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Le dollar fragilisé par un recul de l?immobilier

1 novembre 2006, 00:00

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L?euro a repris quelques couleurs au cours de la semaine écoulée, bénéficiant d?une faiblesse du dollar. Il s?échangeait au-dessus de 1,27 dollar, vendredi 27 octobre, alors qu?il valait à peine plus de 1,25 dollar en début de semaine. Il s?est essentiellement apprécié jeudi et surtout vendredi, après quelques mauvaises nouvelles concernant l?économie américaine.

Jeudi, le dollar a été miné par des données du marché immobilier américain, que les opérateurs suivent avec attention car ce pan de l?activité pourrait faire chuter l?économie dans son ensemble. Les prix de vente des logements neufs aux États-Unis ont accusé en septembre leur chute la plus spectaculaire en trente-cinq ans, perdant 9,7 % sur un an. Une baisse des prix qui a néanmoins permis aux ventes de logements neufs de progresser de 5,3 %.

Vendredi, autre déception pour les cambistes : le ralentissement du rythme de croissance au troisième trimestre a été bien plus fort qu?ils ne l?avaient imaginé. Le produit intérieur brut américain a progressé de 1,6 % en rythme annuel (contre 2,1 % attendus), après une hausse de 2,6 % au deuxième trimestre.

Ce brusque fléchissement s?explique en particulier par une contraction de 17,4 % sur un an des dépenses pour les logements neufs, leur plus forte baisse depuis quinze ans et demi. L?investissement des entreprises s?est en revanche bien tenu (+ 8,6 %) et la consommation des ménages a augmenté de 3,1 %.

Les dernières indications de la Réserve fédérale américaine (Fed) n?étaient toutefois pas alarmistes. Dans le communiqué qui a accompagné sa décision, mercredi, de laisser son principal taux directeur à 5,25 %, la Fed a souligné que l?économie devrait croître à un rythme modéré et que les tensions inflationnistes devraient se résorber à terme.

?La croissance économique a ralenti depuis le début de l?année, reflétant en partie le ralentissement du marché immobilier?, a indiqué la Fed. Mais ?à l?avenir, l?économie devrait croître à un rythme modéré?, a-t-elle ajouté. Les banquiers de la Fed ont jugé qu??il reste des risques d?inflation?, mais que les pressions inflationnistes ?devraient se modérer à terme?, citant la baisse des prix de l?énergie ou l?effet de ses précédentes hausses de taux.

Côté européen, la Banque centrale européenne (BCE) n?a pas modifié son scénario monétaire au vu du récent ralentissement des indices de prix. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a estimé, jeudi à Strasbourg où il présentait au Parlement le rapport annuel 2005 de la banque, que les ?risques d?inflation restaient élevés pour 2007?, ?en particulier une hausse plus forte que prévu des salaires? et des ?répercussions plus fortes que prévu des hausses précédentes des prix pétroliers?.

Il a laissé entendre que la BCE allait pour le moment continuer de relever ses taux directeurs. ?Si nos hypothèses se confirment, il restera justifié de poursuivre le resserrement monétaire?, a-t-il affirmé. Pour 2006, ?bien qu?ils aient décliné ces derniers mois, les taux d?inflation vont rester élevés, au-dessus d?une moyenne de 2 %?, a souligné Jean-Claude Trichet.

?Il ne faudra pas regarder que les chiffres de l?inflation en septembre qui ont été faibles et ceux du mois d?octobre qui devraient l?être aussi. L?inflation devrait repartir en novembre et décembre?, indique un banquier central.

Ce n?est pas l?idée de Patrick Artus, directeur des études économiques chez Ixis CIB, qui juge que ?la BCE va avoir de plus en plus de mal à justifier des hausses de taux d?intérêt? et ne pourra bientôt plus évoquer le risque inflationniste, ou celui d?une hausse des prix des actifs, si elle veut continuer à monter ses taux directeurs.

Dans une étude parue jeudi, Patrick Artus constate que ?si on met de côté les effets des hausses des taux de Taxe sur la valeur ajoutée en janvier 2007 en Allemagne, on voit qu?on se trouve dans la zone euro sur une trajectoire désinflationniste, due au maintien de hausses très faibles des prix manufacturiers, au retournement à la baisse des prix de l?énergie et en conséquence des transports, au ralentissement des prix des services et à la baisse des prix des télécoms.?

?On voit aussi dans la zone euro un ralentissement assez net des prix de l?immobilier résidentiel, poursuit-il. Cela implique que ni l?inflation des prix des biens et services, ni l?inflation des prix des actifs ne devraient être, à la fin de 2006 et en 2007, des problèmes pour la BCE?, devait-il ajouter.

Pour l?économiste, l?un des seuls motifs que la banque centrale pourra invoquer pour justifier à l?avenir une politique de relèvement des taux, c?est un objectif de stabilisation du crédit au secteur privé.

Les prêts au secteur privé sont en effet toujours aussi dynamiques, bénéficiant du niveau très bas des taux à long terme. Selon les statistiques publiées vendredi, ils ont augmenté de 11,4 % en septembre sur un an, après une hausse de 11,3 % en août.

<B>Cécile Prudhomme

© Le Monde 2006. Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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