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Le chemin de l?honnêteté

31 juillet 2004, 20:00

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La nouveauté suscite toujours des appréhensions. D?autant plus qu?elle demande souvent une dose d?honnêteté. L?introduction du principe de constat à l?amiable pour certains types d?accidents de la route nous l?aura une nouvelle fois démontrée. Les Mauriciens restent partagés.

D?un côté les sceptiques pour qui toute nouvelle loi qui exige une modification de comportements est forcément une entrave à la liberté et une futile complication. Dans ce cas précis, il est aussi attendu des usagers de la route une capacité à reconnaître leurs torts.

Là, la bataille est loin d?être gagnée. Car il s?agit d?encourager une nouvelle attitude. Il implique un contrat de confiance entre deux individus. Confiance, c?est le mot clé. Une parole non contre mais pour une autre. On se souviendra, dans la même logique, comment la mise en place de la commission anti-corruption a généré tout un débat sur la question de la dénonciation. D?une part, on a eu des dénonciateurs souvent, eux-mêmes, mis en cause dans des scandales.

D?un autre côté, on relève toute une campagne pour interroger la crédibilité de ceux qui dénoncent. C?est le même refrain auquel on a eu droit dans les enquêtes menées par la police.

En fait aujourd?hui, tout le débat sur la transparence bute sur cette problématique. Comment instaurer un climat de confiance ? Dans son rapport aux institutions, aux hommes politiques, aux défenseurs de la paix, aux officiers de l?administration centrale? les Mauriciens ont développé une attitude de méfiance car il y a une perception que l?espace public est constitué de jeux de pouvoir où l?honnêteté est signe de faiblesse plutôt que d?être un atout.

À titre d?exemple, l?automobiliste, qui emprunte l?autoroute pour atteindre Port-Louis le matin, se verra injurier par l?agent de circulation s?il ne roule pas suffisamment vite, bien au-delà des 80 km/h, pour libérer la circulation. Par contre, aux autres moments de la journée, il sera verbalisé pour avoir trop appuyé sur l?accélérateur. Ce sont de telles contradictions et dysfonctionnements qui laissent parfois médusés.

Ceux-ci peuvent également s?accroître du fait du décalage entre le degré de modernisation de la société et l?effort de décloisonnement des mentalités. On n?empêchera pas ainsi les Mauriciens de s?interroger sur l?impartialité du judiciaire, sur la neutralité de la police, sur l?opacité et la concentration du pouvoir économique, sur une douane gangrenée? La critique des hommes et des institutions gagnerait pourtant en pertinence si elle était accompagnée d?un devoir de civisme et de mesure. À ce chapitre, le constat révèle des hypothèses de lecture pas toujours encourageantes. La raison n?est pas toujours l?ultima ratio des exercices de réflexion.

Il y a une motivation pragmatique qui sous-tend les réactions et les comportements. Ce réflexe n?est pas fortuit. Il procède d?un mode de développement qui a explicitement encouragé le sens pratique chez les Mauriciens. Il y a, à ce titre, manifestement une absence de critique de soi. On a tellement conforté les individus dans leur conviction d?eux-mêmes, pour ne pas avoir à froisser leur susceptibilité, qu?on a fini par en faire des nombrilistes. Ni l?école, ni les institutions religieuses, ni les instances politiques ou les autorités séculières ne font un travail sur cette question. Il n?y a ni leçon, ni morale à asséner. Il y a une urgence d?éveil à ses propres défauts. L?honnêteté commence par cela.

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