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?Le CPE ne permet pas d?acquérir les aptitudes requises?

4 mai 2007, 00:00

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● Vous étiez au MIE depuis sa création en 1973. En août 2003, vous en devenez directeur. En février, vous le quittez dans des circonstances floues. Pouvez-vous en dire davantage ?

J?étais le premier pédagogue recruté pour travailler à l?institut de pédagogie. Je ne l?ai jamais quitté et j?y ai gravi les échelons tout au long de ma carrière jusqu?à en devenir directeur, sans aucun passe-droit ni faveur de qui que ce soit.

Une semaine avant mon départ, on m?a appelé au ministère de l?Éducation pour me demander froidement de céder ma place de directeur. Quand je demande pourquoi on me répond qu?on ne peut pas révéler le contenu des discussions qui se déroulent au Conseil des ministres. Donc, je ne connais pas les raisons qui les ont poussés à me faire partir, mais j?espère un jour les connaître. Petit à petit je complète mon dossier. Et avec mon homme de loi je pense qu?il y a matière à demander réparation devant la justice.

● Vous devez quand même avoir une idée de ce que l?on vous reproche?

Officiellement j?ai reçu une lettre qui évoque l?article 113 (4) de notre Constitution stipulant que l?on peut révoquer n?importe quel fonctionnaire nommé par le Premier ministre, vice-Premier ministre ou n?importe quel autre ministre, après des élections générales sans en donner les raisons. Ils m?ont fait parvenir cette lettre et puis l?ont revoked. Ensuite, ils m?ont forcé à prendre ma retraite prématurée. Je ne sais pas pourquoi on m?a traité de cette façon, mais j?aurais aimé savoir. Cependant, at this point in time I don?t want to impute any motives.

● Il est paradoxal que le régime qui vous a confié les rênes de la réforme de l?Éducation en vous nommant président du ?National Steering Committee on the curriculum framework ? vous demande ensuite de partir. Votre départ est-il lié au rapport du comité ?

Je me pose la question. Pourquoi m?a-t-on fait bosser jour et nuit pendant des mois pour produire ce rapport ? Et quand tout ce travail-là est terminé on me dit de partir. Est-ce son contenu qui gêne ? Nous avions entre autres proposé d?éliminer le Certificate of Primary Education (CPE) d?ici 2012 et recommandé la voie à suivre pour le faire. Je ne suis pas politicien. Pour moi, c?est le pays, le développement de la société et de nos enfants qui compte. Et on ne peut se permettre de laisser 30 à 40 % de nos enfants sur le pavé à la fin du primaire. Maurice peut-il progresser ainsi ? Impossible. C?est pourquoi j?ai proposé un système où la notion d?échec scolaire n?existe plus. Dans une démocratie égalitaire on doit avoir un système d?éducation qui donne toutes les chances à tous les enfants.

● Où en est ce document ?

Il a été soumis le 26 décembre 2006, peu avant mon départ. J?espère que les autorités continuent à travailler sur son application. Je n?en sais pas plus.

● Pourquoi abolir le CPE ?

Le système couronné par le CPE contient beaucoup de contradictions qui ne font pas honneur à une île Maurice moderne. On ne peut continuer avec un système qui ne fait pas la part des choses par rapport à un pays qui est en train de se moderniser.

Il ne permet pas d?acquérir les aptitudes et qualités que l?enfant doit développer. On ne peut pas limiter le développement de l?enfant à quatre ou cinq sujets. Nous devons élargir notre programme scolaire pour avoir une base plus compréhensible. Il doit être enseigné d?une manière plus globale et intégrée. Et pour cela une vraie formation professionnelle des enseignants est nécessaire. Faire de la pédagogie inclusive, ça s?apprend et ce n?est pas donné à tout le monde. L?Éducation nationale devrait développer l?enfant et faire en sorte que cela soit productif pour le pays.

● Le CPE a été souvent critiqué parce qu?il pousse à apprendre en fonction des examens?

Notre curriculum pédagogique a fait son temps. Au fil des ans il y a eu l?émergence d?une classe moyenne. Mais maintenant on voit une division entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. On appelle ça le ?curriculum divide?. C?est sérieux. Un nombre important d?élèves ne parvient à se hisser jusqu?au School Certificate ou Higher School Certificate et à faire son entrée dans l?enseignement supérieur. Est-ce qu?un tel système reflète les besoins du pays ? Est-ce que les pauvres se sentent comme faisant partie du développement ou se sentent-ils exclus ? Autant de raisons qui justifient des changements profonds et cela passe par une pédagogie inclusive. Et pour enseigner cela, le prof a besoin d?être formé adéquatement.

● Le système, au primaire et au secondaire, veut que l?enfant qui ne peut suivre soit éliminé?

Toutes les difficultés et les problèmes commencent pédagogiquement au pré-primaire, mais sociologiquement, ils prennent leurs racines dans notre société et dans la famille. Il y a une richesse accentuée pour certains et une pauvreté extrême pour d?autres. Il faut que ces derniers soient équipés pour réduire ce fossé. Et cela ne peut se faire que par l?éducation et la conscientisation du peuple. Chacun doit avoir sa chance de réussir.

