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Le droit de savoir
Il s?agit d?une des plus graves attaques contre le droit à l?information et pourtant elle ne vient pas d?un énième politicien offusqué des propos d?un journaliste. Hier, ce fut au tour du vicaire général de l?Eglise catholique, Jean-Maurice Labour, de prendre à partie la presse et d?évoquer l?usage du bâillon à son encontre. ?Gagging order, ça existe?, menace-t-il.
Le vicaire général s?emporte parce que le témoignage du suspect Ruhumatally dans l?affaire du vol des Rs 51 millions à la MCB a été diffusé dans la presse ?sans que la police n?ait eu le temps d?en vérifier le bien-fondé?. Mais ce qui choque, c?est que le religieux exerce son esprit critique de façon sélective. Il réagit maintenant seulement alors que la publication de dénonciations venant de politiciens, d?hommes d?église ou de malfrats est une pratique courante et quotidienne dans la presse à travers le monde. Une allégation n?est pas une preuve, mais elle est une information. Par exemple, les allégations du trafiquant repenti Antoine Chetty contre le député Dev Hurnam avaient été publiées en long et en large dans tous les journaux. Personne, en tout cas aucun curé, ne s?en est trouvé offusqué.
Dans l?affaire de la MCB, qui intéresse légitimement au plus haut point l?opinion publique, la presse ne fait que son devoir en rapportant l?arrestation des suspects et les explications qu?ils donnent à la police. Ce sont des informations qui doivent être portées à la connaissance du public.
Certes, nous devons exercer davantage de circonspection dans le traitement d?une information de cette nature. Dans la présente affaire, ?l?express? a attendu la déposition formelle de Ruhumatally, faite aux Casernes centrales en présence de son avocat, avant de faire état des allégations contre Gérald Lagesse. En vérité, dès dimanche nous avions des indications à l?effet que certains enquêteurs penchaient pour la thèse d?un hold-up maquillé. Mais, nous avions jugé qu?à ce stade de l?enquête policière il n?y avait pas suffisamment d?éléments justifiant la diffusion de cette information.
Quand le suspect Ruhumatally a donné sa version des faits, mardi, et que nous en avons confirmé le contenu auprès de sources proches de la défense et auprès des enquêteurs, nous avons estimé que l?information, car c?en est une, mérite d?être publiée. On ne comprend pas les raisons pour lesquelles le curé nous accuse de ne pas avoir censuré l?information. En vertu de quel raisonnement fallait-il imposer le black-out ? Publier cette information ne fait pas de Gérald Lagesse un coupable. Seuls les enquêteurs, et éventuellement la justice, peuvent désigner les coupables.
Nous sommes conscients que la police n?est pas en possession de tous les éléments du hold-up et qu?aucune culpabilité n?est encore établie. Pour l?instant, il n?y a que des allégations pas encore corroborées et des pistes. Ainsi nos journalistes ont donné à leurs textes un caractère conditionnel et non affirmatif. Nous rapportions, hier, que, selon Ruhumatally, ?Gérald Lagesse aurait monté une mise en scène pour camoufler un vol.?
La démarche que nous avons adoptée dans cette affaire est fidèle à notre mission qui consiste à répercuter toute information d?intérêt public. Déjà quand l?Eglise catholique accusait le syndicaliste Tengur d?agir par intérêt et de ne rechercher qu?une place pour sa fille dans un collège confessionnel, l?allégation était publiée sans que le journaliste ait jugé nécessaire de prendre ?le temps d?en vérifier le bien-fondé.?
Dans toute cette affaire ce qui est en jeu, c?est le droit de savoir.
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