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Le destin des îles

9 janvier 2005, 00:00

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Exposées aux changements climatiques, déficitaires en ressources naturelles, économies menacées de faillite? Quel que soit l?océan qu?elles pointillent, les îles sont toutes confrontées aux même destin et ont besoin d?accompagnement spécial pour survivre les défis d?ordre économique, social, sanitaire et climatique.

Dix ans plus tôt, à la Barbade, la communauté internationale se décidait à parrainer le développement durable des îles. À partir de demain matin, à Pailles, les acteurs se réunissent de nouveau sous l?égide des Nations unies pour prendre la mesure du progrès réalisé et pour réorienter la ligne d?action. La rencontre culminera en un sommet de chefs d?État et de gouvernements, prévu pour jeudi et auquel assistera notamment le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan.

Un plan stratégique, préparé il y a un an à l?issue d?une réunion tenue à Nassau, aux Bahamas et couvrant une vingtaine de domaines, allant de l?éducation, la santé et la formation à l?intégration économique et culturelle des îles, servira comme document de travail pour cette conférence. Les organisations non gouvernementales se réunissent en parallèle au centre d?exposition de Mer-Rouge pour élaborer leur propre plan d?action.

La réunion de Pailles sera également l?occasion de cimenter la cohésion entre les 51 états insulaires. Les Small Island Developing States (SIDS) émergent comme un nouveau bloc qui entend défendre ses intérêts particuliers dans tous les forums internationaux.

■ Changements climatiques

Le monde industrialisé cessera-t-il un jour de produire des gaz à effet de serre ? C?est comme se demander si les poules auront un jour une belle denture ! Le hic, c?est que de la réponse à cette question dépend le destin d?une bonne cinquantaine de peuples insulaires. Leurs territoires sont plus particulièrement vulnérables aux cataclysmes naturels.

Le réchauffement de la planète et les perturbations climatiques qu?il entraîne ? fortes tempêtes, sécheresse et surtout, la montée du niveau de la mer ? menacent l?avenir immédiat de certaines de ces îles. L?archipel des Maldives et les Tuvalu, par exemple, sont menacés d?être carrément engloutis par les flots.

Depuis le sommet de la Barbade, il y a dix ans, quand la planète s?était engagée à protéger les îles, les pays développés n?ont donné aucune indication qu?ils allaient cesser de polluer. Au contraire, les émissions augmentent et avec elles, la fragilité des îles. Certains pollueurs, dont les États-Unis qui sont de loin les plus gros, refusent catégoriquement de ratifier la Convention de Kyoto qui concerne les changements climatiques.

Cette situation était sans doute prévisible. D?où l?accent mis par la communauté internationale sur la nécessité d?équiper les îles pour qu?elles se protègent. Dans la pratique, cela veut dire qu?il faut les doter d?un réseau d?observatoires climatologiques qui permettrait de recueillir des données nécessaires à la prévision la plus pointue des variations climatiques du temps. Il s?agit également de leur donner le savoir-faire nécessaire pour gérer les risques et prévoir la survie en cas de catastrophe.

La conférence de Pailles sera suivie de très près par une rencontre internationale, toujours sous l?égide des Nations unies, sur les changements climatiques. Tsunami dans le Sud-Est asiatique ou pas, on voit mal les pollueurs de la planète donner subitement une conséquence pratique aux engagements pris ici et là de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

À Pailles, les îles ont tout intérêt à bien négocier avec les pollueurs l?accompagnement technique, logistique et financier nécessaire à leur survie. La création d?un fonds rapidement accessible pour financer la réhabilitation, tel que suggéré par l?Association of Small Island States, n?est d?ailleurs pas une mauvaise idée.

■ Ressources en terre et en eau potable

Les îles peuvent-elles soutenir une colonisation humaine sur le long terme ? La question se pose, eu égard à la pauvreté de bon nombre d?entre elles en termes de ressources en terre et en eau potable. L?exiguïté du territoire exacerbe les problèmes relatifs à l?urbanisation et au maintien de l?équilibre écologique.

