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Le ciel, la mer et Yann von Arnim
Mauricien d?origine allemande, Yann von Arnim vit à Maurice depuis 1977. Il a 13 ans lorsqu?il entend l?appel de l?océan. Il découvre alors la plongée et les épaves dans les îles Lavezzi, en Corse. S?installe un contact de plus en plus étroit avec la mer. Les croisières s?enchaînent.
A 16 ans, aventurier-né, il s?échappe de la famille et s?embarque avec un ami sur un zodiac, frêle embarcation pneumatique. Il traverse une partie de la Méditerranée à une époque, il faut le rappeler, où la navigation se faisait à l?estimation, sans dispositif de positionnement par satellite (GPS) et sans téléphone portable.
Le meilleur souvenir qu?il garde de ce voyage, c?est sa rencontre, en plein océan et loin de toute terre, avec des baleines bleues, dont il partage le ballet.
La mer mauricienne, il la découvre à l?âge de 17 ans, lorsqu?il vient s?installer à Maurice. L?univers tropical des eaux indiennes lui révèle alors sa vocation. Il se familiarise avec les écosystèmes marins. Les dégâts causés par l?homme moderne à ces écosystèmes l?interpellent. Dès lors, il décide de se lancer éperdument dans une bataille visant à sauver et protéger cet environnement.
Yann von Arnime termine son Bac au lycée La Bourdonnais, à Curepipe. Puis, il se rend dans la Bretagne profonde pour entreprendre des études d?océanographie et d?exploitation des ressources côtières. Par ailleurs, il travaille sur des chantiers archéologiques. Diplôme en poche, il se fait aquaculteur de profession et pratique l?archéologie sous-marine par passion en tant que scientifique pendant 20 ans.
L?homme a participé à de nombreux chantiers d?archéologie sous-marine, notamment la campagne du Superbe, en France, en 1984, et celle du Sirius, à Maurice, en 1987-1988. A l?invitation du Western Australian Museum, Institute of Maritime Archeology, il présente les résultats de la précédente campagne du Sirius, qui sont alors homologués.
A la suite d?un vaste projet de création de récifs artificiels, Yann von Arnim lance, en tant que président de la Mauritius Marine Conservation Society, le programme ArchéoMar pour le développement de l?archéologie sous-marine à Maurice. Il réalise alors deux expositions, dont l?une, en 2002, à la Phoenix Glass Gallery, sur les objets en verre retrouvés sur les épaves, et, l?autre, en 2003, en partenariat avec le Mauritius Museums Council, sur ?le symbolisme des porcelaines bleu-blanc de Chine?. Des publications accompagnent ces expositions.
Ayant aujourd?hui atteint la quarantaine, il relance, en tant que membre du Mauritius Museums Council, les activités archéologiques sur les épaves de la bataille navale de Grand-Port en août 1810.
ENTRETIEN
Yann von Arnim, l?archéologue de l?océan
? Yann von Arnim, vous êtes le responsable archéologique de la campagne du Sirius, à l?origine de l?exposition ?L?Histoire engloutie de la bataille du Grand-Port?. Quelles sont les difficultés de cette tâche ?
Cette opération, d?une durée de 14 mois, a pour objectif de récupérer des objets témoins de la vie des marins du XIXe siècle et d?en un sanctuaire historique. La récupération d?objets archéologiques pose plusieurs problèmes. D?abord, il faut évoluer dans un milieu aquatique, d?une visibilité réduite, du fait que le Sirius est partiellement enfoui dans la vase. Tout objet trouvé n?est pas automatiquement remonté. Il faut le positionner avec exactitude sur un plan et le sécuriser pour éviter sa destruction accidentelle, avant de le retirer de l?épave. Ensuite, il ne faut pas le laisser à l?air libre car il doit subir un traitement de conservation, qui peut être plus ou moins complexe. Il faut savoir qu?après un séjour de près de 200 ans sous l?eau, un objet devient très fragile et soumis à une dégradation accélérée s?il n?est pas traité convenablement.
? En quoi consistent ces traitements ?
Pour rester simple, après un premier examen, l?objet sera immergé pendant plusieurs semaines dans de l?eau douce alcaline pour le dessaler. En archéologie sous-marine, les objets sont en effet attaqués par le sel marin, qui va se lier chimiquement au métal. Un traitement curatif sera appliqué pour stabiliser l?état de l?objet en éliminant ces sels. L?objet subira donc un nettoyage mécanique et chimique. On fait souvent appel à l?électrolyse, procédé qui consiste à placer l?objet dans un bain de soude et de le soumettre à un champ électrique de faible intensité. Cette méthode est très efficace pour stabiliser les objets. Une fois l?objet exposé au musée, une attention particulière lui est accordée. En fonction du climat ambiant, son état peut changer, ce qui nécessite l?application de traitements additionnels qui assureront sa conservation à long terme.
? Qu?est-ce que cette nouvelle campagne apporte de plus par rapport à celle de 1987-1988 ?
Elle aura permis la découverte et l?identification de nouvelles structures de l?épave. Nous avons pu aussi compléter la collection avec la découverte d?instruments de navigation et d?objets personnels ayant appartenu à des prisonniers français ayant séjourné à bord du navire.
? Cette campagne met-elle un point final à vos recherches sur cette bataille ?
Non. D?une part, la campagne du Sirius n?est pas encore terminée. Elle se poursuivra toute cette année et sera complétée par l?étude de La Magicienne. Nous attendons d?ailleurs l?arrivée d?un archéologue marin Egyptien, qui doit venir renforcer l?équipe et nous aider à évaluer l?importance historique et archéologique de La Magicienne.
? De quelle nature est l?importance historique que recèlent ces épaves ?
Une épave peut être considérée comme un chapitre de l?histoire d?un pays. Elle est comme une tranche de temps qui livre, quand on l?étudie de manière scientifique, une image de la vie d?une époque donnée. Les bateaux jouent un rôle important dans l?Histoire de Maurice. Il faut savoir qu?ils ont participé à façonner notre société multiculturelle, étant donné qu?ils ont véhiculé pionniers, colons, esclaves et immigrants. Même le paysage en a été marqué puisque les navires ont permis l?introduction de nouvelles espèces de plantes et d?animaux.
(*) L?exposition sera ensuite transférée au Musée de Mahébourg.
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