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Le défi de la qualité
Étudier à l’étranger, le rêve de nombreux jeunes. Tant le diplôme d’une université étrangère reconnue que la vie estudiantine attirent. Mais cela représente un coût que de nombreuses familles ne peuvent s’offrir d’autant que la roupie se déprécie de plus en plus par rapport aux monnaies étrangères.
Ce qui explique en partie que la demande pour la poursuite d’études à Maurice augmente. L’université de Maurice (UoM) se voit obliger de refuser de nombreux postulants et à adopter des standards d’entrée qui peuvent apparaître élitistes. Certains se tournent donc, et pas nécessairement par dépit, vers les organismes privés.
Les institutions privées opèrent une sélection moins stricte des étudiants qu’elles accueillent, comparativement à l’UoM. La capacité d’encourir la dépense nécessaire pour l’inscription dans de telles institutions compte tout autant que les résultats obtenus au Higher School Certificate. Cela ne signifie pas nécessairement que la qualité des cours est moindre mais plutôt que certains étudiants ont choisi ces organismes parce qu’ils n’ont pas été acceptés à l’UoM. Roshan B., 22 ans, étudiant en comptabilité au Charles Telfair Institute, ex-DCDM Business School, confie : “C’est un peu par dépit que je me suis inscrit à la DCDM Business School. Je n’avais pas le niveau requis pour l’UoM, même si je ne le regrette pas aujourd’hui.”
Ces organismes privés sont de natures différentes. Souvent affiliés à des institutions étrangères, ils proposent des diplômes portant le sceau de leur partenaire. Il ne s’agit pas toujours d’institutions internationalement reconnues. On joue davantage sur la supposée valeur ajoutée d’un diplôme venant de l’étranger. Qu’il s’agisse d’éducation à distance comme le fait la Mascarene Academy of Law Economics and Management (Malem), de branches d’universités étrangères comme le Jeetah Trust affilié à l’indienne Eastern University, d’institutions qui assurent des cours à temps plein afin de délivrer un diplôme d’une université étrangère à l’instar du Charles Telfair Institute, tous ces organismes se doivent de répondre à un certain nombre de critères définis par la Tertiary Education Commission (TEC) garantissant la qualité des cursus et diplômes.
Le Dr Mohadeb, directeur exécutif de la TEC, rappelle que “tous les organismes privés doivent être enregistrés auprès de nos services pour recevoir une accréditation selon les dispositions de l’Education and Training Act de juillet 2005”. La plupart des organismes privés d’enseignement supérieur ambitionnent de devenir à terme des universités privées. Or, la réglementation pour l’octroi du titre “université” est très stricte. Le processus que doivent suivre les institutions privées est long et est soumis à l’approbation de la TEC en fonction d’une liste de critères à satisfaire.
Si la TEC attache une importance aux infrastructures, aux ressources humaines et financières, il faut bien voir que le contenu des cours, le niveau des examens et des enseignants répondent aussi aux exigences des universités étrangères. En effet, elles imposent à leurs représentants mauriciens des normes à respecter pour que la qualité des services soit en adéquation de part et d’autre.
En matière d’éducation à distance, la Malem par exemple fournit à ses étudiants les outils pédagogiques qu’elle reçoit de l’université virtuelle sud-africaine Unisa tout en proposant un suivi ponctuel par des professeurs contractuels. Au Charles Telfair Institute, les cours sont assurés à plein temps par des professeurs mauriciens qui suivent les directives définies par l’université australienne Curtin.
Du côté du centre de formation de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), les étudiants bénéficient notamment d’un système de tutorat complété par la tenue de séminaires réguliers assurés par des professeurs de l’Institut d’administration des entreprises de Poitiers, France. En matière d’examens, les sujets et les corrections ne relèvent pas de l’organisme mauricien.
Les services et les méthodes d’enseignement diffèrent. Cela importe moins que la valeur du diplôme obtenu car l’objectif est, bien entendu, d’assurer l’insertion professionnelle des diplômés. Ainsi, Ashraf Joomun, directeur du centre de formation de la CCI se réjouit d’un “taux de réussite supérieur au Brevet de technicien supérieur qu’à la Réunion avec 85 % et surtout d’une période de recherche d’emploi n’excédant que rarement trois mois, preuve d’une bonne insertion professionnelle et donc d’une formation semble-t-il efficace”.
