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Le déminage
Ce n’est pas le gouvernement qui recule mais le pays qui fait marche arrière à chaque fois qu’une réforme est abandonnée. Certes, le pouvoir n’a cédé, hier, que sur quelques points sans grande importance de son budget mais les syndicats ne relâcheront pas la pression de sitôt et tenteront d’arracher d’autres compromis. Et si le gouvernement tient à éviter tous les sujets qui fâchent, il restera les bras croisés à parler de triple choc extérieur sans rien faire pour restructurer l’économie en péril.
Une opposition qui fait de la démagogie et des syndicats prônant l’immobilisme : ce n’est rien de nouveau. La situation était pire durant la précédente législature. L’ancien gouvernement en était tellement tétanisé qu’il avait fini par renoncer à moderniser l’économie. En revanche, Rama Sithanen, fort du soutien d’un leader auréolé de tous les succès électoraux imaginables a osé sortir du modèle qui étouffe notre économie. Il propose des prestations sociales ciblées, la fermeture des départements publics inefficients, une plus grande ouverture au savoir-faire étranger, l’élimination des lourdeurs bureaucratiques, la fin des discriminations entre villes et villages, un système viable de retraite, etc. Mais, il a glissé hier sur une peau de banane que lui ont jetée ses détracteurs. Même si cela ne remet pas en cause l’essentiel de son programme, une première alerte est lancée.
En faisant quelques concessions, le ministre des Finances vise sans doute à déminer le terrain pour pouvoir avancer sur d’autres dossiers qu’il considère cruciaux. Il a ainsi supprimé les dispositions de son budget qui avaient “une charge émotionnelle”. En clair, il maintiendra le cap sur l’essentiel et ne permettra pas à des polémiques inutiles de parasiter le débat. Il n’y parviendra que s’il ne succombe pas à la logique électoraliste. Tant que l’économiste prend le dessus sur le politicien chez lui, il n’y a rien à craindre.
Inversement, quand l’émotion domine sur la raison, cela produit le phénomène Lutchmeenarraidoo. Cet ancien ministre des Finances est sorti de sa cave la semaine dernière pour analyser le budget sur un mode émotif. Lucidement, il dit approuver les mesures libérales et le dépoussiérage des archaïsmes mais bascule dans le mode passionnel pour dénoncer certaines réformes annoncées. Il sort alors une série de clichés. Dans son interview à “Week-end”, dimanche dernier, il a recours à des slogans du style: “le ministre des Finances a joué au père Noël avec le secteur privé et au père Fouettard avec la population.” ou encore “le budget est plus FMI que le FMI”.
Vishnu Lutchmeenarraidoo, dont l’histoire retient qu’il est l’homme derrière le miracle des années 80, possède sans doute une certaine autorité pour parler de la gestion des finances publiques. Il tient toujours un discours crédible, en incitant à l’effort et au contrôle des dépenses de l’Etat, mais il y a une faille dans son argumentation. Il pense que les dirigeants du pays devraient se contenter de mesures qu’ils peuvent “faire comprendre à la campagne dans une réunion…” C’est la posture d’un politicien, pas d’un gestionnaire.
On ne rend pas service aux gens de condition modeste en leur faisant croire qu’un budget n’est bon que lorsqu’il leur offre des vidéos ou autres gadgets détaxés. Des sacrifices sont parfois nécessaires pour bien préparer l’avenir. On ne fait pas des omelettes sans casser des œufs.
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