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?Le CEB veut minimiser la production d?électricité au charbon par les sucriers?

12 juin 2007, 00:00

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Je voudrais remercier Monsieur Assirvaden d?avoir clarifié certains points soulevés dans mon article du 30 mai dernier. Compte tenu qu?il reste malgré tout certaines questions encore sans réponses, je souhaite poursuivre cet échange en toute objectivité, voire même élargir un peu le débat dans le dialogue

● ?Development Costs?

Vous dites qu?il s?agit de bien comprendre ce que regroupe ce terme. Mais vous ne nous dites pas en fait ce qu?il regroupe. Il est bon de noter que le Central Electricity Board (CEB) s?est engagé à analyser ce chapitre tant dans un contexte ?absolu?, que dans un contexte global car l?on serait à même d?assumer que si le montant inscrit à ce chapitre baisse, alors, l?ensemble de l?offre baissera, et plus particulièrement la part fixe du coût du KWh. Le pays en sortira gagnant. Je ne peux bien sûr pas commenter les niveaux de prix car cette information est certainement confidentielle, à juste titre d?ailleurs. Mais un simple calcul laissera voir que les 90MW installées de CTSAV l?ont été pour un montant global de Rs 4 milliards, soit environ Rs 45 millions par MW. CT Power coûterait environ Rs 6 milliards pour 110MW, soit Rs 55 millions par MW - pas loin de 25 % plus cher, pour du matériel chinois à l?opposé de matériel européen. (Bien sûr, le coût du KWh devrait être moins cher, mais les coûts d?opération de centrale à charbon pulvérisé sont onéreux).

Surtout que nous ne sommes pas encore arrivés à bon port pour ce qui est de la fourniture de charbon, car il a été aussi dit que ce sera le CEB qui aura la responsabilité d?importer et livrer ce charbon à la nouvelle centrale. Ces infrastructures auraient coûté environ Rs 400 millions, chiffre avancé au Parlement. Certainement, il faudra que quelqu?un absorbe ces coûts. Les informations données au Parlement faisaient même état que le quai de réception charbon ne faisait plus partie de l?offre même si, suite à cela, le prix final avait grimpé !

Surtout que vous nous dites que CT Power avait ?un prix very attractive garanti arrêté?. C?est facile d?arrêter et de garantir un prix de vente, en diminuant l?enveloppe de sa fourniture par près de 400 millions de roupies et en faisant porter par son partenaire les coûts d?approvisionnement du charbon jusqu?à la centrale ! Il faudra bien les comptabiliser à un moment donné !

● ?Pre-Development Bonds?

L?argument avancé n?est sincèrement pas objectivement recevable. Le bond est donné par le promoteur. Si ce que vous dites s?applique, alors le CEB ?partenaire? devient le co-promoteur du projet alors que nous avions compris qu?il n?en serait qu?un actionnaire, dont la part avait diminué sensiblement pour passer sous la barre de 25 %, montant requis pour détenir une minorité de blocage ?

?C?est facile d?arrêter et de garantir un prix de vente, en diminuant l?enveloppe de sa fourniture par près de 400 millions de roupies et en faisant porter par son partenaire les coûts d?approvisionnement du charbon jusqu?à la centrale ! Il faudra bien les comptabiliser à un moment donné !?

● Cela étant, le CEB devient juge et partie

À titre de comparaison, cela m?étonnerait que le Sugar Investment Trust/State Investment Company, actionnaires des centrales Independent Power Producers (IPP) actuelles aient payé leurs ?cotes parts? des bonds quand ils ont été versés au CEB à l?époque !

Si l?on applique le même raisonnement jusqu?au bout, pas nécessaire de faire payer des pénalités au promoteur, entendu que le CEB (qui impose ces pénalités en cas de non conformité au PPA) serait aussi le payeur/receveur de ces mêmes pénalités qu?elle se serait imposées à elle même ! Cela ne fait pas de sens !

Le CEB actionnaire ne devrait pas avoir à payer de bond !

C?est le promoteur qui devrait le faire et ce justement pour protéger le CEB. Il n?a pas à craindre grand-chose, entendu que c?est un grand groupe industriel avec toute l?expérience requise dans ce genre de projet. C?est un moindre risque.

