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Le fisc chinois et les enfants interdits
C?est une simple feuille. Une feuille qui tremble entre ses mains. Une feuille qui l?indigne. Ce commerçant relit pour la énième fois sa ?facture? et redit son indignation : ?Pourquoi devrais-je payer une somme pareille ? 6 000 yuans (environ Rs 25 000) parce que j?ai eu quatre enfants ?? Dans le village de Dungu, entre rizières fluorescentes et reliefs tourmentés de montagnes en pain de sucre, la colère gronde contre les fonctionnaires du planning familial qui s'emploient, de force plutôt que de gré, à imposer un strict respect du contrôle des naissances.
?Pourquoi voulez-vous que je paye sur la foi de ce bout de papier sans tampons ? interroge le commerçant. Mon argent risque de filer directement dans la poche de l'agent du planning familial.? Prudent, l?homme refuse de dire son nom. Sa ?facture? lui ordonne de payer dans les deux jours une ?taxe sociale de compensation? en application de la loi en vigueur depuis 1979 : un enfant seulement pour les Chinois des villes, deux pour les Chinois des champs, mais seulement si ces derniers ont connu la déveine d?avoir une fille. L?Etat laisse alors une seconde chance aux paysannes pour leur permettre d?enfanter un garçon. Seules certaines minorités ethniques, comme les Tibétains, ne sont pas soumises à ces obligations. En une trentaine d?années, trois cents millions de naissances ont ainsi été évitées, selon les chiffres officiels.
À Dungu, comme ailleurs dans plusieurs cantons de la province du Guangxi, la colère gronde si fort que, depuis une quinzaine de jours, des milliers de personnes se sont vengées contre les bâtiments officiels. Récemment, ici comme dans sept autres cantons du district de Bobaï, la foule a brûlé des voitures, donné l?assaut aux sièges des gouvernements municipaux ou aux bâtiments abritant les locaux du planning familial. Avant-hier, deux autres villages , ont connu des troubles et des batailles rangées avec la police. L?agence de presse Chine nouvelle a confirmé que des émeutes avaient bien eu lieu, un aveu assez rare. Une trentaine de personnes auraient été arrêtées. Des rumeurs non confirmées ont fait état de plusieurs morts.
Torse nu, un homme, qui préfère ne pas s'identifier comme le reste des villageois, est assis sur un minuscule tabouret. Il explique calmement les raisons de la colère : ?Ce n?est pas tant le contrôle des naissances qui nous gêne que la façon dont il est appliqué. Rendez-vous compte : les types du planning familial débarquent chez les gens, vêtus de treillis militaires, casqués, armés de gourdins. Tous ceux qui refusent de payer les amendes voient leurs biens confisqués ! Les agents démontent les fenêtres, les portes, s?emparent des ustensiles de cuisine...?
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