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Le gouvernement en minorité lors d?un ESE
Le 29 avril 1892 est une date sinistre, dans l?histoire de Maurice, en raison des dégâts catastrophiques, provoqués par le passage, tardif mais rapide, d?un cyclone, ayant causé un millier de morts et trois à quatre fois plus de blessés. Le 29 avril 1980 est une sombre date dans l?histoire du Parti Travailliste. Il présente, ce jour-là, un budget supplémentaire (Estimates of Supplementary Expenditure) de Rs 247 millions, devant être largement rejeté par 32 voix contre 24, alors que, la veille, il est parvenu, avec l?aide toutefois du ?casting vote ? du Speaker, Sir Ramesh Jeewoolall, à repousser la motion du chef de l?opposition, Anerood Jugnauth, visant à amender le discours du trône 1980. Que s?est-il donc passé en 24 heures au sein de cette majorité parlementaire ?
Le gouvernement de coalition PTr/PMSD/CAM est simplement au bord de la rupture. Les PMSD et CAM campent sur leurs positions, le premier en faveur de la titularisation de la nomination de M. Guy Stanley comme contrôleur des douanes et le second exigeant la même chose mais en faveur de M. A. Diljore. Le PTr sert de tampon entre ces deux extrêmes.
Cette journée du 29 avril 1980 commence vraiment mal pour le gouvernement dirigé par Seewoosagur Ramgoolam. Un refus du Premier ministre de saluer G. Duval dans les couloirs de l?Assemblée déclenche le courroux des Bleus. Le Parlement siège pour examiner cette proposition de budget supplémentaire. Les députés et ministres du PMSD quittent soudain l?hémicycle et abandonnent à son sort une majorité parlementaire déjà affaiblie par l?absence de Peeroo, Tally du CAM et de Badry (absent du pays). Coonjan fait savoir qu?il ne participera pas non plus au vote sur le ESE.
La situation se complique davantage, à l?heure de l?examen en comité du budget supplémentaire. Le Deputy Speaker (Robert Rey du PMSD) et le Deputy Chairman of Committees (Mahmood Tally du CAM) brillent par leur absence. Ringadoo propose une brève suspension de séance. Le MMM refuse, arguant que n?importe quel membre peut être désigné pour pallier l?absence de Rey et de Tally. Beau joueur, Ringadoo propose alors que Vijay Venkatasamy du MMM préside l?examen en comité du ESE. Il s?en va occuper le fauteuil présidentiel sous les applaudissements d?une opposition majoritaire.
Assurée d?une confortable majorité, celle-ci commence à triturer les premiers chapitres du budget supplémentaire. Les membres du gouvernement sont de plus en plus atterrés. Le MMM rejette une dépense de Rs 106 000 (les salaires du ministre Moorba), équivalant un blâme contre lui. Boodhoo propose le rejet d?une dépense d?un demi-million pour la police. La moitié de cette somme ayant déjà été dépensée, Bérenger observe qu?elle devra être remboursée au Trésor par le ministre des Finances. Une somme de Rs 100 est amputée de la compensation salariale à accorder à Ringadoo pour signifier la désapprobation de son administration.
L?item des intérêts à payer sur les emprunts de l?Etat titille l?imagination de l?opposition (son irresponsabilité, observera plus tard le gouvernement). Elle fait ressortir combien le gouvernement abuse des emprunts à l?étranger pour masquer ses problèmes de budget courant. Il est finalement décidé de rejeter en bloc le budget supplémentaire réclamé par le ministère des Finances, ce qui constitue un vote de blâme pour l?ensemble du gouvernement. Ce dernier n?a plus le droit moral de diriger le pays, estime l?opposition. D?autres provisions budgétaires sont successivement rejetées avec la même allégresse par une opposition ravie de pouvoir enfin faire la leçon à la majorité.
Le ministre Purryag réclame un vote qui quantifie seulement la faiblesse passagère du gouvernement : 32 voix lui sont hostiles contre 24 favorables. On s?achemine graduellement vers le rejet total du budget supplémentaire. Bérenger propose même ironiquement que le gouvernement PT/PMSD/CAM soit ?deleted?. Jeewoolall reprend son fauteuil présidentiel. Vijay Venkatasamy l?informe que le ESE est rejeté en bloc. Seewoosagur Ramgoolam propose alors l?ajournement des travaux parlementaires.
Il n?a pas pour autant bu le calice jusqu?à la lie. Il lui faut encore ressouder sa faible majorité parlementaire. Il convoque les députés PMSD et leur leader, Gaëtan Duval, à son bureau. Ils campent toujours sur leurs positions : Guy Stanley doit devenir le contrôleur des douanes. Le PMSD ne peut accepter que le Premier ministre ne respecte pas son engagement formel en faveur de M. Stanley.
L?on peut craindre à un certain moment que Seewoosagur Ramgoolam ne réclame la dissolution de l?Assemblée législative. Il cherche par la suite à minimiser la portée du rejet du budget supplémentaire. Il va même jusqu?à féliciter le chef de l?opposition, Anerood Jugnauth, mais en prenant bien soin de préciser que le rejet d?un ESE ne signifie rien d?important. Tant qu?il y a la vie, il y a de l?espoir, dit-on !
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