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Le difficile pari de la démocratisation de l?économie
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Le difficile pari de la démocratisation de l?économie
Démocratiser l?économie. Vaste projet. Les travaillistes, gonflés à bloc ces derniers temps, ont propulsé le sujet à l?avant plan des préoccupations politiciennes. Pourtant, il s?agit d?un exercice beaucoup plus complexe qu?un simple argument électoral. Les considérations idéologiques et émotionnelles pèsent encore très lourds dans ce débat. L?ingénierie sociale pour mener à bien ce projet ne fait pas l?unanimité.
Le chemin à parcourir est très périlleux. Une transition mal négociée peut mettre en péril une croissance économique déjà pâle. Il y a des choix difficiles à faire. Mais la démocratisation économique n?est pas uniquement un projet social et politique. Il y va de la survie même de l?économie nationale.
La transformation annoncée ne pourra se faire avec le modèle de croissance existant. Il faut absolument accroître les pôles industriels et faire participer à ce processus un plus grand nombre d?acteurs économiques : plus d?investisseurs pour mobiliser les fonds nécessaires au financement des activités et plus d?entrepreneurs pour concevoir et exécuter les initiatives innovantes susceptibles de propulser l?économie à un seuil supérieur de développement.
Les ingrédients de la nouvelle recette : des entrepreneurs de classe mondiale, un environnement business-friendly et surtout, une idée claire des objectifs recherchés. Démocratisation veut dire plusieurs choses : étendre l?accès des citoyens à la propriété (celle des entreprises, entre autres) ; veiller à ce que cette participation se passe dans les meilleures conditions moyennant les normes de la bonne gouvernance ; et encourager et encadrer le sens des affaires de la nation.
Dans tous les cas de figure, il y a une remise en question de la concentration de richesses entre les mains d?un petit groupe. La concentration économique n?est pas unique à Maurice. Même les pays les plus industrialisés, telle la France, ont leurs lots ?de grandes familles possédantes? qui ont un poids significatif dans la richesse nationale. À Maurice, le facteur ethnique est venu compliquer la réflexion autour du sujet.
Les politiques affûtent leurs armes sur ce terrain électoral tout trouvé. Le Parti travailliste (PTR) propose une idée séduisante qui consiste à élargir les opportunités d?entrepreneuriat avec à la clé le démantèlement (les Rouges parlent de unbundling et de outsourcing) du mode d?échanges captifs des conglomérats.
L?entrepreneuriat populaire
Le Mouvement social mauricien, même s?il ne propose rien de révolutionnaire, a un illustre héritage à son actif. Il a été l?architecte du Sugar Investment Trust (SIT) il y a plus de dix ans. Aujourd?hui, plus de 39 000 petits planteurs et employés de l?industrie sucrière sont actionnaires des sociétés usinières, des entreprises de production d?énergie électrique, d?une banque et d?un parc de loisirs notamment.
Le SIT demeure un instrument par excellence de l?accès à la propriété des compagnies ainsi qu?aux biens fonciers. Mais ce succès n?a pu se répliquer ailleurs. Le marché boursier, malgré ses seize années d?existence, n?a pu instaurer une culture d?actionnariat populaire dans le pays. L?ouverture du capital des grandes sociétés au public a été timide.
Les grands groupes maintiennent leur emprise sur la place, même s?il y a eu une montée en puissance des entreprises étatiques telles Air Mauritius, la State Investment Corporation et Mauritius Telecom au cours de ces dernières années.
Le présent gouvernement a abordé la problématique sous un autre angle. Il a préféré cibler la gouvernance des entreprises dont les coffres renferment l?argent des petits actionnaires. Les autorités ont introduit de nouvelles lois et règles pour mieux protéger les droits des actionnaires minoritaires.
Les sociétés sont tenues à se montrer plus transparentes et à être plus redevables envers les investisseurs. Elles ont des comptes à rendre pour expliquer les décisions qui ont une répercussion sur la valeur des actions mais aussi sur la communauté en général. Le petit porteur a son mot à dire, même si généralement, il exerce ce pouvoir à travers des investisseurs institutionnels qui sont plus à même d?influencer les orientations stratégiques des sociétés dans lesquelles ils ont placé l?argent de leurs clients.
