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Le grand saut

22 mars 2008, 00:00

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Elles sont unanimes. Elles le font»pour elles-mêmes». Pour donner une direction à leur existence. Trois catéchumènes rencontrées à l?église de Cassis. Qui, au bout d?un an de préparation, reçoivent le baptême aujourd?hui ou demain.

Léanne dort. Petit bout de chou de deux mois. Elle sera baptisée demain. Aujourd?hui, c?est le tour de sa maman, Nelna Mootien, 25 ans. De sa culture télégue, elle conserve l?habitude des «systèmes», des prières que l?on fait chez sa mère. Du carême de neuf jours observé avant une fête. Quand Nelna a convolé en justes noces, il y a sept ans, elle s?est soumise aux rites d?un mariage mixte. Se pliant aux suppliques de sa mère qui lui a expliqué que, si elle ne l?avait pas fait, en tant qu?unique s?ur de trois frères, «pa pou kapav pas safran avek mo troi frer kan zot marie».

Mais l?équilibre restait à trouver. L?entre-deux ne pouvait durer. «J?ai besoin de savoir à qui je parle quand je prie.» Alors, avant d?être enceinte de Léanne, Nelna s?est décidée à demander le baptême. «Je ne rejette rien. Me mo pa kapav dans ant de kitsoz.»Elle a fait baptiser son fils aîné aujourd?hui âgé de cinq ans. Non. Elle n?a pas été poussée par son mari ? un baptisé. «Si mo ti fiye li pou montre moi ki ete legliz?», confie-t-elle en levant ses yeux au ciel. Non, elle ne prendra pas de nom de baptême. Car «mo pou rest touzour Nelna».

La même, avec comme qui dirait, une boussole en plus. C?est le sentiment que dégage Nelna, tant cette quality controller dans une bijouterie, semble sûre de son choix. Tant elle balaye d?un revers de la main l?incompréhension de ses collègues qui, s?étonnant de son geste, l?interrogent : «Kifer to pe fer sa ? li pa neseser.» Sa priorité, c?est «avoir la foi». Se stabiliser. Choisir. Pour ensuite «mo kapav montre mo bann zanfan». Car il est là le déclic. Donner un sens à la vie spirituelle de sa progéniture.Thème récurrent.

Nos trois témoins sont issus de mariages mixtes. Au jeu des points communs, on pourrait dire qu?après avoir été élevé dans la confession de leur père durant l?enfance, à l?âge de raison, nos témoins se sont décidé pour les croyances de la mère.

<I>«Nos trois témoins sont issus de mariages mixtes. Après avoir été élevés dans la confession du père durant l?enfance, à l?âge de raison, elles se sont décidées pour les croyances de la mère.»</I>

Shamila Rossan vient tout juste d?entamer la préparation au baptême. Cela fait deux mois qu?elle suit ce cours qui dure un an. Elle a fréquenté la madrassa jusqu?au CPE. Avant d?expliquer à son père que «je répétais les mêmes choses. Li pa pou amenn moi loin». Qu?elle ne s?y sentait pas à l?aise. Il accepte qu?elle n?aille plus à l?école coranique. Parallèlement, la grand-mère de Shamila, née d?une mère baptisée et d?un père musulman, l?emmène à la messe.»Sa inn reste.»Sauf qu?à 18 ans, quand Shamila demande à son père la permission de se faire baptiser,»Li dir moi non.» Qu?à cela ne tienne, la jeune femme se met à la recherche d?un parrain et d?une marraine. En vain.»Monn dekouraze.»

L?étincelle renaît quand Shamila rencontre un jeune homme avec qui elle fait des projets de mariage. Incidemment, c?est un baptisé. Et même si le curé de Cassis lui a expliqué qu?il»n?est pas nécessaire de se faire baptiser pour se marier, kapav fer mariaz mix», Shamila insiste.»Lepok mo ti zanfan dimoun ti desid pou moi, aster monn gran, monn deside par mo mem.«Et de vaincre la résistance de ceux qui lui disent,»Tonn ne ladan, to bizin mor ladan.«Ceux qui, l?air bien pensant, répètent : «Ou met zanfan lor later me ou pa fer so leker.«Parce que «ce n?est pas un jeu. Mo pa pou sanze, monn deside».

«J?ai décidé de n?écouter que moi.De ne plus «fer fos la priyer, bizin kone seki pe dir. Bizin koz fran». Elle, c?est justement dans la prière qu?elle trouve le réconfort, «kan mo dan enn traka». C?est dans ces moments-là «ki mo latet pa fatige. Je me sens plus libre». Suffisamment en tout cas pour dire à Colette Domingo, la responsable de formation à l?église de Cassis, qu?il y a certaines choses qu?elle ne peut faire, comme,»sarye laket ek donn lakominion parski mo letan pa permet».

Miss Colette, c?est comme cela que ses ouailles l?appellent, est responsable de cette formation depuis 20 ans. Il ne lui faut pas longtemps pour discerner qui est véritablement animé du «désir»de conversion. Elle précise, «Je ne suis pas une miss mais une accompagnatrice.»Une formatrice qui nous confie qu?elle se sent démoralisée à chaque fois qu?un catéchumène abandonne en route. «Et puis, je me dis que c?est mieux que cela se passe avant le baptême». Sa satisfaction : «À travers ces personnes, je sens grandir ma foi.»

Cela fait pas mal de temps qu?Ashwina Sanassy, 13 ans, se sent poussée vers l?église. Fille aînée d?une mère baptisée et d?un père hindou, elle est cependant restée plutôt discrète. Au contraire de Shawn, son bouillonnant petit frère. Lui, à sept ans tout ronds, il a annoncé à leur père : «Si tu ne me fais pas baptiser, je vais être méchant.» À force de le répéter, son père a fini par accepter.

Alors Ashwina, élève au collège Lorette de Quatre-Bornes a eu le courage de dire : «Je le veux aussi.»«Bizarrement, dans la famille, ils ont été contents», dit la jeune fille. Elle aussi est contente. De ne plus devoir rester sur le banc au moment de la communion. Alors que «mes cousins et cousines y vont».

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