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Le feu a eu raison d?Iris le solitaire

6 septembre 2003, 20:00

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À l?orée d?un champ d?aubergines s?étend la mer démontée de Poste-Lafayette. Dans un coin, un papayer noir de suie soutient quelques feuilles de tôles calcinées. C?est ici que le pêcheur José Balam a rendu son dernier soupir, brûlé vif lorsque sa vieille bicoque en bois s?est transformée en brasier lundi soir. Des volutes de fumée s?échappaient encore des ruines jeudi après-midi. Le feu couvait toujours sous une poutre réduite en charbons ardents.

Au sol, traînent des plats en aluminium et des débris de verre. Des vêtements, partiellement carbonisés, sont empilés à côté d?un lit à ressorts. Les décombres sont restés tels quels depuis que le corps du malheureux et deux carcasses de chèvres ont été retirés le soir de la tragédie. José Balam, 53 ans, connu sous le nom d?Iris dans ce village habité en grande partie par des nantis, était un homme solitaire. Sa belle-s?ur et sa nièce qui habitent à cinq mètres de sa bicoque ne savaient presque rien de lui, sauf qu?il était pêcheur et qu?il n?avait pas de pirogue.

Sans femme, sans amour, sans famille, Iris vivait de crabes et de homards qu?il capturait en plongeant et en posant des casiers. On ne lui connaissait qu?un seul vice : l?alcool. Il faisait souvent douze kilomètres à pied pour avaler quelques grogs dans les bars et boutiques de Poste-de-Flacq. « Li ti ène bon boug. Tou dimoune ti conne li ici, zot tou ti camarad are li. Bane là ti appel li Bon Tan », confie le gérant du St-Maurice Bar. « Li ti ène dimoune ki ti kontan batte so zafer. Mais zamé li réfuse rane dimoune service. So bane crabe et homard li ti pé place la mem », ajoute Johnny Simon, un marchand de plage habitué des lieux.

Hormis ses camarades de beuverie, ses proches ne savent rien de lui. Depuis que ses parents avaient déménagé à Poste-de-Flacq il y a des années, il vivait en marge de la société, misérablement, sans eau courante ni électricité. Il n?allait qu?à la pêche et ne fréquentait que les bars.

Ce qui expliquerait pourquoi il est rentré chez lui éméché lundi soir. Il aurait provoqué l?incendie par accident, en allumant une bougie pour éclairer sa cabane. Les bourrasques de cette nuit-là ne lui ont laissé aucune chance. Il est mort, prisonnier des flammes, sans que ses proches ou ses voisins n?aient pu le sauver. Une triste fin pour le solitaire.

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