Une source proche du comité organisateur du dernier Job Fair pense que les pouvoirs publics, notamment la TEC, n’ont pas les moyens d’assurer la qualité des formations dispensées par les institutions privées. “Il y a un problème de ressources et de capacité pour opérer un suivi régulier et sérieux de l’ensemble des formations proposées”, remarque-t-il. Si l’on se veut rassurant du côté de la TEC, il n’empêche que les critères retenus pour apprécier le niveau des enseignements devraient répondre à des exigences plus strictes.
<I>“Seule une qualité avérée des enseignements, formations et donc diplômes, de toute institution d’éducation tertiaire mauricienne permettra à Maurice de s’affirmer comme un pôle régional du savoir.”</I>
Dès lors, si l’on prépare des étudiants à l’obtention d’une licence ou d’un master, on est en droit d’attendre que les enseignants aient au moins un niveau master. Cependant, il semblerait qu’un manque de main-d’œuvre qualifiée explique que seulement “35 % du personnel enseignant doit être titulaire au moins d’un diplôme de 3e cycle – master ou doctorat”, selon les critères de la TEC pour l’obtention du titre d’université privée. À bien des égards, le ratio semble relativement faible et ne peut garantir une qualité d’enseignement suffisant dans un tel contexte.
C’est pourquoi les enseignants titulaires d’un BSc Honours poursuivent dans certains cas leur formation en parallèle afin d’être à même de dispenser des cours d’éducation tertiaire.
Prouver la qualité de l’enseignement supérieur n’est pas entreprise aisée. Les discours de chacun des organismes approchés sont auto-laudatifs. C’est bien aux pouvoirs publics d’attester la qualité des diplômes auxquels prétendent les étudiants mauriciens optant pour les institutions privées. Le partenaire étranger lui aussi a un rôle à jouer en s’assurant que les services correspondent bien aux mêmes standards appliqués chez lui.
Les différents organismes devraient, à terme, pouvoir délivrer leurs propres diplômes, des diplômes reconnus, sans avoir recours à une institution étrangère. Si certains organismes privés, à l’instar du Charles Telfair Institute, se lancent dans la procédure pour l’obtention du grade d’université – en l’occurrence privée, force est de reconnaître que le chemin sera long avant de pouvoir délivrer des diplômes mauriciens ayant une reconnaissance internationale.
<I>“La plupart des organismes privés d’enseignement supérieur ambitionnent de devenir à terme des universités privées. Or, la réglementation pour l’octroi du titre ‘université’ est très stricte.”</I>
Pour Ameena Gurib-Fakim, pro-vice chancelière de l’UoM, “la compétition avec les organismes privés est saine et nécessaire. Cela nous permet de proposer une panoplie de formations supérieures plus importante et certainement de meilleure qualité”. En effet, il s’agit bien d’une concurrence. Concurrence sur un marché pour certains car omettre que certains acteurs visent la profitabilité de leur institution relève de la naïveté. L’éducation supérieure est un service, un droit qui, dans une certaine mesure, se privatise et se commercialise.
La volonté politique de faire de Maurice un knowledge hub s’inscrit en filigrane dans cette problématique. Seule une qualité avérée des enseignements, formations et donc diplômes, de toute institution d’éducation tertiaire mauricienne permettra à Maurice de s’affirmer comme un pôle régional du savoir.
Un contrôle strict des organismes doit être effectué, tant d’un point de vue interne qu’externe, qu’à travers des inspections prévues ou inopinées, avec l’aide d’experts étrangers s’il le faut, tout en encourageant la formation – et le retour – des cerveaux et compétences mauriciens. Pour cela, le ministère de l’Education et la TEC doivent avoir les ressources humaines et financières suffisantes pour assurer le suivi des services que l’on souhaite non seulement proposer aux étudiants mauriciens, mais aussi aux étudiants de la région.
Gilles RIBOUET</B>
<B>Des idées reçues qui ont la peau dure…</B>
■ Des discussions informelles avec des jeunes étudiants ou employés fait apparaître le constat suivant : un diplôme de l’étranger semble plus valorisant et apprécié qu’un diplôme mauricien. Sans remettre en cause la qualité de l’enseignement de l’UoM ou autres institutions, ces jeunes gens pensent qu’un employeur aura tendance à préférer un détenteur d’un diplôme d’une université étrangère. Pour justifier leur opinion, ils replacent le diplôme mauricien sur le plan de la concurrence internationale… C’est que dans une certaine mesure, s’ils sont diplômés, peu d’entre eux souhaitent rester ou revenir à Maurice.
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