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Le bon ton
Le secteur privé sort ses griffes et hausse le ton. Il a suffi de deux assemblées générales successives des associations patronales pour constater un net changement dans l’attitude du secteur privé par rapport à l’analyse de la situation économique.
C’est la Mauritius Employers’ Federation qui a ouvert les hostilités dans son analyse de l’économie circulée lors de sa dernière assemblée générale. La fédération décrète d’un ton cinglant que “Maurice n’est plus une référence même pour l’Afrique”.
La Mauritius Chamber of Commerce and Industry devait renchérir quelques jours plus tard par la voix de son président sortant, Lloyd Coombes. Il dépeint un tableau des plus noirs de la situation en rappelant que Maurice n’a jamais connu quatre années successives de croissance à moins de 5 % depuis l’Indépendance.
Lloyd Coombes évoque rien de moins que l’exode des capitaux lorsqu’il fait ressortir que l’investissement direct étranger dans le pays a été en 2005 équivalent à ce que les Mauriciens ont investi à l’étranger.
Qu’est-ce qui cause cette levée de boucliers du secteur privé ? Nous serons les derniers à écrire que la conjoncture économique n’est pas inquiétante. Elle l’est, et il faut réveiller les Mauriciens aux dures réalités. Mais la situation est-elle plus grave qu’elle ne l’était l’année dernière ?
Nous reconnaissons que les organes du secteur privé n’ont jamais cessé de rappeler la détérioration des principaux paramètres économiques. Ce serait avoir la mémoire courte que de ne pas se souvenir que c’est le Joint Economic Council qui en premier, il y a des années, avait mis en garde contre le chômage structurel.
Mais dans ses critiques et analyses négatives, le secteur privé a toujours su y mettre les formes et était passé maître dans l’art de dorer la pilule, au risque de devenir agaçant. Aujourd’hui, les porte-parole du secteur privé ne mettent plus de gants et mettent le gouvernement en demeure de prendre des actions immédiates et radicales.
Nous avions suggéré qu’il y a une certaine impatience de la part du secteur privé et nous y avions vu les premiers signes dès la publication des perspectives économiques de la Mauritius Commercial Bank en janvier.
Mais il y a aussi autre chose. Il est certain que le secteur privé, ou du moins les associations patronales, sont frustrés de ne pas pouvoir communiquer avec le gouvernement sur le même mode qu’auparavant. C’est à croire que les grands-messes trimestrielles lui manquent.
N’étant pas en mesure de savoir ce qui se mijote vraiment et n’étant plus en mesure de dire ses appréhensions aux hôtes de l’hôtel du gouvernement, le secteur privé n’a pas d’autres choix que de le crier sur tous les toits. Et quand on crie, on a un autre vocabulaire.
Par ailleurs, quand on sait qu’on est appelé à rencontrer chaque trois mois un Premier ministre entouré de tous ses ministres et de l’état-major du gouvernement, on a un peu tendance à mâcher ses mots et à tourner sept fois sa langue dans sa bouche entre deux réunions.
Finalement, on se demande si on ne préfère pas le pessimisme criant du discours actuel que les entendus “ambiance cordiale” et “shared understanding” du passé. Mais forcément, l’un ou l’autre ton, n’était ou n’est pas le bon. Quelque chose sonne donc faux dans la posture actuelle et passée du patronat.
Le plus grand risque pour le secteur privé est qu’on lui attribue des motivations politiques pour ce qui est perçu comme un changement de ton. Le dialogue avec l’hôtel du gouvernement sera alors complètement pourri.
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