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Le gospel : un art collectif

19 octobre 2003, 20:00

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Cela peut paraître étrange, mais il faut voir le gospel comme un art collectif avant tout (voir également en page 10). Si on lui donne souvent un caractère religieux, c?est surtout parce qu?il a évolué la plupart du temps là où il est né, c?est-à-dire dans l?église, le lieu culte par excellence.

Sa naissance remonte aux origines de l?esclavage aux Etats-Unis. Pour fuir la persécution et l?isolement, les esclaves se réunissaient pour se constituer en communauté dans des églises, le seul endroit où ils pouvaient se retrouver en toute sérénité. Ces communautés, formées par la force des choses, s?appliquaient alors à créer des hymnes religieux mélangés à leur tradition africaine pour chanter leur douleur. Ce mélange sera transformé par l?apport du blues pour donner les ?negro-spirituals?, appelé, à partir des années trente, gospel ou gospelsong. Ce genre musical ne sortira de l?église que lorsqu?il sera officialisé comme un art de scène. Mais, en attendant, il a déjà acquis sa réputation d?hymne religieux, en raison du lieu de culte dans lequel il a vu le jour. Et c?est aussi pourquoi nous le percevons ainsi.

C?est dans la construction de ces chants qu?il faut voir leur nature artistique. En effet, celle-ci repose sur un principe de répétition rythmée : le ?chant leader? alterne, le ch?ur répond. Et le ch?ur est lui-même composé de telle manière que les voix se règlent l?une sur l?autre : elles ne sentent pas la nécessité de faire appel à un guide extérieur. C?est ce qui explique, entre autres, pourquoi le ch?ur peut fonctionner sans un chef. Les voix peuvent s?accorder de manière autonome en s?inscrivant dans une logique musicale. L?origine de l?accord est donc physique ? c?est là un art qui est malheureusement trop souvent absent de la musique populaire.

En général les chants s?accompagnent de piano ou d?orgue (quelquefois de guitare). Mais l?originalité du gospel demeure dans l?accompagnement par les claquements de mains. Les sons montent par degrés. C?est alors que la musique prend un caractère incantatoire. L?âme musicienne prend un mouvement qui l?élève au-dessus de ses misères et qui lui confère en retour une gaieté, mais toujours en mouvement. Si les chants portent en eux un contenu protestataire, le rythme régulier finit toujours par tempérer les m?urs. Les chanteurs et l?audience sont maintenus dans la décence. On reconnaît dans le gospel la fonction de la musique qui consiste à ramener le corps et l?esprit d?un groupe d?hommes à un équilibre. C?est en ce sens que les chants gospels, qui racontent la vie à une échelle collective, se veulent un art collectif. S?ils sont religieux, c?est plutôt dans le sens où ?toute musique est religieuse par sa pureté?, comme le disait si bien le philosophe Alain.

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