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Le joker de Boodhoo
Aussitôt que la fièvre des Jeux sera retombée, et que la finale du football aura livré son verdict à Curepipe, les hostilités vont s?ouvrir ailleurs. En effet, c?est sur le terrain politique que les projecteurs seront alors braqués. L?opposition a annoncé qu?elle sortira l?artillerie lourde la semaine prochaine et son leader prévoit un « séisme politique ».
A l?origine de cette agitation se trouve un prétendu dossier ramené de Londres par Harish Boodhoo et qui réunit, selon lui, des preuves de malversations contre plusieurs personnalités, appartenant essentiellement à la majorité politique mais aussi à l?opposition. Pour l?heure, peu d?information a filtré au sujet de ces affirmations. Il pourrait s?agir tout simplement d?une opération de marketing visant à repositionner les dirigeants de l?alliance sociale sur l?échiquier.
Il est vrai que l?expérience a démontré qu?il faut tempérer ce type d?annonce fait par Boodhoo car il sait monter de grandes opérations de communication fondées sur du vent. Toutefois, dans ce cas présent, il semble qu?il ne soit pas en train de jouer au poker menteur. Il disposerait, selon certaines indications fiables, d?un véritable joker et il s?apprête à réaliser un joli coup grâce à une rencontre providentielle faite à Londres.
Comme pour tous les grands scandales qui finissent par éclater en public, l?affaire annoncée par Boodhoo est basée principalement sur une source privilégiée. « Ce sont des proches d?hier, ennemis d?aujourd?hui, qui vont divulguer vos secrets », lâche-t-il de manière sibylline dans la presse. Pour les observateurs avertis, cette allusion cache à peine l?identité de celui qu?il a rencontré à Londres et qui a connu intimement certains dirigeants et leur famille.
Le tumultueux politicien dit tenir ses renseignements d?une personne qui s?est confiée à lui pour se venger des « paroles blessantes » qu?un politicien aujourd?hui au pouvoir lui aurait adressées dans le passé. C?est fort de ces confidences que Boodhoo parle de « preuves ». Il détient vraisemblablement des documents qui établissent que certains politiciens mauriciens possèdent des biens immobiliers à Londres. Il faut encore qu?il établisse que ces investissements sont le fruit d?un argent mal gagné.
Il est possible que Boodhoo cherche à marquer des points politiques avant tout car il n?a pas l?intention de transmettre son dossier à la police ou à l?ICAC. En vrai populiste, il affirme qu?il ne fait confiance qu?au «tribunal du peuple ». S?il ne remet pas aux institutions de l?Etat les preuves de malversations qu?il dit détenir, il arrivera plus difficilement à convaincre l?opinion publique du sérieux de son dossier. En revanche, s?il ouvrait la voie à une enquête policière et permettait à la justice d?examiner avec rigueur les accusations formulées, les conséquences seraient plus dommageables pour les personnes incriminées. Il est trop facile de chercher auprès d?une foule de partisans excités un jugement expéditif sans obligation de preuves établies.
Il n?est pas déraisonnable d?espérer que la police peut mener à terme une enquête sur des détournements de fonds, même quand des notables sont directement impliqués. Jack Bizlall a apporté la preuve, dans l?affaire Air Mauritius, qu?une déposition faite aux Casernes centrales est loin d?être un coup d?épée dans l?eau.
Si Boodhoo refuse de croire aux vertus de la justice officielle et préfère enflammer les foules, sa croisade annoncée contre la corruption risque d?être perçue comme une simple opération politicienne.
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