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Le MSIRI, cette bonne fée de l?industrie sucrière

1 octobre 2003, 20:00

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Cela fait un demi-siècle aujourd?hui que le Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) ?uvre pour faire de la production de sucre une entreprise plus profitable. Il s?agit maintenant de penser à l?avenir, d?autant que de formidables défis guettent le secteur. L?industrie sucrière, financier et client de l?institut, estime que ce dernier devrait revenir à son ?core business?: la canne et ses produits dérivés.

La célébration de ce jubilé d?or s?étale sur cinq jours et débute aujourd?hui avec un symposium à Réduit. C?est le nouveau Premier ministre, Paul Bérenger, qui l?inaugure. Une journée portes ouvertes et une fête de famille pour les employés de l?institut sont les deux autres manifestations au programme.

Avec une petite vrille, Shunmoogum Kathapermal perce la tige d?une canne à sucre. Il récupère le jus dans une minuscule coupelle qu?il introduit dans un engin de la taille d?un stylo, à peine plus gros qu?un cigare. C?est un réfractomètre. Il a les yeux rivés sur l?indicateur qui va lui révéler le degré de maturité de sa culture.

En arrière-plan, un tracteur nivelle un de ses champs particulièrement vallonnés. Nous sommes à Melrose. C?est une région très humide et les champs sont sujets à des accumulations d?eau, mortelles pour les cultures. Mais aujourd?hui, le ciel est d?un bleu délavé et le soleil matinal est au rendez-vous.

Kamla Pillay, dossiers en main, suit les gestes de l?agriculteur du coin de l??il. Elle regarde faire le tracteur. Kathapermal a fait réserver le sol de surface. Il a comblé la ravine avec des gravats qu?il a fait recouvrir de paille. La couche de terre réservée sera replacée en dernier lieu.

Kamla Pillay se félicite de l?astuce employée par l?agriculteur. Ce petit bout de femme est scientifique au Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI). Elle s?y connaît en aménagement de champs et en agronomie de la canne. Elle est chargée de la relation avec les agriculteurs de la région de Moka-Flacq. Trois zones usinières tombent sous sa responsabilité. FUEL, Beau-Champ et Mon-Désert-Alma.

?Le sol dans cette région est du type B, c?est à dire, rocheux. Sans réaménagement, le rendement ne dépasse pas les 30 tonnes de cannes par arpent. Après ces travaux, le planteur peut facilement récolter cinq tonnes de plus?, explique Pillay. Le réaménagement, ajoute-t-elle, est une pratique courante chez les planteurs- usiniers. Les plus petits le pratiquent moins.

Shunmoogum Kathapermal exploite environ 125 arpents à Melrose. Ce sont des terres très vallonnées. Après 18 années d?exploitation, il dit avoir complètement maîtrisé la technique de réaménagement des champs. Ses terres sont aujourd?hui parmi les plus productives de la région. Il quitte sa fosse de canne et vient montrer le réfractomètre à l?officier du MSIRI. Ils hochent la tête d?un air entendu.

?J?avais vu juste. Le 1400 est très approprié pour cette région?. Kamla Pillay est satisfaite. L?agriculteur le lui accorde volontiers. Cette nouvelle variété promet un taux d?extraction intéressant. ?Ce réfractomètre m?est très utile. Je l?ai acheté sur le conseil de Kamla. Je peux ainsi optimiser la maturité des variétés?, dit-il.

Rajpravin Calchand, un autre planteur de Melrose, les rejoint sur les lieux. Il cultive 47 arpents dans la même région. Tout le monde s?installe à bord de véhicules tout-terrain pour aller vers un des champs de Kathapermal. Kamla Pillay veut montrer à Calchand à quel point la variété M1400 est un placement sûr.

?Calchand a essayé le 387 et Kathapermal le 1400. Je les incite à partager leurs résultats. Je prends d?ailleurs les résultats de l?un pour conseiller l?autre. Il n?y a pas lieu de se méfier. Si chaque planteur devait faire ses propres essais, il ne prospérerait pas?, soutient Kamla Pillay.

