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Le ministre, le propriétaire et?les squatters
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Le ministre, le propriétaire et?les squatters
Ritoodoise Daby, un sexagénaire établi en Grande-Bretagne depuis 43 ans, pousse un profond soupir. En son for intérieur il se promet de ne plus se laisser avoir. Son c?ur a failli lâcher lorsqu?il a découvert que la maison qu?il pensait avoir louée au ministère de la Justice et des Droits humains, en décembre dernier pour en faire des bureaux, a été transformée en squat. Ritoodoise Daby réclame ainsi des dommages de Rs 2 millions au ministre Rama Valayden et à son attaché de presse, François Écroignard, qui a agi au nom du ministre.
Vingt-trois personnes, dont neuf adultes, occupent sa demeure de la rue Couvent de Lorette à Curepipe. La maison, qui comprend six chambres avec une salle de bains, cinq toilettes, une cuisine et un garage est partiellement meublée.
Elle avait été louée à François Écroignard, l?attaché de presse du ministère de la Justice, en décembre dernier pour le compte de ces familles. Elles squattaient auparavant un terrain de football à Camp-Levieux. En attendant d?être relogées, ces personnes avaient été prises en charge par le ministère de la Justice qui leur avait trouvé ce toit temporaire.
Le sexagénaire maintient toutefois qu?il ignorait que sa maison allait être utilisée pour abriter des sans domicile fixe. « En mon absence, c?est mon neveu qui s?occupe de mes affaires. Il m?a expliqué que le ministère de la Justice cherchait une maison à louer pour ses bureaux. Le contrat a été signé assez rapidement. C?est au cours d?un séjour à Maurice en janvier que j?ai su de quoi il retournait? »
Il n?est pas au bout de ses peines
Depuis, Ritoodoise Daby multiplie ses séjours à Maurice en attendant que sa maison soit évacuée au bout des trois mois convenus dans le contrat. Mais il n?est pas au bout de ses peines. Pour les autorités concernées, le relogement des squatters n?est pas une mince affaire car les terrains identifiés doivent être nettoyés et nivelés avant que ne démarre la construction de maisons. Entre-temps, les mois passent pour Ritoodoise Daby, qui allègue qu?une somme de Rs 80 000, représentant huit mois de loyer, lui est toujours due.
Mais au-delà de ces considérations, c?est l?état actuel de la maison et de la cour qui chagrine le plus le propriétaire. « Elle est dans un état déplorable.
Le locataire s?était engagé à entretenir la maison, mais force est de constater qu?aucune des clauses du contrat n?a été respectée, à commencer par ces personnes qui occupent ma maison. »
Le propriétaire dit avoir dépensé Rs 332 000 pour la rénovation du bâtiment l?année dernière. Les murs sont, à l?extérieur comme à l?intérieur souillés, le garage a été transformé en chambre à coucher, les toilettes, les salles de bains et la cuisine sont dans un état lamentable, alors que les chambres, surpeuplées, croulent sous des piles de vêtements et d?objets hétéroclites.
Les meubles ont, quant à eux été endommagés et le parquet, auparavant en beau bois verni, a perdu de sa superbe. Enfin, l?allée est souillée par les déjections des chiens et des enfants et le jardin, ainsi que la haie de bambous, ne sont pas entretenus.
D?autre part, le propriétaire constate amèrement que les factures d?eau et d?électricité n?ont pas été honorées, ce qui a provoqué la déconnexion de ces services. « En sus de cela, je dois régler Rs 14 000 à la Wastewater Authority », marmonne-t-il. Les vêtements et les assiettes sont lavés à l?extérieur sous le robinet alors que des ordures s?amoncellent un peu partout.
Pour toutes ces raisons, Ritoodoise Daby a servi une mise en demeure, par le biais de l?avoué K. Varmah, à François Écroignard et au ministre de la Justice, Rama Valayden. Il réclame l?évacuation immédiate de sa propriété, sa remise en état et exige des dommages de Rs 2 millions. Ses intérêts sont défendus par Me Prakash Bheeroo.
Les occupants veulent être relogés
De leur côté, les occupants actuels souhaitent être relogés au plus vite.« Pas evidan tou sa dimounn la ress ansam. Kan zanfan laguer gaign problem ek paran », souligne Nanette Floraline. L?eau est également source de tensions. « Nous devons aller chercher l?eau à la rivière, à plus d?un kilomètre, pour nos besoins. Lorsqu?elle vient à manquer, certains se servent dans le fût de son voisin ce qui crée des conflits », ajoute sa voisine à l?étage, Marie-Josée Tourail.
À Camp-Caval, une autre maison appartenant à une comptable se trouve dans le même état. Cette dernière soutient qu?elle ignorait que sa maison allait servir d?abri à une dizaine de squatters.
« L?agence immobilière, qui devait me trouver des locataires pour ma maison nouvellement construite, m?a expliqué que le ministère de la Justice cherchait un emplacement pour des personnes et que c?était une occasion à saisir », affirme-t-elle. Elle allègue également que deux mois de loyer sont dus. Pourtant, la propriétaire n?envisage pas de poursuites judiciaires. « Je paie un loyer, je dois rembourser le prêt que j?ai contracté pour ma maison. Franchement, je n?ai pas d?argent pour cela? »
RAMA VALAYDEN, MINISTRE DE LA JUSTICE ET DES DROITS HUMAINS :
« J?ai voulu les aider »
Rama Valayden, le ministre de la Justice et des Droits humains reconnaît qu?il doit plusieurs mois de loyer aux propriétaires des deux maisons de Curepipe utilisées pour abriter les squatters. « J?ai voulu aider personnellement ces gens qui n?avaient nulle part où aller. Mais cela revient très cher à chaque fin de mois. Heureusement que des philanthropes nous aident », affirme-t-il. Pour lui, il avait été convenu que les squatters allaient devoir s?acquitter des factures d?eau et d?électricité. Il soutient toutefois que Ritoodoise Daby était au courant que des squatters allaient élire domicile dans sa maison. Les 44 familles seront relogées à La Ferme et à Vuillemin d?ici le 17 octobre, décrété Journée internationale pour l?élimination de la pauvreté. Actuellement, des travaux d?aplanissement et des fouilles pour les fosses septiques sont en cours à La Ferme.
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