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Le mauvais jeu de l?opposition

23 septembre 2007, 00:00

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Le mauvais jeu de l?opposition

Le départ du PMSD de la majorité gouvernementale, lundi soir, a mis l?opposition en ébullition. De nouveaux enjeux apparaissent. À qui doit revenir le poste de leader de l?opposition ? D?autres s?apprêtent-ils à quitter les rangs du gouvernement ?

Mais aussi, et surtout, quel parti peut-il se positionner comme locomotive d?un front commun de l?opposition à la suite des récents développements et ceux à venir ? En exagérant parfois l?importance, ou carrément en bluffant, sur les cartes qu?il a en mains ? Dans l?ensemble, le jeu est mauvais car on s?attache surtout à conquérir le pouvoir. Pour en faire quoi ? On verra après?

À peine avait-il claqué la porte du gouvernement, que Maurice Allet était accueilli « à bras ouverts » par ses anciens partenaires de la défunte alliance MSM-MMM. Allet, qui veut « une opposition unie », a pris contact avec ces deux partis pour proposer ses services, et notamment « leur permettre de se retrouver ». C?est le leader du MSM, Pravind Jugnauth, qui lui prêtera d?abord une oreille attentive. Suivi du MMM, avec Paul Bérenger.

Personne n?en fait un mystère au MSM ni au MMM. Pour l?heure, ce n?est pas la base électorale du PMSD qui intéresse les deux principaux partis de l?opposition, mais plutôt les deux précieux sièges de parlementaires qu?occupent Maurice Allet et son adjoint, Éric Guimbeau. Si le PMSD soutient le MSM, il le conforte dans sa position de parti majoritaire de l?opposition parlementaire. Si c?est au MMM que le PMSD se rallie, celui-ci se retrouverait avec 13 sièges, en comptant l?appui d?Ashock Jugnauth, soit deux de plus que le MSM. Avec à la clé, un leader de l?opposition nommé de ses rangs. Après sa conversation avec Maurice Allet, Pravind Jugnauth a semblé croire que les Bleus allaient lui apporter leur soutien dans l?opposition. Sauf qu?Allet ne cache pas sa « loyauté » envers le MMM et son souhait de voir Bérenger redevenir leader de l?opposition.

<B>Attiser incompréhension et ranc?ur</B>

Au MSM, cette déclaration jette un froid. Car Paul Bérenger n?a pas manqué de rebondir à ce sujet. Celui qui dit « ne pas courir derrière le poste de leader de l?opposition » affirme néanmoins qu?après les propos d?Allet, « Nando Bodha doit savoir quoi faire ». Une attitude qui ne manque pas d?attiser l?incompréhension, voire la ranc?ur dans les rangs du MSM.

« Je considère que la déclaration de Paul Bérenger est ambiguë, je lui demande de préciser ses intentions et de dire à la population s?il a l?intention de reprendre le poste de leader de l?opposition », peste Pravind Jugnauth, le leader du MSM.

Un dirigeant du MMM affirme que Bérenger aurait déjà songé à la solution idéale. Qui consisterait, pour l?heure, à présenter Ajay Gunness comme remplaçant de Nando Bodha, dès que le PMSD se décidera à apporter officiellement son soutien au parti mauve. Ce choix s?explique par la volonté, au MMM, de ne pas envoyer un mauvais signal. En effet, pour l?heure, le MMM ne souhaite pas accréditer la perception qui veut que Bérenger se positionne pour être le challenger direct de Ramgoolam au Parlement. Et le remplacer en cas d?alternance.

Chacun cherche à impressionner l?autre. Pour mieux démontrer que le MMM est en pleine consolidation, un dirigeant mauve nous explique que « l?idée d?avoir les partis d?Anil Bachoo et Madun Dulloo au sein de cette alliance n?est pas à écarter ». Publiquement, ces deux dirigeants de l?Alliance sociale démentent avec véhémence toute association avec le MMM. Et ont renouvelé leur soutien et leur solidarité aux autres partenaires de l?Alliance sociale.

