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Le duty free désoriente l?opposition

10 avril 2005, 00:00

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Budget « la bousse dou » ou exigences des instances internationales ? L?opposition n?arrive pas à trouver l?angle électoralement correct pour contrer les principales mesures « populaires » contenues dans le budget présenté lundi après-midi par le vice-Premier ministre et ministres des Finances.

Et pour cause ! Elle avait annoncé dès lundi à son meeting de Rose-Belle et au moment même où Pravind Jugnauth égrenait ses mesures budgétaires, qu?elle proposerait un « budget correctif ». Qui chercherait à atténuer les effets pervers de celui de la majorité actuelle en cas de victoire de l?équipe menée par, le leader de l?opposition, Navin Ramgoolam.

À l?heure où ce dernier tenait de tels propos, il n?avait pas encore pris la juste mesure de l?impact des baisses des tarifs douaniers sur le prix de vente de 1 850 catégories de produits.

C?était mal connaître la ruse gouvernementale et le jeu de l?offre et de la demande. Dès mardi matin, le ministère du Commerce intérieur faisait comprendre que ces réductions devaient se répercuter rapidement sur les étagères. Certains commerçants, notamment ceux qui vendent de l?électroménager, ne peuvent faire autrement. La rue n?en demande pas mieux.

« Une perversion de la démocratie »</B>

L?opposition sent qu?elle ne peut pas nager à contre-courant. Aussi, lorsque Rama Sithanen intervient en milieu de semaine sur Radio One, il se fait fort de préciser qu?un éventuel gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam n?entendrait pas annuler les baisses des tarifs douaniers. Il cible les non-dits. « L?économie est le parent pauvre de ce budget. » Il déplore le manque de mesures pour atténuer le chômage, le déficit budgétaire, le poids de la dette et les mesures pour relancer la croissance.

Navin Ramgoolam fait de même lorsqu?il s?adresse à la Chambre mercredi. Son intervention, scindée en deux à cause de la pause-déjeuner, dure 95 minutes. Il est souvent interrompu par des députés de la majorité qui jubilent. Pas question de remettre en cause les baisses de prix.

Il voit, dans la présentation du budget et à quelques jours de la dissolution, « une perversion de la démocratie ». Parle d?élection « mardaye » en perspective, d?absence de mesures monétaires, d?indicateurs bien en deçà des prévisions de l?an dernier. Bref, il reprend dans les grandes lignes les repoches que l?opposition ne cesse d?adresser depuis de nombreux mois au gouvernement du jour. Une équipe, qui est, dit-il, « high on promises, low on delivery ».

Lorsqu?il rencontre la presse vendredi, Navin Ramgoolam se garde une fois de plus de remettre en cause les baisses de tarifs douaniers. D?où son exercice de funambule et sa tentative non seulement de taxer le budget de cadeau électoral ? bidzet la bous dou. Mais aussi de le situer comme simple conséquence des réductions tarifaires introduites dès 1994, à la requête de l?OMC et de la SADC.

Des arguments qui risquent néanmoins de laisser le consommateur insensible, tant ce dernier se laisse gagner par la frénésie du shopping.

L?Assemblée en pré-campagne

Le Parlement sera vraisemblablement dissout fin avril 2005. À écouter les PNQ et leurs réponses, il semble clair que la retenue n?est plus de mise. Une ambiance de campagne a pris le dessus sur les arguments et les débats de fond. Le ton est résolument polémique y compris lors qu?on discute du rapport N?tan. La majorité assure qu?il n?y aura pas de tentative de cover-up, l?opposition s?évertue à dire le contraire. En soutenant que les experts de Ntan n?ont pu faire d?examens approfondis. Les points of order s?enchaînent et les vifs échanges. La responsabilité des ministres des Finances des gouvernements successifs est revenue constamment. Les anciens grands argentiers travaillistes, Manou Bhennick et Rama Sithanen sont sous les feux du gouvernement dans le cadre de l?affaire. L?opposition, elle, se penche sur le rôle qu?auraient joué l?ancien Premier ministre Sir Anerood Jugnauth et Pravin Jugnauth, alors conseiller légal de la MCB de 1990 à 2000. On entend traiter le gouvernement d?« irresponsable et capon ». Et un sommet est atteint dans l?invective au moment où le ministre du Commerce intervient sur la duty free island en sollicitant la coopération de l?opposition. James Burty David réclamant des élections générales d?abord, se voit traité de « bouffon ». Après avoir lui-même qualifié le gouvernement de « Dracula ». Un Dracula qui aurait « sucé le sang des malheureux » pendant quatre ans de « plateventisme » gouvernemental devant le gros capital (rires dans l?hémicycle). On retrouve les saillies de vocabulaire qui émaillent une période pré électorale. Que le ministre Anil Gayan parle de vision gouvernementale, de « dreams » en matière de tourisme et de trafic aérien, et l?assemblée tout entière va de plus belle avec son vocable fleuri.

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