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Le choix cruel des propriétaires de campements
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Le choix cruel des propriétaires de campements
Kreshnaduth Mussai, à la retraite, est un homme désemparé. Il a pu, grâce à ses revenus de planteur et à ceux de son épouse fonctionnaire, construire un campement à Riambel. Mais il est aujourd?hui dans une situation financière très difficile. «Si je dois payer, je dois trouver plus d?un million pour le dépôt et quelque
Rs 50 000 chaque année pour le loyer. Ce qui est vraiment hors de mes moyens alors que nous vivons sur des revenus modestes de loyer, de plantations et de la pension de mon épouse.» La loi prévoit le paiement d?un dépôt de Rs 2,5 m à Rs 5 m par arpent et une location annuelle de Rs 125 000 à Rs 250 000, en fonction de la zone.
Ce retraité a le c?ur très gros car il n?a pu sauvegarder son campement. Il n?a pas pris hier l?option de payer. En effet, les propriétaires de campements avaient jusqu?à hier, minuit, pour choisir entre de nouvelles conditions de bail avec l?Etat en acceptant de faire des paiements ou continuer aux mêmes conditions, avec le risque qu?ils perdent ce bien dans douze ans, en 2020, à l?expiration du bail.
Le campement Kreshnaduth Mussai, qu?il a construit pour plus de Rs 2,2 millions et pour lequel il a encore plus de Rs 500 000 à payer à la banque, ne sera plus à lui dans quelque temps. «C?est un investissement pour mes enfants après avoir travaillé dur durant toutes ces années. Ce n?est pas juste de l?enlever arbitrairement alors que je vis dans cette maison et je suis un retraité qui a beaucoup travaillé et qui aujourd?hui a une marge de man?uvre très serrée. C?est un véritable drame.»
Longues années de travail
L?angoisse a habité plusieurs familles quelques jours avant l?échéance pour déclarer l?option-bail de leurs campements sur les Pas géométriques. A hier après-midi, le ministère du Logement et des Terres indiquait que 75 % des propriétaires de campement ont opté pour le paiement des baux sous les nouveaux paramètres.
La colère de Kresnaduth Mussai est aussi celle de Beryl Poupinel de Valence, dont le campement se trouve à Pointe d?Esny : «Nous concédons que le bail que nous payions est d?un faible montant et qu?il faillait ajuster les prix, mais il y avait une manière moins arbitraire de le faire. Sans compter que les coûts sont très prohibitifs et clairement discriminatoires. Tous les gens qui ont un campement sur les Pas géométriques n?ont pas des fortunes.»
D?ailleurs, c?est avec les économies ramassées après de longues années de travail que le couple achète, il y a quatre ans, un campement sur 30 perches au bord de la mer. «C?est sans doute très joli mais il n?y a pas que la beauté. Les inconvénients sont nombreux. D?où le fait que je me demande toujours pourquoi nous sommes en zone A, suivant des évaluations arbitraires de l?Etat. Je dois payer Rs 1,5 million pour le dépôt et Rs 275 000 chaque année.»
Beryl Poupinel regrette d?avoir investi son argent dans un projet qui lui demande de débourser une somme très importante. C?est donc sous contrainte qu?elle accepte de se plier «aux exigences du gouvernement», en faisant un emprunt pour s?en sortir. «Si cela ne tenait qu?à moi, je n?aurais pas accepté, mais mon mari insiste pour conserver le campement.»
Son voisin, Patrick, s?est lui aussi retrouvé dans un dilemme. A mercredi, il tergiversait toujours, partagé entre laisser le patrimoine familial de son épouse et accepter les nouvelles charges financières que lui impose sa conservation. «C?est un vieux campement que nous avons hérité du père de mon épouse, qui a fait d?énormes sacrifices pour l?acquérir. Nous l?avons loué car n?étant pas très riches, cela nous aidait financièrement. Afin de l?entretenir, nous l?avons rénové il y a quelques années. N?ayant pas encore terminé le paiement de l?emprunt, nous voilà embarqués dans une nouvelle histoire de paiement. Le vendre n?est pas une option compte tenu du fait que le vendeur et l?acheteur auront à payer 35 % de la transaction sur des taxes diverses.»
«Le gouvernement comptait sur nous»
Patrick et sa grande famille ne veulent finalement pas laisser la mémoire de leur aîné se perdre. Hier, la famille a décidé de prendre les nouvelles conditions du bail. Elle compte rechercher un soutien financier auprès des banques. Son souci est loin d?être fini, car après chaque trois ans, l?Etat va revoir le bail à la hausse.
La région de Pointe-aux- Sables a été la plus agitée hier. «Je ne peux pas payer. J?ai écrit une lettre au ministère du Logement en ce sens», dit André Guillot. Cet ancien fonctionnaire ne sait plus à quel saint se vouer. La somme qu?il doit honorer s?élève à Rs 1,2 million. «Je ne reçois que Rs 10 000 de pension. Et j?arrive sur mes 80 ans. Où croyez-vous que j?aurais cet argent ? Quelle banque me donnera un prêt de ce montant ?»
Il nous raconte qu?en 1971, lorsqu?il décide de construire, il a dû faire des sacrifices car il ne « touchait pas grand-chose.» Il a investi tout son lump sum dans la construction de son campement. «A cette époque, c?était un terrain en friche. Le gouvernement comptait sur nous pour développer la côte. Ce n?est pas possible de changer les règles en cours de route.»
Robert Steulet, aussi habitant de Pointe-aux-Sables, ne sait pas non plus comment il va payer. «J?ai fait appel à la famille pour m?aider.» Pour lui, le montant s?élève à Rs 1,7 million. Il a 62 ans et est retraité. «On a travaillé pour mettre en valeur ces terrains. On a mis beaucoup d?argent dedans.» Le stress dans lequel il vit depuis six mois est intenable. «En six mois, j?ai dû vieillir d?au moins six ans.» Comme eux, plusieurs familles de Pointe-aux-Sables ont préféré laisser perdre leur bien.
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