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Le fabuleux destin d?Abdool Razack Goburdhun

1 septembre 2006, 20:00

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par Aline GROËME

Un patriarche du début du 20e siècle. Réglant sa vie sur celui de la canne. Guettant les jours de soleil pour faire mûrir ses investissements. Voilà ce qui a permis à Abdool Razack Goburdhun de devenir propriétaire d?une colossale superficie de terrain dans le nord et le sud de l?île.

Fleuron du porte-feuille foncier : 154 hectares à Bassin Blanc. Des terres forestières qui intéressent au plus haut point le Conseil des ministres. En effet, le 11 août dernier, le gouvernement a annoncé son intention de transformer la région en parc national.

Un projet qui passe par l?achat de ces terres. Sauf qu?elles font partie d?une longue et tortueuse histoire de succession. Un partage de biens ayant fait l?objet d?un retentissant procès, après le décès du «bonhomme» Goburdhun.

Un père généreux

De lui justement, ses héritiers gardent le souvenir d?un père généreux. Qui emmène ses six enfants, nés de ses deux mariages, pour des virées en camion. Quand il n?est pas avec sa famille, le «bonhomme» fait le tour de ses vastes terres, n?hésitant pas à dormir sur place le cas échéant.

Abdool Razack Goburdhun est une figure incontournable de Souillac. à l?époque, n?importe qui au village pouvait vous indiquer sa maison, qui se trouvait là où se dresse aujourd?hui le Thanacody College. Les Goburdhun entretiennent des liens de bon voisinage avec les Ramjoorawon, notamment avec leur fille Sohoduth, plus connue comme Sushil. En 1941, elle épouse le docteur Seewoosagur Ramgoolam. Les voisins des Goburdhun deviennent alors les beaux-parents du futur Premier ministre, puis gouverneur général, SSR.

Tout le monde se connaît à Souillac. L?Eid y est un jour de grande fête. Pour marquer la fin du ramadan, Abdool Razack Goburdhun réunit toute la famille chez lui. C?est l?occasion de grandes réjouissances. «Il gâtait ses enfants. Ces jours-là, il distribuait des piles de pièces de monnaie», raconte un héritier. « à celui qui arrachaient ses cheveux blancs avec une pince, il pouvait donner jusqu?à Rs 100, une fortune à l?époque.»

Un proche raconte qu?en ces temps d?avant l?Indépendance, le «bonhomme» n?a pas recours aux banques pour déposer ni son argent, ni ses bijoux en or. «Il gardait ses sous dans des pots de peinture à la cave. Ti gard kass anba matla osi», ajoute-t-il avec un clin d?oeil.

Les anecdotes ne manquent pas pour brosser un tableau de l?étendue de ses richesses. On raconte qu?un jour où il demandait à ses hommes d?aller couper du bois, ces derniers ont refusé. «Nou pa kone pou ki sann la sa later la.» Lui insiste, finit par les persuader en disant que ce n?est pas grave et que personne ne s?en apercevra. Des années plus tard, l?arpentage des terrains montrera que ce terrain appartenait à Abdool Razack Goburdhun. Le savait-il ? L?histoire ne le dit pas.

L?inventaire du trésor

D?aussi grandes richesses impliquent de grandes espérances. à la troisième génération, la succession Goburdhun ? née des six héritiers ? compte une soixantaine d?héritiers. Ils constituent aujourd?hui un clan d?environ 200 personnes.

Au décès du «bonhomme», c?est le cafouillage. Il semblerait, nous raconte un membre de la famille, que certains des héritiers présents dans la maison de Souillac à ce moment-là, s?approprient des liquidités et des bijoux. D?autres, mécontents, entrent alors une action en cour pour mettre fin au «pillage».

L?inventaire du fabuleux trésor de Razack Goburdhun commence le 28 avril 1966. Conduit par le notaire Edgar Raoul de Robillard, l?inventaire, rédigé en plusieurs étapes, est achevé le 16 novembre 1966. La cour nomme le notaire Gaëtan de Chazal comme administrateur et liquidateur.

Prévoyant, Razack Goburdhun a laissé un testament consigné le 30 juillet 1959. Dans ce document, il cite deux de ses fils et l?une de ses filles, nés de son deuxième mariage. à ces trois personnes, il laisse la quotité disponible. Selon la loi, cela représente un quart des biens dont une personne peut disposer librement. Cette part peut être léguée soit par donation, soit par testament à un ascendant ou un descendant en ligne directe. à ces enfants, le «bonhomme» lègue également tout le mobilier se trouvant dans la maison familiale.

