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Le festival de Venise veut tirer parti des faiblesses de Cannes

7 septembre 2003, 20:00

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Au fil des ans, Woody Allen égrène ses virginités. Après avoir longtemps évité les mondanités, il a participé à la cérémonie des Oscars. En 2002, il était sur scène pour l?ouverture du Festival de Cannes. Et le voici, dix-huit mois plus tard, pour la première fois, au Palais du cinéma de Venise, pour l?inauguration de la 60e Mostra internazionale d?arte cinematografica, ce 27 août.

Le cinéaste new-yorkais est venu présenter Anything Else. Avant la projection, il monte sur scène aux côtés du directeur du Festival de Venise, Moritz de Hadeln, pour dire son compliment, qu?il tourne à merveille. Il prévient : ?Je ne regarde jamais mes films. Il y en a que j?ai réalisés en 1968 que je n?ai jamais revus. Alors, ne vous étonnez pas, quand les lumières se rallumeront, si je ne suis pas là. J?espère que vous aimerez, sinon, je ferai plus d?efforts l?année prochaine.?

Le public vénitien, ravi, applaudit. La cérémonie d?ouverture a traîné en longueur, mais la direction du Festival, en place depuis 2002, a fait plus d?efforts que l?an passé, le millésime s?annonce excellent. Après les tribulations du Festival de Cannes en 2003 ? une édition que le New York Times a estimée ?la pire jamais vue? ? Venise débute avec de sérieux atouts. Moritz de Hadeln n?a certes pas récupéré les fameux films qui ont manqué à la Croisette : on attend toujours Wong Kar Waï, et Jane Campion a préféré montrer In The Cut, son film new-yorkais, au Festival de Toronto. Et si les frères Coen présentent à Venise Intolerable Cruelty, une comédie avec George Clooney et Catherine Zeta-Jones, c?est hors compétition et sous le statut de ?work in progress? ? oeuvre en cours d?achèvement.

Bien sûr, il y aura des stars : Nicolas Cage viendra pour défendre Les Associés, une comédie de Ridley Scott, et Robert Benton présentera The Human Stain, adaptation du roman de Philip Roth, avec Anthony Hopkins et Nicole Kidman. Mais l?intégralité des films américains (et pas seulement hollywoodiens, puisqu?on découvrira Cigarettes and Coffee, qui marque le retour de Jim Jarmusch) est présentée hors compétition. Le jury, présidé par le vénérable Mario Monicelli, 89 ans, assisté des réalisateurs Ann Hui et Pierre Jolivet, des acteurs Stefano Accorsi et Assumpta Seran, du directeur de la photographie Michael Ballhaus et du producteur Monty Montgomery, devra donc départager vingt films venus du ?reste du monde? cinématographique, réalisés aussi bien par des figures historiques (le doyen, le Portugais De Oliveira), de quasi inconnus (le Coréen Im Sangsoo) ou des représentants des jeunes générations du cinéma d?auteur français (Noémie Lvovsky, qui présente Les Sentiments ) ou chinois (Tsai Minliang, venu sur le Lido avec Bu San ). La dose de polémique indispensable à la réussite d?un festival devrait être apportée par Bruno Dumont, qui montrera 29 Palms, résultat d?une incursion dans le désert californien, mais aussi par Marco Bellocchio, dont Buongiorno, notte traite de l?assassinat du premier ministre Aldo Moro par les Brigades rouges en 1977. Enfin, si l?on peut distinguer une inclination géographique dans cette sélection, elle dirige les regards vers la Méditerranée et ses rivages méridionaux et orientaux.

Distinction pour Omar Sharif

Raja, de Jacques Doillon, est ancré dans la réalité du Maroc, la réalisatrice libanaise Randa Chahal Sebbag a tourné Le Cerf-volant, une fiction située à la frontière de son pays avec Israël, et Amos Gitai présentera Alila, comédie noire dont les personnages se débattent de l?autre côté de cette frontière, au moment des dernières élections. Pour confirmer cette orientation orientale, un Lion d?or pour l?ensemble de sa carrière doit être remis à Omar Sharif, qui par ailleurs revient au cinéma dans M. Ibrahim et les fleurs du Coran, de François Dupeyron, présenté hors compétition. Le deuxième récipiendaire de cette distinction sera le plus hollywoodien des Italiens, le producteur Dino De Laurentiis, passé de Fellini à Hannibal Lecter, qui prépare en ce moment, à 84 ans, son Alexandre le Grand.

Il faut ajouter à ce programme deux sélections parallèles, Controcorrente et Nuovi Territori. Dans la première, on retrouvera des films venus d?endroits exotiques (Thaïlande, Inde, Lettonie) mais aussi de cinéastes confirmés (Raoul Ruiz) ou célèbres (Sofia Coppola). Les ?nouveaux territoires? se situent, eux, plutôt à la frontière entre cinéma et vidéo. Malgré ce menu roboratif, la soirée d?ouverture a laissé un parfum de mélancolie. Anything Else est un drôle de film de Woody Allen (mais aussi un film drôle), dans lequel le cinéaste confronte l?un de ses doubles ? ici c?est le jeune Jason Biggs, rendu célèbre par American Pie, qui prend la succession de Kenneth Branagh et de tous les ersatz de Woody ? à une figure tutélaire inquiétante, un rôle que le cinéaste s?est attribué. Les curieux sont repartis déçus, les intimes de Woody Allen (qui se comptent par millions de par le monde) se repassent le film en boucle.

Thomas SOTINEL

© Le Monde Distribué par The New York Times Syndicate

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