déjà permis de réunir 21 millions d?euros. 4 millions proviennent de Total, qui recherche la même somme auprès d?autres entreprises françaises. De son côté, le prince saoudien Al-Walid Ben Talal Al Saud a versé 17 millions d?euros. Ce riche propriétaire (le grand hôtel parisien Georges-V lui appartient) donne ainsi un sérieux coup de pouce à l?ambition du Louvre : présenter à partir de 2009 l?une des plus belles collections d?arts islamiques au monde, dans les meilleures conditions possibles.
Frédéric EDELMANN et Emmanuel DE ROUX © Le Monde 2005 distribué par The New York Times Syndicate
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