Procès pour le partage

Le procès pour le partage des biens débute en 1967. «Je pense pouvoir dire sans me tromper que c?est le plus long procès de succession que le Masters Court a connu», explique un proche. Des procédures qui dureront ?tenez-vous bien, 23 ans. La décision finale de la cour ? celle qui détermine la part légale de tous les héritiers de ligne directe (les six enfants de Razack Goburdhun) sera rendue le 19 juillet 1990.

Complication supplémentaire versée au dossier : l?un des héritiers, «ne voyant rien venir» prend à sa charge un terrain de 100 arpents situé à Saint Martin. Même s?il n?est pas en possession d?un titre de propriété, il accordera deux douzaines de baux sur ce terrain, ce qui donne lieu à un nouveau procès au début des années 80, pour évacuer environ 25 squatters. «C?est seulement quand les squatters ont été délogés que l?arpenteur a pu faire son boulot et mesurer la superficie du terrain», explique l?une de nos sources.

Il ressort que l?Etat est déjà propriétaire d?un terrain ayant fait partie de la succession Abdool Razack Goburdhun. Il s?agit d?une parcelle de terre située en bordure de la route principale de Souillac. Elle a été achetée par l?état ( compulsory acquisition) pour la construction d?une école. Une transaction effectuée il y a une vingtaine d?années.

Bassin Blanc, futur parc national

«Un petit coin de paradis.» Appréciation écologique d?un héritier ? Un commentaire qui ne perd pas de vue l?aspect commercial de la transaction. Derrière le silence de la forêt se cache des enjeux économiques.

Selon nos sources, la forêt de Bassin Blanc a deux propriétaires : la General Mercantile Agencies possède 134 hectares et, l?autre, la succession Abdool Razack Goburdhun, dispose de 154 hectares. Un site englobant le lac formé dans le cratère éteint de Bassin Blanc ? le c?ur du site ? Montagne Cocotte, le site de Les Mares et des cascades. Là où poussent des «tatamaka», du bois de natte, et une soixantaine d?espèces de fougères, entre autres.

● Projet d?élevage de cerfs

L?intérêt du gouvernement pour cette région ne date pas d?hier. Cela fait maintenant une vingtaine d?années que les héritiers ont été informés des intentions de l?état. «Nous avons dû abandonner le projet d?élevage de cerfs que nous voulions mettre sur pied», confie avec une certaine amertume, l?un des héritiers.

«Depuis 20 ans, les terres sont restées en l?état».

Déception aggravée par l?existence d?un précédent. En effet, il ressort que ce n?est pas la première fois que l?état souhaite procéder à l?achat obligatoire de terres appartenant à la succession Abdool Razack Goburdhun. Deux décennies sont passées depuis que le gouvernement a acheté une parcelle de terre Goburdhun située le long de la route principale de Souillac pour y construire une école. Prix de l?achat : Rs 250 000, coquette somme à l?époque. Notre interlocuteur est résolu. «Si le gouvernement nous donne des pistaches, nous allons nous battre. Nous sommes prêts à aller très loin, par exemple à faire appel à un expert sud-africain pour déterminer la valeur de ces terres».

Un héritier qui évoque aussi la route construite par la Development Works Corporation en 1980 pour «couper la forêt en deux», de Surinam à Plaine Champagne. «à l?époque, personne n?a protesté comme dans le cas de la vallée de Ferney.»

Impressionnant inventaire

Ce n?est qu?un extrait, mais il est imposant. L?inventaire des biens terriens d?Abdool Razack Goburdhun établi suite à son décès parle, entre autres, de :

? 154 hectares dans la région de Bassin Blanc

? 800 arpents à Mare Sèche dans le Nord

? 100 arpents à Saint Martin près de Baie-du-Cap dans le Sud

? 51 toises, avec un vieux bâtiment dessus, à la rue Farquhar près du marché central («prime position»)

? 24 arpents de forêts en toute propriété qui se trouvent à côté du Nature Park

? 500 arpents de forêt («mountain reserve»)

? 50 perches à Combo près de Saint Félix dans le Sud

? une portion de terrain située en bordure de la route principale de Souillac. Elle a été achetée par l?état («compulsory acquisition») pour la construction d?une école.

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