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Le défaut de soins
par Shirin AUMEERUDDY-CZIFFRA
Un bébé laissé seul à la maison meurt dans un incendie. Un tout petit se noie. Une petite fille est écrasée par le véhicule de son père. La presse a fait état récemment d?un nombre impressionnant de malheurs qui ont choqué la population.
Qui est responsable ? Comment peut-on prévenir de tels ?accidents? ? C?est précisément le type de réflexion que nous voulons provoquer pendant notre Campagne nationale de la prévention de la violence contre les enfants.
Les actes violents peuvent être commis en toute connaissance de cause, par ignorance, négligence ou par inconscience. C?est ce qu?on appelle ?child neglect, failure to thrive?, le défaut de soins, les privations, la négligence ou même l?abandon.
A moins d?avoir pour résultat immédiat des blessures graves, voire la mort d?un enfant, cette forme de violence peut passer inaperçue. Il peut s?agir d?un acte ou d?une omission des parents ou d?autres personnes responsables de l?enfant. Cette ?maltraitance? affecte négativement le développement de l?enfant.
Donner naissance à un enfant doit être un acte réfléchi. On doit pouvoir lui donner tout ce dont il a besoin pour son développement harmonieux : une nourriture appropriée selon son âge, des soins élémentaires pour prévenir les maladies ou les traiter. Pourtant, il y a encore des parents qui négligent même de faire vacciner leurs enfants.
Il n?y a malheureusement pas de statistiques pour expliquer la mort de tous les enfants qui disparaissent avant l?âge d?un an (250 en 2003) ou entre un et cinq ans (59). On parle de causes externes et d?empoisonnement. La même année, 134 d?entre eux sont morts à cause des conditions périnatales, ce qui devrait nous interpeller sur les conditions de la grossesse et de l?accouchement.*
Un enfant a besoin non seulement d?un toit où il peut être à l?abri des intempéries, mais aussi d?un espace minimum vital pour s?épanouir. De plus, il doit avoir accès à un environnement immédiat sain.
Ensuite, il faut lui donner une éducation qui doit lui fournir des connaissances précises, mais aussi le préparer à affronter la vie, à coexister avec les autres en les respectant et à devenir un citoyen responsable. Mais tant qu?il est encore jeune et vulnérable, il faut le protéger. La Convention des droits de l?enfant lui donne tous ces droits de base qui ne sont pas toujours respectés.
Chacun doit se responsabiliser, en premier lieu les parents. Le planning familial est indispensable pour tous les couples même s?il semble que, du point de vue démographique, nous ayons très bien réussi. Cependant, il est important de veiller à ce que les familles puissent comprendre les conséquences de grossesses nombreuses et non désirées.
Souvent, les enfants souffrent parce qu?ils vivent dans une famille monoparentale. Il devient de plus en plus courant d?être né de père inconnu. Il y a aussi ceux dont les parents se séparent et qui les utilisent pour régler leurs comptes, sans se soucier de préserver la relation affective nécessaire entre l?enfant et chacun de ses parents. Certains vont même jusqu?à manipuler l?enfant et le dresser contre l?autre parent. C?est de l?irresponsabilité.
Les enfants peuvent aussi malheureusement naître de parents trop jeunes pour pouvoir les élever convenablement. La famille élargie pourrait aider les jeunes parents. Mais la société a beaucoup changé et les grands-parents ne sont plus aussi disponibles.
L?âge du mariage est fixé à 18 ans, mais à 16 ans le mariage peut avoir lieu si les parents donnent leur consentement. A cet âge, la fille est rarement autonome et elle est souvent immature. Peut-elle véritablement consentir en connaissance de cause ? En outre, si le couple n?a pas reçu une éducation sexuelle, il va procréer très vite sans nécessairement être prêt à assumer la responsabilité de parents.
Enfin, il y a les cas sociaux. Les parents manquent de confiance en eux ou ils ont du mal à se prendre en charge. Certains sont physiquement ou mentalement malades, d?autres sont dépendants de l?alcool ou de la drogue et exposent leurs enfants à ces fléaux.
Lorsque les carences familiales sont graves, l?Etat doit normalement intervenir. Le ?Child Protection Act? donne au ministère chargé du développement de l?enfant le pouvoir de demander aux magistrats un ?Protection Order?. Cela permet d?enlever l?enfant et de le placer dans un foyer temporaire (shelter). Ensuite, les parents peuvent donner leur version, et si le magistrat considère que l?enfant est effectivement en danger chez ses parents, il peut accepter de donner l?ordre de placement dans une institution ou chez une famille d?accueil, pour une période donnée.
Le principe est qu?il faut donner à l?enfant un lieu où il serait en sécurité et pourrait mieux s?épanouir.
En attendant, il faut un accompagnement de la famille pour la réhabiliter. Car dans l?idéal, l?enfant devrait retourner chez sa famille. Mais cela suppose l?engagement de travailleurs sociaux sur une période quelquefois assez longue. Or, il n?y a pas véritablement de personnes formées et disponibles pour effectuer ce travail spécialisé. Les fonctionnaires affectés à cette tâche sont peu nombreux et ne peuvent assurer le suivi d?affaires de plus en plus nombreuses. Pour l?année 2004, 3 141 cas ont été signalés à la ?Child Development Unit?, dont 289 concernaient le défaut de soins. Ces chiffres sont bien en dessous de la réalité car bien que la loi impose au personnel enseignant et au corps médical de signaler les cas de maltraitance, ils ne le font pas souvent.
La Convention dit clairement que l?Etat doit aider les familles dans le besoin. La politique de développement doit être définie en fonction des impératifs économiques et sociaux pour la population dans son ensemble. D?importants progrès ont été accomplis, mais le terrain reste miné. Il n?est pas facile de définir une politique sociale qui peut enrayer tous les fléaux. Mais certaines stratégies ont donné des résultats ailleurs. Il faut donc s?en inspirer. Conformément à notre mandat, nous avons déjà présenté quelques propositions au gouvernement. Nous en reparlerons.
Annual Digest of Statistics 2003
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