La confiance de l?agriculteur

Comment arrive-t-elle à se faire écouter dans l?univers très conservateur des agriculteurs ? ?Je cultive une relation personnelle avec mes agriculteurs. Ils sont comme des membres de ma famille. Je suis invitée aux mariages de leurs enfants, aux fêtes religieuses, aux anniversaires. Je suis avec eux dans leurs moments de joie et de malheur. Je suis la copine de leurs épouses?, explique la scientifique.

Les connaissances acquises sur les bancs d?université, par le biais d?une maîtrise en communication sont utiles. Les années passées dans les laboratoires du MSIRI aident également. Mais c?est surtout sur le terrain qu?elle apprend à man?uvrer. ?Il faut être honnête envers l?agriculteur. Quand on ne sait pas, on ne dit pas. Car si on se trompe, c?en est fini de la confiance que l?agriculteur a placée en vous.?

Il y a des codes à ne pas violer. Comme il ne faut jamais donner des directives au planteur. Il faut toujours lui montrer ce qu?il a à gagner en vous écoutant. Parfois, il convient de demander à un autre agriculteur de conseiller le planteur sceptique.

?Un agriculteur a toujours tendance à en croire un autre. Prenez le cas de ce cultivateur qui voulait à tout prix replanter son champ. Je le lui ai déconseillé mais il a insisté. J?ai alors demandé à Kathapermal de lui parler et il a changé d?avis !?

Sa demi-journée est faite de rencontres avec des agriculteurs avec lesquels rendez-vous a été pris d?avance. Kamla Pillay discute avec eux de problèmes spécifiques. Elle examine leurs cultures pour faire un constat visuel du résultat des conseils précédents. De Grand-Sable à Beau-Champ, la jeune femme sillonne les routes au volant de sa voiture. Elle connaît toutes les cultures et leurs propriétaires. De retour au bureau, il lui faudra faire le suivi des problèmes soulevés sur le terrain.

Vers midi, elle croise Soojparsad Dahal à Beau-Champ. Le septuagénaire est l?administrateur de la société Relcona. Une centaine d?arpents. ?Les conseils du MSIRI nous sont précieux. Je suis de la vieille école. Avant la venue de Kamla, je cultivais d?anciennes variétés. J?ai mis un lot de terrain à sa disposition pour l?essai de nouvelles variétés. J?ai vu les résultats. Maintenant, j?applique une stratégie comprenant plusieurs variétés mieux adaptées aux sols?, dit-il.

C?est de performance et de stratégie variétale qu?il sera plus tard question dans le bureau de Patrick Lagesse, un des responsables du département de la recherche et du développement de Beau-Champ. ?Chaque année, le MSIRI nous donne des variétés à tester. C?est un programme qui s?étend sur quinze ans?, explique celui-ci.

Chaque producteur est un financier

Son département gère l?application commerciale des résultats de recherches entreprises par l?institut. ?Nous consacrons 12% des 4 000 hectares sous cannes à des nouvelles variétés. Il faut compter trois à quatre ans avant qu?une variété ne devienne un winner. Nous y mettons du nôtre mais toujours après concertation avec l?institut qui ne peut tout prévoir.?

Calchand, Kathapermal, Lagesse. Qu?ils soient grands ou petits, tous s?appuient sur le MSIRI pour les guider. Les plus petits ont accès à ce service à travers le Farmers Service Centre. Un arrangement qui ne les satisfait guère.

?Le MSIRI ne travaille pas pour nous. Il est là davantage pour les grands?, se plaint un agriculteur du Nord qui exploite une dizaine d?arpents. ?Les tests du sol, le calibrage de la consommation d?engrais, le jeu variétal? tout cela, ce n?est pas pour nous. Nous les petits, nous sommes laissés à nous-mêmes, contraints d?évoluer selon la méthode traditionnelle. La FSC et les autres officiers du ministère de l?Agriculture ne nous sont pas d?un grand secours. Ils nous dépannent quand nous les sollicitons.?

Pourtant, chaque producteur sucrier est un financier du MSIRI. Il contribue environ Rs 1100 par tonne de sucre produite au Global Cess Fund. Ce fonds finance toutes les institutions de support de l?industrie sucrière. Le budget du MSIRI se situe aux alentours de Rs 140 millions. L?institution est parmi les rares à pratiquer une politique de resserrement budgétaire, conformément à la volonté affichée par l?ensemble de l?industrie.

