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Le MMM dément Coonjan
Frappons notre coulpe et confessons notre mémoire défaillante. Nous avions subodoré le recours classique à la suprême indifférence de la classe politique à l?égard des allégations proférées par Krishnalall Coonjan à l?encontre de son ancien parti. Nous avions tort car elle réagit. Trop tôt, à ce stade, pour pouvoir affirmer qu?il s?agira d?une réaction durable et devant déboucher sur des changements décisifs. Mais pour bouger, ça bouge. Ça bouge d?autant plus que Jean-Claude Augustave court à la rescousse de Coonjan et précise que l?argent reçu par son ancien parti passe par la Réunion. N?oublions pas que nous avons affaire ici à un ancien assistant secrétaire général mauve et qu?il est au MMM ce que A.V. Chettiar est au PTr (c?est-à-dire un trésorier parfaitement au courant que le PTr utilise des fonds publics à des fins partisanes). Augustave affirme connaître des choses qu?en haut lieu on veut garder secrètes. Il se refuse à d?autres révélations ?par fidélité au MMM?. Il connaît l?intermédiaire faisant passer l?argent de la Réunion à Maurice. Félicité par Moorba pour son courage en changeant de bord politique, il félicite à son tour le dénonciateur Coonjan pour le sien. Il est d?avis qu?un politicien est plus libre d?agir à sa guise au sein du PTr qu?au MMM. Il revient d?un voyage semi-officiel en Inde.
L?affaire est suffisamment sérieuse pour que Coonjan songe à faire une déposition complète à la police relativement aux graves allégations proférées par lui à Saint-Pierre. Il informe la presse de son intention de consigner noms, dates et faits concernant ses insinuations. Il commence toutefois par rectifier son tir. Les armes ont été reçues non par un parti politique en tant que tel mais par les membres d?un certain groupe. Elles ont été introduites à bord de containers et de boîtes contenant des revues étrangères, ce qui nous renvoie à l?axiome : ?Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es !? En ce qui concerne le fric reçu par son ancien parti, c?est à Berlin (il ne précise pas si c?est à l?ouest ou à l?est de l?ancien rideau de fer) qu?il est mis au parfum. Il s?agirait d?un fonds de soutien, transitant à la Réunion. Coonjan affirme posséder des documents prouvant ses dires.
Le MMM finit par opposer un démenti catégorique aux allégations de son ancien vice-président. Allégations qualifiées d?hys-té-rie. ?C?est une his-toi-re fa-bri-quée de tou-tes pi-è-ces !? Le démenti se veut donc for-mel et ca-té-go-ri-que. Les Mauves concluent unanimement que de telles accusations sont irresponsables et hystériques. Elles poussent à l?affrontement et créent un climat dangereux. Coonjan est allé trop loin pour reculer. Les dénégations mauves se veulent catégoriques mais pourraient se révéler insuffisantes à l?usage d?où le recours à la tactique habituelle de la diversion de l?opinion publique. A défaut de pouvoir crier : ?Aux armes citoyens !? la nomenklatura mauve espère s?en sortir en hurlant : ?Aux urnes militants !? La tactique est cousue de fil blanc. On prend comme prétexte que le PTr renvoie, une fois de plus, des élections dues à la population mauricienne (les municipales prévues normalement en avril 1980 sinon en décembre 1979 et renvoyées arbitrairement pour économiser trois millions de roupies). Le MMM invente alors une confusion probable dans l?esprit des Mauriciens, pris du même coup pour des demeurés. Suivez ce raisonnement fait de coustics : le PTr supprime arbitrairement les élections municipales. Les Mauriciens concluent logiquement (selon une dialectique stalinienne) qu?un sort identique menace les élections générales. Heureusement ils ont un sauveur en la personne du MMM qui découvre providentiellement que l?Assemblée législative, élue en décembre 1976, ?stands dissolved? le 28 décembre 1981 si elle n?a pas été dissoute plus tôt, en vertu de la clause 57, paragraphe 2 de la constitution. Pour renvoyer les élections générales, il faut modifier cette clause, il faut une majorité des trois quarts et donc d?un éventuel consentement du MMM. Le PTr pourrait encore se prévaloir de nouveau de l?état d?urgence pour retarder cette échéance. Mais le MMM veille au grain et ne tombera pas dans un piège aussi grossier. Que serions-nous sans un tel parti, comme le chante si bien Jean Ferrat. Et nous voilà du même coup loin, très loin même des allégations de Coonjan.
Restons y et donnons plutôt la parole à un éminent défenseur de La liberté à un opposant irréductible du racisme, Mgr Trevor Huddleston. L?évêque anglican de Maurice rencontrera, à Londres, Lord Carrington, ministre britannique des Affaires étrangères. Il souhaite pouvoir intervenir en faveur des infortunés étudiants mauriciens devant poursuivre leur formation supérieure en Grande-Bretagne. Il s?élève, lui l?ancien opposant de l?apartheid honni sud-africain et de son frère jumeau, le régime colonialiste blanc rhodésien, contre la politique de Londres contre les étudiants du Commonwealth. Il participera à l?installation du nouvel évêque de Canterbury. Il est l?oncle de Cecil Parkinson, le ministre anglais du Commerce.
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