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Le maraîcher nouveau se met à germer

19 juin 2005, 00:00

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Ils ne sont pas nombreux mais ils le sont suffisamment pour amorcer une révolution. Ils prônent une approche professionnelle afin de maîtriser l?offre, de la production à la vente. Sensibles aux exigences de qualité des marchés, ils explorent la transformation légère, s?intéressent aux technologies nouvelles. Ce sont les maraîchers nouveaux. Ils ont déjà investi près de Rs 3 millions dans la petite mécanisation, le service récolte et le marketing.

« Les graines de modernité que nous avons semées au cours des deux dernières années commencent à germer. Il faut maintenant que ces agriculteurs fassent école pour que ce secteur qui souffre de traditionalisme soit transformé », se réjouit Sandrasagaren Naidu, directeur de l?Agricultural Research and Extension Unit (Areu), dont la responsabilité est d?accompagner les agriculteurs sur la voie de la réforme.

La société Golden Vegetables Co Ltd, spécialisée dans le post-récolte et le marketing, est de celles qui incarnent la génération émergeante. Cinq agriculteurs s?y sont regroupés pour prendre en main la transformation légère, le stockage et la vente des produits maraîchers. La compagnie a investi un demi-million de roupies dans la construction d?une chambre froide et dans des équipements pour emballage et étiquetage, entre autres.

Northern Hydroponique Cooperative Society, Pineapple Growers of Les Mariannes et Litchis du Paradis sont des regroupements similaires. Dans chaque cas, entre 5 et 15 maraîchers ont mis leurs ressources en commun pour mieux maîtriser la production et avoir une meilleure pénétration des marchés. « Il a suffi de leur démontrer l?intérêt financier de s?organiser. Le reste a suivi », explique le directeur de l?Areu.

La révolution maraîchère, c?est également l?exploration de nouvelles cultures et pratiques culturales, en l?occurrence l?oignon et le taro (rouille). Jusqu?ici, le Nord était jugé inapproprié pour ces cultures en raison de son climat sec. Mais bientôt, une vingtaine d?agriculteurs du Nord se lanceront dans la culture de l?oignon. La surprise est venue du taro. Le climat sec s?est révélé un avantage, la plante jouissant d?une protection naturelle contre la maladie blythe. Le succès a été tel qu?un maraîcher a décidé de se faire semencier.

<B>Production de frites de banane </B>

« Un maraîcher doit pouvoir recourir aux services d?un semencier plutôt que de perdre du temps à produire lui-même les plantules. Un des points forts de la réforme du secteur maraîcher est d?amener les agriculteurs à se prendre en charge pour les services connexes. Cela améliore l?efficience. En outre, l?engouement pour l?hydroponique confère un rôle central au semencier », explique Naidu.

La production fruitière est de même encouragée. Letchis, mangues et ananas sont appelés à quitter l?arrière-cour pour intégrer les vergers. La compétition sur les marchés d?exportation se fait âpre. Qu?à cela ne tienne, le marché local est encore preneur. Du reste, il s?agit également de produire pour l?industrie de la transformation. Un maraîcher a déjà investi dans la production de frites de banane. L?entreprise sera inaugurée jeudi.

Mais il n?y a pas que légumes, fruits et fleurs. Maurice pourrait également produire des plantes médicinales, par exemple. « Pourquoi pas l?aloe vera ? » se demande Sandrasagaren Naidu. Ou encore les épices et les plantes oléagineuses tel l?arachide, le soja, le tournesol et le colza. « Nous devons think outside the box », dit-il en faisant un appel à l?innovation.

Voit-il trop grand ? Déjà en 2001, le projet de diversification agricole dans le Nord était ramené à sa plus simple expression, Maurice n?ayant pu s?assurer l?appui des bailleurs de fonds internationaux. A l?origine, avec les nouvelles opportunités qu?offrait le barrage de Midlands, 700 hectares devaient être réservés à la culture maraîchère. Ces terres allaient être épierrées et dotées de systèmes d?irrigation dans le but d?en améliorer la productivité. Entre-temps, l?Areu devait former, sensibiliser et encourager les maraîchers à embrasser une nouvelle manière de pratiquer leur métier.

Alors que le projet devait connaître une période de gestation de sept ans, ce laps de temps a été ramené à deux ans faute de moyens adéquats. Clairement, ni les terres, ni le réseau d?irrigation n?allait être complètement prêt pour soutenir pleinement les maraîchers. L?Areu est allée de l?avant avec son programme de préparation des agriculteurs, les incitant à se lancer au fur et à mesure que la conjoncture s?y prêtait.

Le directeur de l?Areu se montre peut-être trop optimiste. Car depuis, aucun moyen supplémentaire n?a été débloqué par le gouvernement pour promouvoir la culture maraîchère, objectif qui a été confirmé dans le plan stratégique 2003-2007. Mais l?optimisme, paraît-il, est l?essence des révolutions.

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