Qu?elles soient d?origine volcanique ou corallienne, les ressources en eau potable sont généralement très limitées sur les îles. Même quand les lacs et les nappes phréatiques sont bien pourvus, les risques de pollution, notamment par l?eau salée, sont omniprésents.

La pauvreté de la terre et la non-disponibilité de surfaces arables menacent également la subsistance. La croissance démographique, l?urbanisation et le développement économique exercent des pressions croissantes sur ces ressources.

La gestion des déchets reste un des gros défis auquel les îles sont confrontées. Elles n?ont souvent ni le savoir-faire, ni l?espace nécessaire pour traiter des volumes sans cesse croissants. Une mauvaise gestion des déchets a de lourdes conséquences sur l?écologie fragile des îles, endommageant les récifs et polluant le lagon et les nappes souterraines.

Comme le souligne le secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan, dans son rapport sur le progrès réalisé depuis la conférence de la Barbade, il y a lieu de mieux équiper les îles pour qu?elles puissent faire face à ces défis. Une gestion efficace des ressources en eau requiert une logistique pour surveiller le niveau et la qualité des nappes, mais également une amélioration de la capacité des îles à collecter et à stocker ce précieux liquide.

S?agissant des déchets, les îles demandent à être initiées à une gestion intégrée. Les solutions résideraient dans le recyclage des déchets, notamment dans la fabrication d?électricité et dans le développement de technologies innovantes et respectueuses de l?environnement pour le traitement.

Les îles restent très sensibles aux risques liés au rejet de déchets toxiques dans l?océan. Il en va de même pour les risques de pollution liés au transport de fioul. L?Onu et l?Aosis préconisent un renforcement de l?arsenal légal international qui régit ces activités. Les îles espèrent ainsi avoir la garantie que le pollueur sera tenu responsable et financera la réhabilitation.

■ Survie économique

Quand elles auront maîtrisé les contraintes physiques liées à leur statut insulaire, les îles devront encore survivre économiquement dans un monde où les grands font la loi. Ont-elles une chance ?

Depuis quelques années, on assiste à une prise de conscience internationale relative à la spécificité des économies insulaires. Elles sont petites, et ne permettent pas des économies d?échelle. Elles sont éloignées des principaux marchés et sont exposées aux caprices climatiques dont l?impact est décuplé vu leur petitesse.

Pour toutes ces raisons, les îles sont incapables de soutenir la concurrence internationale livrée par des pays qui sont autrement mieux pourvus. Tant pour vendre leurs produits que pour attirer l?investissement étranger.

Et même si elles arrivaient à garder la tête hors de l?eau, elles seraient terrassées par des conditions non-tarifaires contraignantes barrant l?entrée aux marchés. Ces contraintes ne les visent pas spécialement, les puissances économiques étant bien plus préoccupées à se protéger les unes contre les autres. Mais à l?ère de la mondialisation, les règles sont générales et non-discriminatoires.

Les îles ont toujours vécu à l?ombre de préférences commerciales qui leur sont généralement étendues par les anciennes puissances coloniales. Ces préférences s?effritent de plus en plus au nom de la libéralisation commerciale. Et ce en dépit de la lutte des petits états pour amener les pundits du libéralisme commercial à reconnaître leurs vulnérabilités.

Cette lutte a amené les îles à instituer un sous-groupe, le Small island developing states, se dissociant ainsi des pays en développement où elles étaient généralement classées. Elles revendiquent un statut spécial au sein de l?Organisation mondiale du commerce et se positionnent comme un groupe de pression dont le but est d?amener ceux qui dictent les nouvelles lois du marché à tenir compte de leurs spécificités.

Entre autres, les SIDS réclament le soutien de leurs partenaires d?hier pour réussir la transition vers le libre commerce. Ils souhaitent jouir d?une certaine flexibilité afin de pouvoir s?engager dans des arrangements commer- ciaux préférentiels et non réciproques?

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