<B>Démissionnaires en puissance</B>

Dans les rangs du gouvernement, on observe cette montée en puissance avec une légère inquiétude, mais aussi beaucoup de suspicion. « Bérenger, depuis la fin de l?année dernière, clame que des développements politiques majeurs sont à prévoir. On les attend toujours ! Je ne classerai pas le départ du PMSD comme développement majeur. Alors, je me dis aussi que le MMM est en train d?exagérer les choses et de répandre des rumeurs. C?est un exercice de spin », tempère un membre du gouvernement.

Spin ou pas, la rumeur a mis mal à l?aise plusieurs membres du gouvernement. Dont deux dont les noms sont les plus cités comme étant des démissionnaires en puissance : les ministres Madun Dulloo et Anil Bachoo. Au sujet de ce dernier, on affirme même qu?il dit ouvertement, dans certains milieux, sa désapprobation de la politique du PM. Les mêmes sources indiquent que Bachoo maintiendrait une ligne de communication ouverte avec Bérenger.

Anil Bachoo, revenu au pays vendredi soir, maintient le silence total sur la question. Mais l?un de ses proches explique néanmoins que les « rumeurs sont sans aucun fondement. Qu?ira faire Bachoo dans l?opposition ? Le MMM est désespérément à la recherche d?une personne qu?elle pourra présenter comme Premier ministre. C?est pour ça qu?elle balance des noms », assure ce député.

Le ministre Dulloo nie également toute velléité de départ. « Je suis bien installé là où je suis », assure-t-il, avant d?affirmer ne pas avoir rencontré Maurice Allet après le retrait de ce dernier de l?Alliance sociale.

« Je ne sais pas d?où viennent ces rumeurs. Il faudra que j?enquête pour savoir qui est en train de mener des négociations en mon nom. »

La posture de Dulloo a pu entretenir un certain flou. En effet, il assure se sentir à l?aise au gouvernement, mais indique avoir rencontré les dirigeants du Parti travailliste et le leader du MR hier matin. Avant de souhaiter rencontrer Anil Bachoo. Rencontre qui n?aura pas finalement lieu devant le peu d?enthousiasme de Bachoo. Mais contrairement aux apparences, au MMM, on pense plutôt que le démissionnaire le plus probable de l?Alliance sociale demeure Anil Bachoo. Il serait le plus à même de claquer la porte, sous la pression de ses mandants et afin de montrer sa désapprobation de certains aspects de la politique gouvernementale. Alors qu?un retrait de Dulloo n?est envisagé qu?avec beaucoup de précaution. Voire, comme une possibilité que sur le long terme.

Au poker, c?est le MMM qui semble avoir les atouts en main. Du coup, il dicte les conditions d?une future nouvelle allian-ce MSM-MMM. Les mauves Allan Ganoo et Sam Lauthan, entre autres, passent d?ailleurs pour être les ouvriers de ce rapprochement. Mais tandis que publiquement les deux tiennent un discours d?union de l?opposition, Ganoo et un autre dirigeant mauve maintiennent une porte ouverte sur les travaillistes. En effet, les contacts avec un dirigeant rouge et membre en vue du gouvernement sont réguliers.

<B>Des questions sur le leadership</B>

La démonstration de force du MMM fait effet. Au sein même du MSM, peu de membres s?aventurent à dire, en privé, que le choix de proposer Pravind Jugnauth comme Premier ministre aura un effet majeur auprès de l?électorat. Mais Pravind Jugnauth pense exactement le contraire. Si alliance d?opposition il y a, pour lui, elle devra être placée sous son leadership. Au MMM également, des questions sur le leadership d?une future alliance se posent.

Aux ardents défenseurs d?une formule selon laquelle Bérenger serait Premier ministre durant cinq ans ou même deux ans et demi avant de laisser la place, s?opposent ceux qui invoquent la réalité du terrain. C?est-à-dire, tous ceux qui pensent que le vivier électoral du Parti travailliste, même mécontent de l?action gouvernementale, hésitera à faire confiance à Bérenger.

