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Le courage de Satcam
Satcam Boolell est resté combatif jusqu?au bout. Alors qu?il aurait eu bientôt 90 ans, il refusait de tourner la dernière page de l?histoire de sa vie publique. Cet homme qui a aidé à façonner les événements du pays pendant plus de cinq décennies déjà, affichait, il y a quelques jours encore, son ambition de devenir président de la République.
Politicien cultivé, Satcam Boolell s?est surtout illustré ces dernières années avec des articles d?une vivacité et d?une profusion qui témoignent de l?énergie indomptable du patriarche. Les lecteurs de ?l?express? ont eu l?occasion d?apprécier sa verve et ses capacités d?analyse et de synthèse à travers sa brillante chronique publiée les mardis. Parmi les derniers articles qu?il a écrits figure celui que nous publierons dans la prochaine édition de ?l?express-Outlook? et qui a pour titre ?Immigrants and Racism?.
La carrière politique de Satcam Boolell a certes été très riche mais l?histoire retiendra que son destin aurait pu néanmoins être encore plus prestigieux. En 1990, il s?en est fallu de peu qu?il atteigne le sommet auquel aspire tout politicien ambitieux. Une aile du MMM, menée par Paul Bérenger, lui avait alors proposé d?être le Premier ministre désigné d?une éventuelle alliance PTr-MMM pour les législatives de 1991. D?autres dirigeants du MMM négociaient, au même moment, avec Anerood Jugnauth pour une alliance avec le MSM. Cette deuxième tendance ayant rallié une majorité de membres de son parti, Paul Bérenger dut finalement accepter, à contrec?ur, de conclure un accord avec le MSM. Satcam Boolell n?aurait pas une seconde chance. Quand le MMM finit par s?allier au PTr en 1995, c?est Navin Ramgoolam qui est aux commandes du parti des Rouges.
Satcam Boolell vient de rater, une nouvelle fois, une consécration légitime. En 2008, il aurait succédé à Anerood Jugnauth à la présidence de la République. Le destin lui a réservé un autre sort.
Une aussi longue carrière que celle de Satcam Boolell ne saurait être parfaitement linéaire. Elle a forcément été assez sinueuse depuis son entrée en politique. En 1953, quand il se fait élire aux côtés d?Ackbar Gujadhur et Veerasamy Ringadoo dans la circonscription de Moka-Flacq, il était inscrit comme candidat indépendant parrainé par Sookdeo Bissoondoyal. Il devancait, à cette élection, les trois candidats travaillistes. C?est probablement la mort de Guy Rozemont en 1956 et la montée en puissance de Seewoosagur Ramgoolam au PTr qui l?incitèrent à rejoindre ce parti et à poser sous sa bannière aux législatives de 1959. Il effectue un nouveau virage après la défaite du PTr aux élections de 1982. Il abandonne alors ce parti pour créer son propre mouvement. Ce dernier connaît une existence bien courte. De même sa cohabitation avec Anerood Jugnauth au pouvoir à partir de 1983 a été tumultueuse.
Si les aléas de la politique n?ont pas permis à Satcam Boolell d?occuper le poste de Premier ministre, il a cependant démontré, à chaque fois qu?il en a assumé l?intérim, qu?il possédait les qualités requises. Durant l?épisode de la mutinerie à la prison et celles des grèves au CEB, cet homme à poigne a agi vite et désamorcé des crises potentiellement dangereuses. En revanche, au ministère de l?Agriculture il n?a pas eu que du succès. Deux des projets dans lesquels il s?est beaucoup investi, la culture du thé et la production de lait, n?ont pas eu le succès escompté.
Au-delà des réalisations ou des revers qui ont jalonné sa longue route politique, c?est dans son combat contre la maladie que Satcam Boolell laisse un souvenir qui saura toujours nous inspirer. Face à l?adversité, il s?est montré digne.
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