Publicité
Le gang qui secoue Barkly
L?espace de quelques minutes, les habitants de Cité-Barkly se sont crus en pleine guerre des gangs. Arrachés de leurs lits en pleine nuit par des coups de feu, ils ont été les témoins impuissants d?une scène surréalistes. Une vingtaine d?individus, dont certains armés, ont fait feu sur un restaurant avant de disparaître.
Pour les enquêteurs de la Criminal Investigation Division (CID) de la Western Division en charge du dossier, cette violence n?est pas seulement un acte de vengeance, mais aussi et surtout un « message » à destination du propriétaire du commerce. « Ne te mêles pas de nos affaires ou sinon? », résume un officier proche du dossier.
Les membres de ce groupe ou de ce gang, comme préfèrent l?appeler les enquêteurs, sont pour la plupart connus des services de police pour divers délits. « Quelques-uns d?entre eux ont déjà été arrêtés par la police. Certains sont videurs dans des boîtes de nuit de l?île », laisse-t-on entendre aux Casernes centrales.
Bien que ce gang ait déjà fait parler de lui en s?en prenant à certains individus considérés comme étant des rivaux ou tout simplement gênants, certains policiers s?étonnent de la réaction « brutale » de ce groupe après une « simple » altercation survenue quelques heures plus tôt.
« On nous a laissé entendre qu?il s?agirait d?un acte de vengeance. Mais certaines informations pourraient laisser penser qu?il s?agirait d?une affaire bien plus importante », confie un enquêteur, qui refuse cependant de préciser sa pensée. Ce que l?on sait par contre, c?est que trois suspects ont pour l?heure été arrêtés par la police. Retour sur une nuit pas comme les autres.
Il est aux alentours d?une heure du matin mercredi. Des coups de feu retentissent à Cité-Barkly. Le bruit réveille les habitants, hagards, qui réalisent aussitôt que des violences agitent le quartier. Sans sortir de chez elle, Josiane, âgée de 42 ans, observe la scène à travers sa fenêtre. « J?ai seulement vu des ombres qui couraient vers la route. Je n?ai pas pu voir leurs visages », lâche cette mère de famille, qui ne souhaite pas trop en dire, craignant des représailles.
De nombreux impacts de balles
Cette violente altercation aurait eu pour origine une bagarre qui a eu lieu un peu plus tôt dans l?après-midi, peu après 17 heures. Un habitant de la localité, Westley L?effronté, se trouve chez lui quand il entend des coups à sa porte.
Une voix, qu?il ne reconnaît pas sur le moment, l?appelle.
Ce n?est qu?une fois à l?extérieur, dira-t-il plus tard, qu?il aperçoit Cyril Zéphir. Les deux hommes, qui ne s?apprécient guère, se sont violemment disputés par le passé. Westley L?effronté ne le sait pas, mais il tombe dans ce qu?il décrira plus tard comme un guet-apens.
Selon ses dires, deux autres individus, qui étaient jusqu?à présent hors de vue du jeune homme, se jettent sur lui pour le maîtriser pendant que Cyril Zéphir le roue de coups. Impuissant, Westley essaye en vain de se défendre. Dans la bagarre, ses agresseurs l?entraînent à quelques mètres du restaurant Lebrave.
À l?intérieur de l?établissement, les quelques clients qui s?y trouvent sont alertés par les cris provenant de la rue. Le propriétaire des lieux, Nicolas Jolic?ur, une connaissance de Westley, vient à sa rescousse et s?en prend à ses assaillants.
Surpris par cette intervention et par la présence des clients du restaurant, les trois individus prennent la fuite. Blessé, Westley trouve refuge chez son ami. « Il avait de nombreuses blessures au visage. Il saignait de la lèvre et du nez », explique un témoin de la scène. Et d?ajouter : « Westley était complètement traumatisé. Il a refusé qu?on l?emmène à l?hôpital. »
Mais les choses n?en resteront pas là. Les trois présumés agresseurs, cette fois accompagnés d?une vingtaine d?individus, pour certains équipés d?armes à feu, envahissent Cité-Barkly et se dirigent vers le restaurant. Ayant du mal à digérer l?intervention du propriétaire du restaurant, Cyril Zéphir aurait, selon les dires du jeune homme, décidé d?en découdre. Il est alors peu avant une heure du matin.