L?idée de démocratisation la plus audacieuse demeure l?entrepreneuriat populaire. C?est aussi le plus difficile à réaliser en raison des nombreux obstacles à surmonter. Les décideurs politiques qui ont pris ce pari très risqué ont une lourde tâche. Ils devront profiter de la restructuration économique en cours pour favoriser l?émergence d?une nouvelle classe d?opérateurs.
Les difficultés des industries traditionnelles tels le sucre et le textile ont incité les politiques à rechercher d?autres solutions pour la croissance. L?économie ne pourra plus compter sur quelques gros secteurs. Il faudra à la place encourager une multitude de petites activités à haute valeur ajoutée. D?où l?intérêt exprimé en faveur d?un rôle accru des petites et moyennes entreprises (PME) dynamiques et à forte intensité de technologie et de connaissance pour réussir le passage vers une économie basée sur l?exportation des services.
L?égalité des chances
Le PTR vient de l?avant avec la notion de ?empowered entrepreneur.? L?idée présuppose que le petit opérateur rencontre beaucoup de difficultés dans la vie de tous les jours, et qu?il n?a pas encore les moyens à sa disposition pour jouer le rôle qui lui incombe.
L?accès aux finances demeure le principal problème structurel auquel fait face l?entrepreneur. Le système d?approvisionnement en capitaux ne se prête pas toujours aux initiatives de la nouvelle économie. Il faut dans certains cas des financiers sophistiqués pour mieux apprécier les besoins des entrepreneurs. C?est dans cette optique qu?il faut inciter les pourvoyeurs de capital-risque à desservir les PME locales.
Jusqu?ici, ces dernières n?ont pas vraiment connu d?alternative aux financements bancaires traditionnels. Les nombreuses contraintes imposées par le banquier telles les garanties personnelles exigées, sont les principaux facteurs qui entravent la création et l?expansion des entreprises. Un fonds de capital-risque apporte de l?argent mais aussi un savoir-faire au promoteur de l?entreprise.
Quelle place accordée aux PME pour qu?elles puissent s?épanouir ? Les perspectives de développement face aux grands groupes diversifiés ne sont pas très brillantes si l?on tient compte de l?étroitesse du marché domestique. Très souvent, les filiales des conglomérats s?échangent des biens et des services entre eux, et excluent la participation des opérateurs tierces.
L?égalité des chances demeure le maître mot. L?élargissement des opportunités d?affaires passe nécessairement par un certain remodelage du mainstream corporatif. Il faut faire de la place aux autres surtout s?ils disposent des compétences et des ressources nécessaires.
Les grands groupes ont certes permis à la diversification de l?économie. Mais en même temps, ils dissimulent beaucoup d?inefficiences, en raison de l?existence des marchés captifs. Une remise en question de ce système répond également à un impératif économique. Il faut libérer la valeur qui est bloquée dans les conglomérats. Une stratégie de sous-traitance permettra aux entreprises concernées de se concentrer sur leurs activités critiques tout en permettant aux prestataires tiers des possibilités de générer du business.
Obstacles institutionnels
Les facteurs culturels sont aussi au banc des accusés. La culture du risque fait définitivement défaut à Maurice. Même les grandes entreprises mauriciennes sont habituées à évoluer dans un environnement protégé par des barrières au commerce international et aux marchés d?exportation garantis. Les changements au niveau international mettent certains comportements sous pression. Le confort d?hier n?est plus permis aujourd?hui.
Le Mauricien moyen n?échappe pas à cette dynamique. Les capacités entrepreneuriales de la nation seront mises à rude épreuve tôt ou tard. Les gouvernants proposent les modèles de Dubayy et de Singapour aux Mauriciens. Ces deux pays ont su faire confiance à une nouvelle classe d?entrepreneurs. Le résultat est probant. Maurice qui ambitionne de figurer parmi les high income countries à moyen terme n?a pas d?autres solutions que de stimuler l?esprit entrepreneurial parmi la population.
Une bureaucratie trop lourde finit par asphyxier les initiatives d?affaires. Les PME en sont du reste les plus touchées. Il y a certes une volonté politique pour mettre à plat les obstacles légaux, institutionnels et administratifs rencontrés par les opérateurs. Mais l?administration publique résiste souvent aux changements. Certains fonctionnaires vivent mal l?érosion des pouvoirs discrétionnaires qu?ils se sont bâtis grâce aux systèmes de certification et de facilitation en place. Trop de facteurs jouent encore contre l?entrepreneur pour pouvoir parler de démocratisation de l?économie.
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