Quant au point concernant la participation du CEB dans des projets IPP, c?est certainement une question pertinente et aussi d?appréciation ; et qu?il ne faudrait pas traiter de manière dogmatique. J?avoue que je trouve dérangeant de voir un organisme parapublic seul acheteur d?énergie, se retrouver du même côté de la barrière que celui qui lui vend cette même énergie ! Où se situerait son allégeance en cas de litige ?

La place d?un directeur d?un conseil d?administration, est de protéger les intérêts de la compagnie, pas ses intérêts personnels ou ceux de son mandant ! C?est à l?assemblée des actionnaires qu?il peut défendre ses intérêts personnels. Qui, en l?occurrence, ne sauraient être nécessairement les mêmes dans le cas qui nous concerne ! Juste une question : si le CEB faisait un projet à lui seul demain, disons huile lourde, vous pensez qu?il proposerait à CTBV, par exemple, de faire partie de son capital et donc de son conseil d?administration ? ?What?s good for the goose should be good for the gander!?

Je pense que le public que nous essayons d?éclairer aura déjà répondu à la question ! Il serait plus juste de voir entrer au capital des centrales de l?industrie sucrière (IS) les petits planteurs de cannes dans une structure autre que cette anonyme SIT, qui regroupe tant les employés que les moyens planteurs.

Pour ce qui est de l?espace que le CEB réserve pour les IPP bagasse/charbon, si je lis entre les lignes pour ce qui est des puissances proposées, ce que souhaite le CEB c?est de minimiser la production de KW charbon par les IPP de l?industrie sucrière, et donc de libérer l?espace pour d?autres IPP disons plus ?neutres?. Il n?y a rien de rédhibitoire là-dedans, encore qu?il faudrait à mon avis être objectif et ne pas trop réduire la taille de ces ?IPP Sucriers? en deçà d?une taille raisonnable permettant d?une part de sécuriser les opérations d?une sucrerie et d?autre part de produire à moindre coût en réalisant des économies d?échelle. Il serait contre-productif à mon avis de construire moins de 42 MW par tranche.

Un dernier point à l?effet que vous avancez que les centrales IPP actuelles n?ont jamais pris des dispositions pour modifier leurs unités existantes en unités plus performantes. Cela n?est malheureusement pas possible, car les technologies d?une chaudière à grille tournante n?a strictement rien à voir avec celle d?une unité à charbon pulvérisé ! C?est comme si je faisais le reproche au CEB de n?avoir pas modifié ses moteurs à fioul lourd pour brûler de l?éthanol !

● ?Request for proposals?

Peut-être en effet, que vus par le CEB ou les autorités, les request for proposals (RFP) ont été décevantes. On peut d?ailleurs se demander, si ce n?est pas davantage les résultats des RFP que la méthode employée qui ont déçu certains.

Mais je ne pense pas qu?il faille pour autant jeter le bébé et l?eau du bain ! Le principe reste bon et il est utilisé partout dans le monde. Au CEB de voir comment l?améliorer.

Un autre point soulevé dans ce paragraphe concerne l?opérateur de la centrale. L?accent était mis dans mon article sur l?opérateur et pas seulement sur l?EPC contracteur. Dans le cas des centrales IPP locales, l?opérateur est une tout autre entité que l?EPC contracteur. Les compétences de l?un ne sont pas nécessairement celles de l?autre. Il semblerait que dans le cas de CT Power, les deux parties ne font qu?une.

Pour ce qui est d?EDF, vous avez raison de dire qu?elle gère des centrales thermiques. My mistake ! Il s?agit en fait de thermiques à flamme, soit de gaz, de fioul et de charbon. L?ensemble de ces centrales joue un rôle d?ajustement dans la palette énergétique de l?EDF. Elles ne fournissent que 3 % des besoins d?EDF, et ce dans des cas extrêmes, par exemple vague de froid, et autres phénomènes du même type. De plus, les centrales charbon sont effectivement de grosses tailles : 250 MW minimum. Elles datent de 30 ans, pour ne citer que celle d?Hornaing par exemple.

EDF a peut-être une compétence dans l?exploitation des grosses centrales avec une chauffe frontale mais certainement pas sur des chaudières de plus petites puissances avec une chauffe tangentielle, car elle n?en a jamais fait. Cela dit, je ne remets pas en cause ses compétences, mais peut-être sa compétence spécifique dans ce contexte précis.

Pour ce qui est des fabricants de Turbo Alternateurs Chinois, il en existe pour l?utilisation locale, mais semble-t-il, pas dans le but d?un transfert de technologie avec un licencié chinois capable d?exporter une machine sur le marché mauricien.