Le plan stratégique pour le sucre prévoit une rationalisation de l?utilisation faite du Global Cess Fund. Un comité, présidé par l?ancien directeur du Sugar Insurance Fund Board, Manilall Putty, est sur le point de déposer son rapport.

Pour ce qui est du MSIRI, l?avis général dans l?industrie est que l?institut devrait recentrer ses activités. ?Il faut que le MSIRI revienne à son core business qui est la canne. Tout autre service assuré par l?institut devra être facturé?, soutient Patrice Legris, directeur de la Mauritius Sugar Producers? Association.

Récemment, des agriculteurs voulant développer la culture de palmistes s?en sont prévalus. C?est l?exemple à suivre, estime-t-on. Il est également souhaité que l?institution allège sa structure, en ayant recours à des sous-traitants, là où c?est possible. Mais on souhaite surtout que le MSIRI se charge à nouveau de vulgariser les résultats de ses recherches, étant le mieux placé pour le faire. Du reste, les agriculteurs lui font davantage confiance.

l?institut au microscope

Rechercher de la meilleure variété

Toutes les cannes, pour le public, semblent identiques. Or, l?on en dénombre 58 variétés. L?institut a pour mission première de développer sans cesse des variétés plus performantes. A ce jour, il en a homologué 58, dont 46 développées localement. Les autres l?ont été ailleurs puis essayé sur le sol mauricien. Seize de ces variétés ont été proposées pour la production industrielle.

Grâce à ces performances améliorées, le rendement en sucre des variétés cultivées a augmenté par 30%. En 1953, par exemple, un hectare de canne donnait 7,18 tonnes de sucre. L?année dernière, il en donnait 9,37 tonnes. Chaque année, l?industrie produit ainsi 45 kilos de sucre de plus par hectare grâce à une amélioration continue des variétés.

Le rendement en sucre n?est pas le seul but du développement variétal. L?industrie veut de cannes plus résistantes aux maladies et insectes, ainsi qu?un meilleur rendement en canne par hectare. Avec la production de l?électricité à partir de la bagasse, les variétés ayant une plus forte teneur en fibre ont du succès.

Les cultivateurs veulent aussi des variétés qui ont une bonne qualité de repousse, une canne qui pousse vite, droit, avec des fosses fournies, qui se dépaille seule ou facilement. L?adaptabilité à la récolte mécanique est le critère décisif.

La recherche doit également fournir des variétés adaptées à la multitude de microclimats du pays. Elle doit aussi proposer des variétés pouvant être coupées à divers stades de la récolte. Le but est d?éviter que les usines soient congestionnées.

Le succès d?un programme de développement variétal repose sur la richesse de la banque génétique. Le MSIRI alimente la sienne à travers une politique d?échange variétal liant une vingtaine de pays.

Pour développer une variété en laboratoire et l?établir pour l?exploitation commerciale, il faut une quinzaine d?années. De multiples essais sont nécessaires pour vérifier la performance de telle variété dans telle région et tel sol. Les planteurs contribuent à cet exercice.

Développer des armes contre les prédateurs

Insectes, maladies et autres plantes agressent les cultures. Un département du MSIRI étudie l?action de ces prédateurs pour aider les planteurs à s?en protéger.

Sa connaissance des mauvaises herbes est très étendue. Elle lui permet de fournir aux planteurs un conseil éclairé sur le choix et la méthode d?application d?herbicides.

L?institut a répertorié une cinquantaine d?insectes sur la canne. Certains ne font que s?en nourrir, d?autres attaquent les cultures sporadiquement, d?autres encore véhiculent des maladies de plante en plante. Ils agissent à la faveur de changements de climat et de pratiques culturales.

Aux insecticides, qui ne sont jamais utilisés à grande échelle et de manière régulière, l?institut préfère le contrôle biologique et la modification des pratiques culturales. Le contrôle biologique consiste en l?introduction de prédateurs qui neutralisent la capacité des insectes à nuire.

Intégrer la technique

Par clonage, le département de biotechnologie, créé en 1993, produit des plantules rapidement et en grande quantité. Il exporte même ses services dans la région.