Gros bras et durs à cuire
Des coups de feu retentissent. Des vitres volent en éclats. Le véhicule du restaurateur, un van, est criblé de balles.
Le bruit, qui alerte le voisinage, sort la cité de sa torpeur. « Nu finn gagn sok ar sa bann kout bal la. Ti couma dir dan film », raconte un habitant de la localité, réveillé par les coups de feu. Craignant d?être attrapés, les vandales prennent la fuite, laissant derrière eux une atmosphère de guerre des gangs.
Lors de ces échanges de coups de feu, un employé d?une entreprise de gardiennage, Clarel Quirin, âgé de 29 ans, est touché à la main par une balle perdue. Il se rendait au moment des faits chez un ami résidant à proximité. Blessé, il a été transporté d?urgence à l?hôpital Victoria, Candos, pour y recevoir des soins.
Mandée sur les lieux, la police entame aussitôt des recherches pour mettre la main sur les auteurs des coups de feu. Les enquêteurs de la CID, en charge du dossier, ont par ailleurs constaté de nombreux impacts de balles sur le véhicule du restaurateur mais aussi sur les murs environnants.
Westley L?effronté et Nicolas Jolic?ur, qui ont été entendus par la police, sont revenus sur l?altercation de l?après-midi et ont identifié leurs assaillants. Ce dernier a été arrêté et traduit au tribunal de Rose-Hill. Les enquêteurs cherchent à savoir s?il aurait eu dans le passé à faire avec les individus qui auraient tiré sur son restaurant et sa voiture. « Nous ne pouvons négliger aucune piste. Nous tentons de comprendre ce qui a bien pu provoquer une telle violence », laisse-t-on entendre du côté de la police.
C?est sur la base de ces informations que la CID a procédé, quelques heures plus tard, à l?arrestation Cyril Zéphir. Celui-ci a retenu les services de Me Ashvin Kandai. Un troisième suspect, Antoine Rabaye, a été arrêté mercredi dans le cadre de cette affaire. Cet habitant de Floréal est soupçonné d?avoir été en possession d?une carabine lors des incidents survenus aux petites heures du matin mercredi à cité Barkly.
Le suspect a toutefois nié s?être servi de son arme pour laquelle il possède un permis de port d?arme bien qu?il a reconnu s?être rendu à cité Barkly avec son arme lors des incidents. Celle-ci, qui a été saisie lors d?une perquisition effectuée à son domicile, a été envoyée au laboratoire de la police aux fins d?analyses.
Le suspect a été présenté au tribunal de Rose-Hill sous une accusation provisoire de « possession of firearm to endanger life ». La police ayant objecté à sa remise en liberté sous caution, Antoine Rabaye a été maintenu en cellule policière. Il a participé à une reconstitution des faits jeudi à l?issue de son interrogatoire.
Les autres individus soupçonnés d?avoir participé aux incidents de mardi sont actuellement recherchés.
Les enquêteurs soupçonnent que certaines personnes présentes ce soir-là feraient partie d?un groupe de gros bras opérant à Grand-Baie et Tranquebar.
« Elles ont été à l?origine de pas mal de grabuge dans le Nord de l?île, surtout à proximité de certaines boîtes de nuit », confie un officier de police proche du dossier.
Toujours selon cette même source, certains des individus présents ce soir-là à Cité-Barkly seraient impliqués dans un trafic de drogue. Les agresseurs, explique, pour sa part, un habitant de la localité, sont connus de la région comme étant des durs à cuire. « De troy fwa zot finn vinn fer desord dan cite », affirme-t-il, tout en jurant pouvoir les reconnaître.
En attendant d?être un jour recouvert de peinture, les impacts de balles sur les mûrs rappellent aux habitants que la violence s?est arrêtée sur le seuil de leur porte. Du moins cette fois.
Publicité
Publicité
Les plus récents