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Le début de la fin ?
La voix du peuple est peut-être celle de Dieu. Mais Dieu n?a pas toujours raison. Le peuple est crédule. On le berne facilement, pour peu qu?on lui tienne le langage qu?il veut entendre, tout en le confortant dans ses travers. En ce moment même, des bonimenteurs sont à l??uvre. Ils font croire, à ceux qui les écoutent, qu?aider les pau-vres en leur versant une aide financière directe est un moyen assuré de dilapider l?argent public et de générer d?autres problèmes. Bref, que le ciblage ne sert à rien !
Si on accepte que le plus fervent défenseur du ciblage est le ministre des Finances, Rama Sithanen, logiquement, pour trouver celui qui s?oppose avec le plus de véhémence à lui? on devrait aller chercher du côté de l?opposition. On aurait tort. Le meilleur ennemi du ministre des Finances semble se trouver dans son propre camp et dans sa propre circonscription. En la personne de sa colistière : Nita Deerpalsing.
La pasionaria de la frange socia-lisante du Parti travailliste ne pouvait que monter au créneau cette se-maine. Car Sithanen, il est vrai, a eu l?outrecuidance? d?être honnête.
En disant que des hypocrites au sein du gouvernement se targuent de vouloir tout faire pour éradiquer la pauvreté dans le pays, mais rechignent à adopter la solution du ciblage. En précisant que cette politique est vouée à l?inefficacité et à l?échec.
Nita Deerpalsing est donc apparue om-niprésente dans les pages « forum » de journaux, et sur les radios privées pour dénoncer à son tour ces « inconscients » qui ont cru que le ciblage pourrait s?avérer efficace. Dans un exercice de haut vol, elle est arrivée à écrire des milliers de mots et à parler des dizaines de minutes au micro d?une radio? sans appeler un chat un chat. Sans finalement critiquer frontalement son colistier Sithanen.
Drôle d?attitude, quand on sait que la députée rouge est allée dire qu?une politique de ciblage pourrait, ni plus ni moins, mener le pays à une deuxième bagarre raciale. Rien que ça ! On pourrait pourtant légitimement demander à Nita Deerpalsing d?assumer pleinement ses responsabilités et de nommer ce dangereux personnage qui risque de mettre le pays à feu et à sang, à cause d?une politique économique insensée.
Nita Deerpalsing en a toutefois assez dit pour que chacun reconnaisse qui elle vise. Et justement, le fait qu?elle identifie aussi clairement la personne qu?elle attaque nous pousse à nous poser certaines questions. Ceux qui voient fonctionner le Parti travailliste savent à quel point Navin Ramgoolam le dirige d?une main de fer. Et fait régner une discipline à la-quelle personne n?ose déroger. Pour que Nita Deerpalsing fasse une sortie en règle, deux séries d?événements ont dû se produire.
D?abord le Premier ministre a dû re-venir sur sa posture de fin d?année. En effet, lors de son message télévisé du nouvel an, Navin Ramgoolam avait laissé entrevoir sa prédispo-sition à la mise en place d?une politique de ciblage. Pour qu?on questionne désormais cette politique, Ramgoolam a dû changer d?avis en cours de route.
C?est effectivement ce qui s?est passé. Le Premier ministre s?est laissé aller à écouter ceux, députés et ministres, qui l?ont assuré qu?une politique de ciblage passerait mal dans l?électorat. Ces personnes semblent l?avoir convaincu. On ne peut que déduire cela. Sinon Sithanen ne se serait pas avancé à déclarer à « l?express-samedi » qu?il « ne pense pas que l?État appliquera le ciblage ».
Ensuite, se posent une série de questions sur l?avenir et le statut même de Sithanen au sein de ce gouverne-ment. Il faut rappeler que le ministre des Finances est vice-Premier minis-tre et détient l?un des maroquins clés dans la mise en ?uvre de la politique du gouvernement. Comment diable alors, une simple députée peut-elle se permettre de s?en pren-dre aussi frontalement ? et violemment ? à lui ? Elle a sans doute un soutien implicite. Ou pire encore, explicite du Premier ministre, pour sonner l?hallali en direction d?un Sithanen aux abois.
Vu le déroulement des événements, on ne peut s?empêcher de se deman-der si les ficelles du scénario « bef travay souval manze » ne sont pas en train d?être nouées. Se débarrasser de Sithanen et faire de lui la victime expiatoire de tous les dé-gâts collatéraux de la réforme économique est une tentation. Ramgoo-lam, quelque part, doit être de plus en plus tenté d?y céder, à deux ans des prochaines échéances électorales. Ou à quelques mois d?une nouvelle reconfiguration de son alliance gouvernementale. Le dindon de la farce pourrait bien être Sithanen. Celui qui aura trop réfléchi en économiste et en « policymaker », et pas assez en politicien.
Si dans le pire des cas Sithanen doit partir, il aura au moins prouvé à ceux qui voudront rester lucides sur sa performance, qu?il a commencé à remettre l?économie sur les rails. Tout en la modernisant. Et qui sait, peut-être qu?au niveau personnel, il se sera enrichi d?une autre leçon. Même quand on partage une grande amitié avec un Premier ministre, il reste toujours difficile d?avaler couleuvre sur couleuvre. Même si on vous les tend amicalement avec un petit verre de « Blue Label » !
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