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Le corset de Cambridge
Au débat national sur le curriculum, qui se tient depuis hier à Moka, l?on refusera la discussion sur un sujet qui est pourtant crucial. Les experts qui interviendront sur le contenu de l?enseignement ne s?autoriseront pas à mettre le doigt sur la raison majeure du mauvais fonctionnement du système. Personne n?osera affirmer que l?enseignement secondaire est inadapté au contexte local, avant tout, parce que les programmes d?études continuent à être rédigés par Cambridge.
Oublions les sentiments nationalistes qui peuvent légitimement motiver une demande pour se débarrasser de Cambridge. Restons sur le plan de l?argumentation économique. Pourquoi faut-il payer à une institution étrangère une centaine de millions de roupies pour des services qui peuvent être fournis par des Mauriciens ? Cela n?est peut-être pas le souci des techniciens de l?éducation. Mais l?inadéquation entre le marché du travail et les compétences acquises au collège doit quand même les interpeller.
Aujourd?hui, il n?y a plus aucune raison objective pour justifier l?existence d?un lien si étroit avec Cambridge. Il s?agit d?une anomalie qui perdure pour d?obscures raisons. Cette université britannique est un fournisseur de services qui soigne bien ses relations avec ses clients. Elle déploie une stratégie de marketing qui cible avec précision ceux qui pèsent sur les décisions. Ceux-là sont devenus des défenseurs acharnés du statu quo.
Toutes les colonies africaines de l?ancien Empire britannique ont rompu le lien avec Cambridge, sauf Maurice. Elles ont opté pour des examens préparés et corrigés par des locaux. Ici, nous n?avons même pas encore songé à former des examinateurs capables de rédiger les épreuves de SC et de HSC. Il y a du retard à rattraper.
Les partisans de Cambridge soutiennent qu?un certificat délivré par une institution mauricienne priverait ses titulaires de la possibilité de se faire admettre dans des universités étrangères. Cela est évidemment totalement faux car les équivalences de diplômes se négocient plutôt facilement entre les institutions éducatives. Par exemple, les élèves qui ont fait leurs études au Lycée polytechnique de Flacq et qui ont passé des examens entièrement préparés à Maurice peuvent poursuivre des études d?ingénieur en France.
Il est inutile de débattre en profondeur du contenu de l?enseignement alors que celui-ci est essentiellement déterminé par Cambridge. Même si cette université tient parfois compte des recommandations mauriciennes, l?architecture globale des examens du cycle secondaire demeure de conception britannique et est destinée avant tout aux élèves de la Grande-Bretagne. Le corset de Cambridge serre trop. Il empêche de modifier significativement nos programmes d?études pour les adapter au contexte local.
Ceux qui s?opposent à la mauricianisation des examens invoquent la méfiance du public envers des examens locaux. En effet, dans un premier temps, l?on doutera du professionnalisme de nos institutions. Mais l?opinion publique sera ensuite rassurée, comme ce fut le cas quand on s?est débarrassé de Moray House pour le cycle primaire.
Durant ces deux jours de séminaire, il est aussi question de méthodes d?apprentissage. L?on entend les arguments classiques en faveur de l?enseignement axé sur l?enfant (?child centred?) ou ceux prônant la réception passive du savoir (?directed learning?). Pourtant, la question essentielle n?est pas de savoir comment enseigner , mais quoi enseigner.
Maurice affiche de grandes ambitions mais ne serait pas capable de préparer les examens du secondaire. C?est plutôt embarrassant pour un ?knowledge hub?.
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