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Le langage de l?inconscient, un discours saisissable

7 septembre 2003, 20:00

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?Dans tout écrit littéraire, il y a une part insaisissable?, déclarait Annie Montaut, professeur à l?Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris, au cours de sa conférence donnée au Mahatma Gandhi Institute le mercredi 20 août.

Cette part insaisissable, qui rend la compréhension d?un texte incomplète, relève de la psychanalyse. Certes, qu?il s?agisse de traduire ou d?interpréter un texte, il n?est pas toujours évident de rendre compte de l?apport de l?inconscient de l?auteur dans son travail d?écriture. Néanmoins, l?évolution des diverses disciplines en sciences humaines et les résultats de nombreux travaux de recherche chez des auteurs contemporains ont montré que cette part insaisissable n?est pas totalement à l?abri de la conscience du lecteur. Elle est donc quelque part, mais avec bien des réserves, saisissable.

D?abord, que signifie concrètement cette part insaisissable qui relève de l?inconscient? Il faut savoir que tout écrivain, lorsqu?il écrit, investit la langue de ses désirs refoulés. Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, a bien montré qu?il existe un lien entre écriture littéraire et désirs inconscients.

Ces désirs ont tendance à glisser dans les mots qui les représentent en retour. L?écriture littéraire devient ce lieu du langage où le ?je? de l?inconscient s?exprime par le biais du désir. C?est pourquoi il importe de prendre en compte la manifestation de l?inconscient dans tout écrit littéraire. Mais l?inconscient n?existe pas concrètement. Freud lui-même n?admettait pas l?idée d?un inconscient qui serait immergé dans le texte. Alors, comment saisir l?inconscient de l?auteur dans ses écrits?

Jaques Lacan, l?éminent psychanalyste français qui a renouvelé diverses théories de Freud, a donné une nouvelle définition de l?inconscient. Il a adapté le concept du langage, donné par les linguistes Ferdinand de Saussure et Roman Jakobson, à la définition freudienne de l?inconscient. Il a montré que l?inconscient est structuré comme un langage.

Depuis, l?inconscient est considéré comme un discours inscrit dans le texte mais dissimulé sous d?autres discours parce qu?il est constitué de ce qui n?a pu être dit.

D?autre part, Jean Bellemin-Noël, professeur universitaire et critique psychanalytique français, a montré que les glissements qui s?opèrent dans l?écriture créent ce qu?il appelle l??inconscient du texte?. C?est le lieu de l?écriture où l?inconscient du lecteur rencontre celui de l?auteur. Il se produit alors ce qu?il appelle un ?effet d?inconscience?.

C?est un effet psychique capable, chez tout lecteur avisé, de faire émerger cette part dite insaisissable. De quelle manière? (A ce sujet, lire plus loin : ?Ranjita Bunwaree sur le divan?).

Quoi qu?il en soit, la psychanalyse nous apprend que l?insaisissable est pénétrable. Ou alors cela relève de l?incapacité d?interprétation de la part du lecteur. L?insaisissable auquel fait référence Annie Montaut n?est en réalité que l? ?inconnu?. Mais ça, c?est tout à fait autre chose.

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