La technique est également appliquée dans le diagnostic rapide et précis ainsi que dans la caractérisation de maladies. La biotechnologie permet surtout d?activer le processus de sélection variétale.

Pour rendre la canne plus résistante et plus efficiente, il est en effet logique de recourir à la modification génétique. Les premières variétés transgéniques ont été produites en 1999. Faute de législation, elles ne peuvent être exploitées commercialement.

Faciliter les travaux d?usine

L?efficience des usines et la qualité du sucre sont également des questions qui concernent l?institut de recherche.

La propreté des cannes ayant une incidence directe sur l?efficience des usines, le MSIRI a mis au point un équipement pour dépailler les cannes reçues à l?usine. Cet équipement est en train d?être amélioré. Il a également élaboré une méthode pour détecter la présence de pierres dans les chargements qui arrivent à l?usine.

Il revient également au MSIRI d?explorer le potentiel des produits dérivés. C?est d?ailleurs par une étude de l?institut qu?a démarré la grande aventure de la production électrique à partir de la bagasse. Le MSIRI intervient en outre pour minimiser le potentiel des usines sucrières à polluer.

Sonder les secrets de la terre

Les producteurs sucriers dépendent beaucoup du MSIRI pour l?analyse chimique des sols, exercice incontournable pour une utilisation judicieuse et plus rentable des engrais.

Une analyse de la plante peut indiquer les besoins en engrais du sol et rend possible des applications opportunes pour éviter un appauvrissement du sol. D?autres méthodes d?analyse du sol sont venues renforcer la gestion de sa fertilité. Les recommandations du MSIRI sur l?utilisation des engrais améliorent non seulement la productivité des champs mais minimisent aussi les risques de pollution dues à une présence trop élevée de produit chimique dans le sol.

Optimiser les pratiques culturales

Pour réduire la dépendance sur la main-d??uvre, qui est coûteuse, les pratiques culturales doivent être modifiées. L?institut a imaginé un procédé pour contourner la nécessité de teiller complètement les vieux chicots. Cela a réduit significativement le coût de préparation des champs pour la replantation. L?alignement des rangées de cannes, l?espace entre les fosses, la culture sur sillons, la plantation semi-mécanisée, le brûlis, le dépaillage et le type de serpes utilisées pour la récolte sont parmi les autres facteurs étudiés par l?institut.

Nourrir en économisant

Il n?y a pas d?agriculture sans eau. L?institut a accompagné les agriculteurs dans leur quête d?un système d?irrigation efficace.

Au départ, la méthode employée était l?irrigation de surface, le ?wild flooding?. Elle ne tenait aucun compte des besoins de la plante et l?eau était gaspillée. Ce système est très peu utilisé aujourd?hui, même s?il a été perfectionné. Dans les années 70, le ?overhead? prit de l?ampleur. Mais il devint très vite trop coûteux. Ce sera le goutte-à-goutte et le pivot qui se révéleront les méthodes les plus efficientes.

L?eau étant une ressource rarissime, l?institut a mis à point un système d?irrigation déficitaire. Celui-ci consiste à donner à la plante moins d?eau qu?elle n?en a besoin en espérant que la pluie satisfera le déficit. La méthode a été introduite dans le Nord.

Dégager les lieux pour la machine

Les machines prennent la relève à tous les niveaux. Mais il faut que le terrain soit apte à les accueillir. La recherche procède en trois volets.

Le premier consiste à préparer le sol à accueillir les planteuses et les moissonneuses (épierrage, nivellement de sol, agencement des rigoles). Ensuite, il faut adapter les moissonneuses aux variétés cultivées. Ce volet concerne la récolte (coupe, tronçonnage, chargement). La transportation des récoltes jusqu?aux usines est le troisième champ d?intérêt des scientifiques (par camion, tram ou convoi de gros porteurs). L?institut intervient essentiellement pour adapter les équipements d?ailleurs aux conditions locales.

Entrer dans l?intimité de la canne

La canne elle-même mobilise une grande attention scientifique. Les chercheurs tentent de comprendre la constitution de la plante, d?observer et de prévoir sa réaction à d?autres plantes ainsi qu?à différents environnements et climats. La compréhension de la plante qui en découle est utile pour déterminer les meilleures conditions pour la croissance et le mûrissement de la canne.

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