Publicité
Le Christ en croix restauré
Emmanuel Richon, le restaurateur du grand tableau du Christ en croix, qui était au-dessus de l?autel de la cathédrale Saint-Louis, a découvert que ce tableau a en fait été repeint à l?huile sur un tableau d?origine qui se révèle plus ancien. ?D?emblée en tant que restaurateur, je fais la part des choses entre l?image, elle-même, et la part de sacralité qu?elle recèle?, explique Emmanuel Richon. Il confie que cela peut être ?gênant? de travailler dans des lieux de culte tant il a l?impression d?interrompre l?acte de prière des croyants. Au-delà de l?anecdote, la restauration des ?uvres se trouvant dans les lieux de culte permet au restaurateur d?établir un dialogue avec plusieurs interlocuteurs.
?Il faut savoir que lorsque les gens regardent le Christ en croix, ils se représentent Dieu. C?est différent du rapport qu?un spectateur établit avec un tableau se trouvant devant un miroir. D?un autre côté, insistons sur le fait que les tableaux sont des créations humaines. A ce titre, mon devoir, c?est de défendre l?artiste?, dira Emmanuel Richon. Ce dernier, dans son travail, est ?en dialogue? avec l?auteur, avec le propriétaire du tableau, avec le spectateur? ?Parfois le sujet porte un sens lourd. Par exemple, dans la version originale du tableau, la représentation du Christ était beaucoup plus audacieuse. Le pagne qui le recouvrait donnait à voir un dénuement qui correspond davantage à la réalité des choses, où on témoigne de la corporéité du Christ et de l?humiliation qu?il avait subie. Dans le tableau qui devait être repeint vers 1930, on masque cet état des choses. En ce sens, il y a eu une trahison des textes de l?Évangile. Les détails sont, à cet effet, très importants car ils permettent de retrouver chaque sens, chaque symbole, chaque signification? Le peintre qui a réalisé le tableau au XVIIIe, Casanova, rendait compte des derniers instants du Christ dans tout son dénuement et toute sa solitude.?
Emmanuel Richon se réjouit qu?il y a des églises et autres lieux de culte qui ont su préserver des ?uvres d?art alors que Maurice ne compte toujours pas de référent culturel. ?Il n?y a ainsi aucun référent qui rend compte de ce que les ancêtres des Mauriciens ont réalisé aux XVIIIe, XIXe et même au XXe siècles. C?est un scandale pour ce pays?, conclut Emmanuel Richon.
Publicité
Publicité
Les plus récents