Le seul fait que la Chine soit la troisième puissance ?spatiale?, ne fait pas d?elle un producteur/utilisateur efficient et ?propre? d?énergie. Je me souviens d?avoir visité deux centrales charbon aux États-Unis, possiblement les plus mal foutues, inefficientes et polluantes que je n?ai jamais vues. Nos installations feraient pâlir d?envie ces centrales de l?Oncle Sam ! Mais nous savons qu?ils s?en foutent de polluer, comme la Chine d?ailleurs?

C?est pourquoi, le CEB va bénéficier de plusieurs dizaines de millions de roupies annuellement du seul fait que l?industrie sucrière brûle de la bagasse. Voilà peut-être un exemple de démocratisation de l?économie ou les planteurs de cannes : petits, grands et moyens, libèrent des millions de roupies annuellement au bénéfice du CEB qui la repasse a l?ensemble de la population en achetant de l?énergie moins cher et donc peut la revendre moins cher !

Au final, comme je l?ai déjà dit, je ne suis pas contre un projet de type CT Power.

Le choix des moyens de production d?électricité engage le pays pour longtemps. Idéalement il serait souhaitable que la politique énergétique fasse l?objet d?un consensus entre le gouvernement et les parties de l?opposition. Après tout, chacun est là pour défendre l?intérêt général et l?on peut imaginer qu?autour de certains projets se dégage un tel consensus. Les choix en matière énergétique étant essentiellement liés à des facteurs techniques, économiques et environnementaux relativement objectifs, on peut imaginer une convergence de vue entre élus de bords différents sur le sujet. Or que se passe-t-il ? Loin de voir se dégager un consensus, on constate au contraire que la politique énergétique devient un des sujets de polémiques de prédilection entre députés, ceux qui sont au gouvernement aujourd?hui qualifiant de scandaleuses les réalisations faites sous le gouvernement d?hier, tout comme ceux qui étaient au gouvernement hier utilisaient les mêmes qualificatifs pour les projets réalisés sous l?administration précédente. Il y a sans doute, derrière tout cela, une pure stratégie de différenciation politique dont les députés pensent pouvoir tirer partie, mais sans être entièrement dupes du caractère clientéliste de certains arguments, peut-on reprocher aux hommes et aux femmes politiques de faire de la politique ? L?inconvénient est que le CEB se retrouve souvent le bouc émissaire de ce système et cela l?empêche de travailler sereinement.

Dans un tel contexte, comment faire pour assurer une légitimité à des projets dont la durée de vie s?étend sur plusieurs législatures, sans craindre de les voir les uns après les autres, tomber sous le feu nourri des critiques de l?opposition du jour, alors que l?on ne peut ignorer le besoin du pays de faire face à la croissance de la demande d?électricité ? Il me semble que passer par un concours de type ?RFP? est de loin la meilleure solution. Si l?exercice est conduit de manière rigoureuse, on aura fait ce qu?on pouvait faire de mieux au moment où on l?a fait, et poursuivi la meilleure option parmi celles qui étaient proposées. Que demander de plus ?

Si nous en sommes là aujourd?hui, c?est parce que des questions pertinentes, et pas seulement ?certains points mineurs?, ont été soulevées par des personnes qui semblent être bien au courant des détails de ce dossier. Toujours est-il que tout cela est maintenant du domaine public et qu?il se chuchote que ce projet, (que le CEB soutient vaille que vaille), serait porté par des investisseurs qui seraient très proches du pouvoir actuel. Il n?est pas anormal que dans ce contexte, des membres du Parlement posent des questions que vous qualifiez ?de mauvais goût et antipatriotiques?. Il me semble que la Constitution permet cet exercice par ceux et celles qui jouent ce rôle de chien de garde. Disons que c?est de bonne guerre tant que ça ne dérape pas trop !

Pour ma part, je n?ai aucun doute qu?il existe au CEB des personnes tout à fait qualifiées qui planchent sur ce dossier. Il serait seulement souhaitable que le CEB ne s?engage pas dans une ?calèche fêlée? qui ne tiendrait pas le premier choc en traversant sur un de ces nombreux gendarmes endormis et/ou autres nids de poules, qui semblent se trouver un peu partout sur le chemin qui mène à Pointe-aux-Caves.

Comme dit le dicton, ?Prevention is better than cure.?

M.R.

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