Qu?importe, au MMM les solutions de rechange sont déjà prévues. Pendant un temps, c?est Alan Ganoo qui a été proposé comme un premier ministrable potentiel, dans une formule où le mandat premier ministériel serait divisé équitablement entre les deux partis. Un membre important du MMM nous explique néanmoins, que même s?il préférerait que ce soit Bérenger qui soit présenté comme PM, Vishnu Lutchmeenaraidoo pourrait être positionné comme le nouveau premier ministrable du parti.

Les apparences, toutefois, sont trompeuses. Alors qu?on pourrait penser que l?axe d?une alliance ne traverse que les partis d?opposition, d?autres possibilités se dessinent. En effet, malgré la déclaration d?un dirigeant du MMM indiquant que la possibilité d?une alliance avec le Parti travailliste est « infime », des tractations très discrètes se poursuivent bel et bien à travers un membre important du gouvernement Ramgoolam.

Au MSM, c?est la cordialité retrouvée entre le président de la République, sir Anerood Jugnauth, et le PM, qui fait dire à certains, dans le parti mais aussi au gouvernement, qu?une collaboration est envisageable. Même souhaitable. Ram-goolam, qui ne jure plus que par Anerood Jugnauth, ne s?est-il pas aventuré lors de récentes réunions du Conseil des ministres à évoquer ce que pense Anerood Jugnauth, ou encore comment l?ancien Premier ministre aurait géré tel dossier ou rabroué tel ministre ?

Après cette forte poussée de fièvre provoquée par le départ du PMSD, il faut désormais s?attendre à ce que la situation se tasse. Car au final, rien ne se passera vraiment, avant plusieurs mois. Une fois que les élections générales de 2010 se seront rapprochées davantage.

<B>Les « boutes » ratés du PMSD</B>

Le PMSD ne se laisse pas faire. Si on le cherche on le trouve. C?est, en substance, ce que dit le leader de ce parti, Maurice Allet, en bombant le torse cette semaine. Après avoir claqué la porte de l?Alliance sociale. La réaction d?orgueil et d?exaspération peut se comprendre.

Mais les exemples qu?a choisis le leader du parti pour expliquer cette opération « lev pake ale » du gouvernement peut dérouter. À écouter Maurice Allet, son parti n?a pas rejoint le gouvernement « pou gaign so boute ». D?ailleurs, le chef des Bleus souligne à double trait le fait que le PMSD s?est associé à la majorité gouvernementale« sans conditions ».

Ce doit être la nature profonde du politique. Chassez le désir d?avoir son boute et il reviendra au triple galop. C?est ce qu?a semblé démontrer Allet lui-même lors de sa conférence de presse de vendredi dernier. En laissant bien vite comprendre à son auditoire que les récentes sorties et propos jugés « racistes » de Ramgoolam et d?autres membres du gouvernement n?étaient qu?un prétexte pour justifier ce départ.

Car si l?on écoute bien Allet, le vase était déjà rempli, avant même que Ramgoolam ne demande si Guimbeau, le leader adjoint du parti du Coq, « est son dieu ». Non, avant cet incident, il y a eu ceux où la distribution de boute ne s?est pas passée comme l?aurait souhaité le PMSD.

Il y a d?abord cet épisode de l?élection du maire de Beau-Bassin-Rose-Hill. Allet croyait dur comme fer que le manteau de premier magistrat de la ville devait aller à Daniel Émilien, « un fils de cité Barkly dont la nomination aurait eu valeur de symbole pour ce gouvernement ». Malgré la parole donnée par le PM, le leader du PMSD recevra un « coup de poignard » dans le dos. À la suite duquel il fera savoir à Ramgoolam qu?il est « bien en colère ».

Mais la distribution de boutes se passe aussi ailleurs. Dans les ministères, par exemple, où le recrutement à certains postes de travailleurs manuels se fait sans la lourde intervention de la Public Service Commission. C?est dépité qu?Allet avoue n?avoir « fer rant zis de trois kamarad dan gouvernernman ».

Toutefois, le calme de Maurice Allet tient bon jusque-là. Il croit en ce Premier ministre « rassembleur » et se dit que certaines mesures sociales sont en train d?être prises. Un certain malaise commence pourtant à se faire sentir entre le gouvernement et le secteur privé. Mais Allet prend son mal en patience. Il y a trop de choses en jeu. Un ministère peut-être ? Ou alors des postes dans les municipalités ?