● Par quoi remplacer le CPE ?

On ne le remplace pas, on l?élimine. On a proposé d?introduire le contrôle continu de l?enfant à tous les niveaux. Il y a plusieurs méthodes scientifiquement acceptables pour faire cette évaluation. En Suède, au Japon, en France et en Grande-Bretagne ça se fait et nous sommes très en retard.

● Dans le modèle que vous préconisez, où est la place des collèges d?élite ?

Dans une démocratie on parle de liberté, d?égalité, de justice et de respect des droits humains. On ne peut pas empêcher l?enfant qui veut apprendre d?apprendre, mais cela ne doit jamais se faire au détriment des plus faibles. L?enfant doué atteindra de toute façon une bonne performance. Cela n?a rien à faire avec l?élitisme. Des enfants ont une grande capacité d?apprentissage. Ce sont des ?gifted children?.

La majorité est d?intelligence moyenne et il faut leur donner plus d?accès et d?opportunités. Et on doit mettre plus d?accent sur la pédagogie intégrée et inclusive pour ces enfants au bas de l?échelle et qui n?arrivent pas à surmonter les difficultés d?apprentissage. Pour moi c?est bien plus important que l?élite. C?est cette distributive justice and equity dont parle le grand pédagogue brésilien Paulo Freire, qu?il faut mettre en avant. L?école à un rôle de reconstruction sociale.

● On apprend à apprendre par c?ur mais pas à raisonner.

C?est une autre critique qui revient très souvent dans les rapports sur l?éducation?

Dans nos propositions, on insiste beaucoup sur le raisonnement, le développement de la pensée logique de l?enfant et sur sa rationalité. C?est la base du savoir sinon on ne fait qu?apprendre le sujet. Conséquence : après l?examen on oublie 90 % de la matière apprise. Notre pédagogie doit être adaptée au niveau de l?enfant pour qu?il puisse acquérir le savoir avec facilité. Mais, il n?y a pas qu?apprendre dans la vie. Il faut donner la chance à l?enfant de développer sa capacité physique, morale et artistique. C?est cet ensemble qui contribue à son épanouissement. En ignorant tout cela on fait un tort immense à nos enfants.

● Quelle est la place d?établissements type Queen Elizabeth College ou Collège Royal dans votre plan ?

Grâce à l?évaluation continue et lorsque tous les enseignants seront formés et posséderont un Bachelor in Education ou un Advanced Diploma, ces collèges auront un rôle strictement symbolique. La majorité des établissements aura un niveau acceptable.

● Certains points du rapport Parmessur sont déjà appliqués, comme l?introduction de nouveaux manuels en ?Std I? préconisant une nouvelle approche?

Ce n?est pas de moi. Avant de diffuser ces manuels en classe, il faut les mettre à l?essai et cela doit être fait de manière professionnelle. C?est seulement après analyse de toutes les données qu?on donne le feu vert. La pédagogie ne peut se limiter à produire un manuel. Tout ce que l?enfant doit apprendre ne peut être uniquement contenu dans un livre. Outre le manuel, c?est l?enseignant le pivot central.

● Mais quand on parle de réformer et d?introduire l?évaluation continue au primaire et au secondaire, on touche aux leçons particulières. Pas très populaire comme mesure?

Il faut donner la chance à l?enfant de développer d?autres aspects de son esprit et de son corps mais on ne le fait pas. C?est ainsi qu?on a des enfants moins préparés pour la vie, ayant moins de résistance et avec de plus en plus de maladies. Mais il ne faut pas oublier que ce sont avant tout les parents qui envoient leurs enfants aux leçons. Faut-il légiférer ? Je crois que les parlementaires doivent y réfléchir sérieusement. Il est également vrai que le CPE met beaucoup de pression sur l?enfant. ça chamboule son épanouissement. Je crois qu?en les enlevant du système, les leçons particulières mourront de leur mort lente.

● N?est-ce pas la politisation des débats éducatifs qui freine toute grande réforme ?

Oui et non. C?est dans l?intérêt de tous les politiques de travailler pour l?Etat et le peuple. Si on donne plus d?autonomie de pensée à nos enseignants, à nos pédagogues, on peut contourner tout le problème. Lorsque l?intellectuel pédagogue est bousculé et qu?il a cette angoisse qu?il ne peut pas travailler librement comment voulez-vous qu?on ait un développement sain dans la société ? Prenez mon exemple, je suis victime mais je ne sais pas pourquoi. Cette politique de frayeur nous mène à quoi finalement ?

● Pensez-vous que nous allions dans la bonne direction ?

Je préfère exprimer un droit de réserve.

● Comment concevez-vous votre avenir ?

Je compte aider mon pays d?une autre façon. Il y a beaucoup de créneaux. Si on a des convictions fortes et de l?expérience on peut toujours mettre cela à la disposition de notre société par plusieurs façons.

● Cela passe-t-il par la politique ?

Ce n?est pas exclu. Je prendrai bientôt une décision dans l?intérêt du pays.

Propos recueillis par Patrick HILBERT

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