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Le chaos au bout de la piste

29 avril 2005, 00:00

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La régionalisation a été un échec. Elles sont nombreuses les fédérations qui risqueraient de perdre leur reconnaissance auprès du Registrar of Associations à partir de dimanche. Dans l’illégalité depuis janvier dernier, les fédérations sportives ont, jusqu’à demain, pour prendre les mesures correctives. C’est-à-dire assurer qu’elles ont au moins deux clubs dans les treize régions de l’île, dont Rodrigues.

Valeur du jour, elles ne sont que quatre fédérations, à savoir l’athlétisme, le football, le volley-ball et le tennis de table, qui ont réussi à se conformer à la l’article 9 du Sports Act axé sur la régionalisation.

Là encore, il semblerait que le volley-ball pourrait être mis dans le même panier que les fédérations qui ont échoué à satisfaire les exigences de la loi puisqu’il nous revient que le comité régional de Rodrigues n’a pas été dûment institué.

Du côté du ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS), on a enregistré 26 demandes de dérogation. Les cas ont été étudiés et traités individuellement par un panel composé de trois Senior Sports Officers, à savoir Ram Lollchand, Mahen Purbhoo et Dev Putty. Si le ministre des Sports, Ravi Yerrigadoo, n’a pas voulu commenter le rapport de ce panel, expliquant qu’il attend un rapport final ce lundi, il nous revient que la plupart des fédérations, qui ont recherché la dérogation du ministre, n’ont fait aucun effort pour créer des clubs dans les treize régions de l’île.

<B>Attitude défaitiste</B>

Il est clair que le ministre ne pourra accorder de dérogation à toutes les fédérations, sinon la loi sur la régionalisation n’aura plus sa raison d’être. Et puis, ce n’est pas la première fois que les fédérations se retrouvent dans une situation d’illégalité. La loi a été amendée à plusieurs reprises pour retarder l’échéance de l’application de la régionalisation.

Dans son entretien plus loin, le ministre des Sports déplore l’attitude défaitiste de certains dirigeants sportifs et les accuse de faire preuve de mauvaise foi.

Mais à bien voir, les torts sont partagés. Le MJS a, également, sa part de responsabilité. Il ne suffit pas de promulguer des lois, il est aussi du devoir du MJS de s’assurer que la loi soit respectée. Bien que connaissant la mentalité de la plupart des dirigeants sportifs – qui, n’ayons pas peur de le dire, ne sont nullement intéressés à promouvoir leurs disciplines dans les régions – le MJS n’a rien fait, ces quatre dernières années, pour veiller que le mécanisme ait, au moins, été enclenché.

La balle est désormais partie. La question que l’on devrait se poser maintenant : que se passera-t-il après le 30 avril 2005 ? Le sport ne se retrouvera-t-il pas dans une situation chaotique ? La plupart des fédérations se retrouveront dans l’illégalité, car elles ne seront plus reconnues par le Registrar of Associations. Elles seront, donc, illégales aux yeux de l’État.

Le ministre a été très clair dans son entretien en précisant qu’il ne va pas “tolérer les dirigeants irresponsables, qui ne sont pas là pour oeuvrer en faveur du sport. Le MJS est là pour veiller à ce que l’argent du public soit utilisé à bon escient. Nous n’allons pas mettre de l’argent dans les mains de personnes qui n’ont aucune légitimité d’être là”.

On en déduit, donc, que les fédérations illégales ne bénéficieront pas du soutien financier du MJS.

Ravi Yerrigadoo souligne, toutefois : “Mais nous allons continuer à investir dans le sport, que ce soit le sport de loisir, de masse ou d’élite.”

Comment le MJS pourra-t-il assurer la pérennité d’une discipline alors que la fédération, elle-même, est illégale ? Certaines fédérations internationales continueront peut-être à reconnaître les fédérations locales même si, aux yeux de l’État, elles sont illégales. Mais d’autres instances internationales pourraient refuser de les reconnaître. Dans ce cas, ce sont les athlètes qui en feront les frais. Ils ne seront pas autorisés à participer aux compétitions sanctionnées par les fédérations internationales.

Que va faire le ministre des Sports ? Va-t-il user de son pouvoir de dérogation pour accorder un délai supplémentaire aux fédérations où va-t-il utiliser la manière forte ?

<B>Le ministre rassure</B>

Peu importe la position qu’adoptera Ravi Yerrigadoo, l’échec de la régionalisation était attendu. Dès son introduction en l’an 2000, par l’ancien ministre des Sports, Marie-Claude Arouff-Parfait, les acteurs du sport mauricien, les dirigeants sportifs et la presse avaient tiré la sonnette d’alarme. Qualifiée de “football act”, cette loi avait été introduite – après les incidents malheureux de mai 1999 qui avaient causé mort d’hommes à la suite du match Scouts - Fire Brigade – pour permettre la relance du football après une longue trêve.

La philosophie de la régionalisation est, certes, une bonne chose, mais au risque de nous répéter, elle n’est malheureusement pas applicable dans le contexte mauricien. Du moins dans l’immédiat. Il y a, d’une part, le manque cruel d’infrastructures dans certaines régions, et, d’autre part, le peu d’intérêt que porte la population mauricienne à la pratique du sport. Et puis, chaque sport à ses spécificités. Certains dirigeants ont tout à fait raison de craindre l’émergence de clubs fictifs.

Il ne suffit pas d’avoir quelques membres pour créer un club. Un club doit être composé d’athlètes et il doit surtout avoir une structure bien définie pour assurer la formation des jeunes. C’est à partir de là qu’on pourrait avoir une bonne pépinière qui alimentera par la suite l’élite.

Mais l’annonce du vice-Premier ministre et ministre des Finances à l’effet que les infrastructures sportives des institutions primaires et secondaires de l’État seront ouvertes au public est une bonne chose pour l’avenir de la régionalisation. Mais il y a tout un processus à mettre sur pied avant que ces infrastructures puissent être disponibles. “Un Memorandum of Understanding entre le ministère des Sports et celui de l’Éducation a déjà été signé. Nous annoncerons, bientôt, les mesures qui seront prises notamment en ce qui concerne la gestion de ces infrastructures”, a rassuré le ministre des Sports.

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