C?est justement à ce sujet qu?une « goutte d?eau a fait déborder le vase », explique Allet. Qui démontre le manque d?esprit arithmétique qui a cours au gouvernement. « Il y avait à peu près 50 personnes qui devaient être recrutées dans les municipalités. J?ai espéré que le PMSD aurait sa part du gâteau. » Mais il n?en sera rien. Pour toute pitance, la hiérarchie de l?Alliance sociale lui propose quatre postes? au pis aller cinq ! En lui précisant : « Si to pa kontan, gete ki to pou fer. »

C?en était trop pour Allet. On peut attendre son boute pendant un temps, mais laisser le Premier ministre insulter son adjoint et utiliser un langage guerrier contre « un groupe » de la population, tout en attendant son boute ce n?est plus possible. Alors sans attendre une quelconque part du gâteau, Allet et Guimbeau, pour prouver qu?ils ne sont pas des rodeur boute sont allés chercher réconfort et soutien auprès de l?opposition. Où, bien évidemment, il n?y a aucun boute à prendre pour le moment. À moins qu?elle ne revienne au pouvoir?

QUESTIONS À?

<B>Ajay Gunness, Secrétaire général adjoint du MMM</B> <B> « Le plus important, c?est de travailler ensemble » </B>

<B>Le PMSD revient sur les bancs de l?opposition. Comment accueillez-vous ce come-back ? </B>

Nous l?accueillons favorablement.

Le leader du PMSD, Maurice Allet, a lui même déclaré que son parti s?était joint à l?Alliance sociale pour « donner un coup de main ». Mais les dirigeants du PMSD ont pu faire la différence entre l?équipe MSM-MMM au gouvernement et celle de l?Alliance sociale aux commandes du pays. J?estime que Maurice Allet a pris une bonne décision.

<B>Maurice Allet a renoué avec Paul Bérenger, le leader de votre parti. Est-ce un nouveau départ dans les relations MMM-PMSD ? </B>

Certainement, et d?ailleurs, il y a eu des contacts entre les deux leaders. Ils ont fait un tour d?horizon de la situation dans le pays. Il y aura plus de contacts et de dialogue entre nos partis respectifs. Une chose est sûre, le paysage politique va changer avec le retour du PMSD dans les rangs de l?opposition. Et c?est Maurice Allet qui a déclaré que c?est nul autre que Paul Bérenger qui doit occuper le poste de leader de l?opposition. En tout état de cause, je peux vous dire que nous apprécions la décision du PMSD de renouer avec l?opposition et plus particulièrement avec le MMM.

<B>Si l?union de l?opposition est souhaitée par ses dirigeants, qu?est-ce qui s?y oppose ? </B>

Tous ceux qui réfléchissent un tant soit peu souhaitent cette union. Mais je note que c?est surtout au MSM qu?on se braque sur cette question de savoir qui sera Pre-mier ministre. Le plus important, c?est de travailler ensemble afin de faire partir ce gouvernement.

Le moment voulu, on discutera de la formule idéale. Unissons nos forces d?abord. C?est là une question de volonté politique, mais je tiens à préciser qu?il faut garder en tête que le MMM est le grand parti de ce pays. Son leader a un rôle important à jouer sur l?échiquier politique. Tous les Mauriciens savent quelle est la contribution de Paul Bérenger dans notre histoire politique.

<B>Quelles devraient être, selon vous, les grandes lignes d?un projet politique ? </B>

Il s?agit tout d?abord de redonner confiance aux Mauriciens. Ensuite, il faudra prendre des décisions pour redresser l?économie, soulager la classe moyenne et ceux qui se trouvent au bas de l?échelle. Tout devra être mis en ?uvre pour rétablir l?ordre et la paix, et continuer dans la voie de la consolidation de l?unité nationale. Cette unité nationale a été durement affectée ces dernières semaines.

Enfin, tout doit être mis en ?uvre pour consolider la démocratie. Voilà les grands chantiers sur lesquels, demain au gouvernement, le MMM travaillera, de concert avec les autres partis de l?opposition.

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