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Le calme après la tempête
Le calme semble être retourné à Plaisance en fin de semaine. Le gouvernement a fait comprendre aux principaux protagonistes du conflit d?il y a quelques jours qu?il ne tolérera rien qui puisse compromettre la bonne marche de l?aéroport.
Vijay Poonoosamy, président du conseil d?administration d?Airports of Mauritius Ltd (AML), un des protagonistes. Ses détracteurs le soupçonnent de s?allier avec l?AML Employees Union (AMLEU) pour déstabiliser Phillip Cash, chief operations officer de l?entreprise.
Phillip Cash est le patron effectif d?AML. Cet Australien a été recruté sur le marché international pour sa grande maîtrise de l?administration aéroportuaire. La présence d?un professionnel de son calibre est notamment réclamée par les bailleurs de fonds internationaux du projet d?extension de l?aéroport.
Cependant, les méthodes de Cash ne sont pas très appréciées des employés. Par conséquent, les relations industrielles ont sensiblement dégénéré depuis son arrivée. Yusuf Sooklall, négociateur de l?AMLEU, pourtant connu pour sa modération et son approche constructive, réclame son départ.
Le présent contentieux concerne une demande d?augmentation salariale faite par le syndicat. Selon les termes du contrat d?embauche, AML s?engage à réviser les salaires tous les cinq ans. La prochaine révision est prévue pour 2005.
Mais l?AMLEU souhaiterait une augmentation dès maintenant. Ce, afin que ses membres restent dans une grille salariale supérieure à celle des fonctionnaires d?environ 15 %. C?est ce qui avait été négocié au moment de la privatisation de l?administration aéroportuaire. Mais le dernier rapport du Pay Research Bureau (PRB) a perturbé cette relativité.
Phillip Cash est réfractaire à la demande syndicale, préférant s?en tenir aux termes du contrat d?embauche. L?Australien est d?autant plus intransigeant qu?il considère que les employés ont déjà obtenu une majoration de 15 % sans le mériter. Le syndicat, lui, relève que celle-ci n?était qu?une incitation pour ses membres de renoncer à leur statut de fonctionnaire.
Arrivé in extremis, Vijay Poonoosamy s?est montré plus sympathique envers la requête du syndicat. Si certains voient cela comme une tentative de réconciliation, d?autres l?interprètent comme une stratégie pour évincer Cash. Poonoosamy, lui, est resté injoignable pour commenter l?affaire.
Au bout du compte, les deux parties ont décidé de recourir à un arbitrage indépendant. Le choix s?est porté sur le cabinet d?experts-comptables Kemp Chatteris Deloitte. Ses recommandations préliminaires ne sont pas en faveur des syndicats. D?où la véhémence de ces derniers lors des réunions d?explication organisées depuis la semaine dernière. Les consultants de Kemp Chatteris Deloitte ont officiellement protesté contre le comportement jugé abusif des syndicalistes. Ils refuseraient de poursuivre leurs explications.
Les choses se corsent quand, mercredi, la voiture de Phillip Cash prend mystérieusement feu alors qu?il se trouvait à bord. Certains esprits créatifs suggèrent des liens avec la tension industrielle.
Sangeet Fowdur, ministre de la Formation et des Communications externes, n?en croit rien. L?aéroport tombe sous sa responsabilité. Il a dîné avec Poonoosamy et Cash vendredi. La situation au sein d?AML a été le plat principal.
Le ministre estime qu?il ne faut rien voir de plus qu?un ordinaire problème de relations syndicat-direction dans la crispation des relations à AML. Ce genre de conflit surgit dans toutes les entreprises de temps à autre, fait-il ressortir. « Il est courant que les esprits chauffent dans ce genre de situation. De là à dire qu?on en arriverait à commettre des actes criminels? c?est de l?exagération. » affirme Fowdur. Il dit laisser la police enquêter sur l?incendie de la voiture.
En ce qui concerne leur réclamation, le ministre invite les syndicalistes à ne pas brûler les étapes et surtout, à ne pas essayer de forcer la main de la direction. Le gouvernement verra ce qui pourra être fait selon la justesse de la cause. « Que le management et les syndicats se le tiennent pour dit. Le gouvernement ne tolérera rien qui puisse déstabiliser une infrastructure aussi vitale que l?aéroport. »
Probablement, l?AMLEU ne pourra adopter une posture légale sur ce point. Selon certains observateurs, le syndicat aurait dû négocier une certaine forme d?indexation des salaires au PRB plutôt que d?accepter une révision tous les cinq ans?
Quoi qu?il en soit, l?AMLEU, tout comme l?administration d?AML, est moralement tenue d?accepter l?arbitrage de Kemp Chatteris Deloitte. Ce, conformément au principe de base qui régit l?arbitrage volontaire, formule adoptée dans ce cas. Le rapport final de ce consultant est attendu pour écrire, espère-t-on, le dernier chapitre du conflit.
Rentré des Seychelles hier, le Premier ministre Paul Bérenger aurait pris connaissance des détails de la situation sans s?en émouvoir outre mesure. Dans son entourage, on laisse entendre qu?il est hors de question de sacrifier Cash dans cette affaire. Ce dernier est contractuellement lié à AML pour encore deux ans et il n?aurait aucune intention de partir.
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